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Publié le 22/06/2020

Magali Degombert : « Pendant trois mois, nous allons travailler à perte »

Alors que nombre de salles de sport et de fitness ont réouvert début juin, Magali Degombert gérante de Simplyfit*, en Ardèche, témoigne des conséquences de la crise sanitaire du Covid-19 sur son activité.

Comment avez-vous vécu la fermeture de vos établissements ?

Assez brutalement ; on ne s’y attendait pas ! Mais, assez vite, nos coachs qui étaient en chômage partiel ont proposé de faire bénévolement des cours en ligne, deux fois par semaine, avec des activités poids de corps qui ne nécessitaient aucun matériel particulier à domicile. Ils les postaient sur la page Facebook de notre club qui était ouverte à tout le monde. Ces cours ont été appréciés de nos adhérents, surtout les plus réguliers. Il était important pour eux de continuer à faire du sport mais aussi de garder contact avec leurs coachs.

Magali Degombert, gérante de Simplyfit

Et quand le sport en extérieur était à nouveau possible, avez-vous proposé des sessions de fitness en plein air à vos adhérents ?

Nous nous sommes effectivement posé la question mais organiser des sessions pour neuf personnes ce n'était pas rentable.

Quelles ont été les conséquences financières de cet arrêt d'activité pour votre structure ?

C’est très simple : un chiffre d’affaire à zéro pendant deux mois et demi ! Cela s’explique par notre décision de stopper tout prélèvement ou encaissement de chèques de nos abonnés pendant le confinement. La situation était compliquée pour tout le monde ; nous ne voulions pas en rajouter… Ce n’est qu’en juin que nous avons remis en place les prélèvements. Nous avons réussi à passer le cap grâce à notre trésorerie et aux dispositifs publics de soutien, principalement le chômage partiel et le prêt garanti par l’État. Nos bons rapports avec notre banquier et la compréhension de nos bailleurs, qui ont accepté le décalage de nos loyers, ont aussi été appréciables. Mais, par prudence, nous n’avons pas reporté toutes nos échéances, notamment nos factures courantes comme l’eau et l’électricité, car nous ne savons pas combien de clients nous aurons précisément à la rentrée.

Suivre les consignes à la lettre


Justement, quelle a été la réaction de votre clientèle à la sortie du confinement ? Est-elle revenue pratiquer dans vos salles ?

La moitié des adhérents, disons les plus assidus, ceux qui suivaient nos cours en ligne, sont revenus dès la réouverture des salles. On espérait un peu plus de monde mais la crainte sanitaire est toujours présente. Par ailleurs, après la période de confinement, les gens sont tentés, c’est compréhensible, de profiter du beau temps et des activités de plein air plutôt que de faire du sport en salle.

Comment gérez-vous la mise en place des règles sanitaires destinées à sécuriser l'activité sportive ?

Nous appliquons les consignes sanitaires du syndicat professionnel des clubs de fitnessFrance active. Par prudence, nous les suivons à la lettre. Outre les mesures de base comme le fléchage pour guider la circulation dans la salle de sport ou la mise à disposition de gel hydroalcoolique et de lingettes désinfectantes, nous avons réaménagé certains espaces comme la salle de musculation pour laisser suffisamment de places entre les personnes. Quand nous ne pouvions pas déplacer les machines, nous les avons condamnées.

Nous prenons même parfois des précautions supplémentaires en tenant compte de chaque activité et de la surface réellement utilisée pour la pratiquer. Par exemple, au lieu de réserver 5m ² à chaque participant d’un cours collectif dit intensif, nous avons délimité un périmètre deux fois plus grand. C’est le cas des cours de stepou de zumba au cours desquels on bouge et on transpire beaucoup. Conséquence, quand nous avions 30 participants à un cours dezumba, ils ne sont plus que 10 maintenant. Ce n’est clairement pas rentable mais nous ne pouvons pas nous permettre d’arrêter ce type de cours, très demandé par notre clientèle. Nous avons aussi dû réduire de 10 minutes la durée des cours pour procéder à une désinfection entre deux sessions et éviter la proximité des personnes circulant dans la salle. Pour ces cours collectifs, nous avons instauré un système de réservation que nous n’avions pas auparavant. Malheureusement, nous n’avons pas pu élargir nos horaires d’ouverture pour des raisons financières. 

Et comment réagit votre clientèle face à ces contraintes ?

Nous pouvons compter sur leur responsabilité individuelle et collective pour respecter les consignes sanitaires et, plus systématiquement que d’habitude, désinfecter le matériel après usage. Mais malheureusement, nous avons dû mettre en place des mesures très contraignantes : le vestiaire n’est accessible qu’à une seule personne à la fois et deux douches seulement sont utilisables, l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes. C’est sans doute l’une des explications de la désaffection des habitués de la pause méridienne. On peut le comprendre : difficile de reprendre le travail sans avoir pu prendre une douche après le sport ! 

Quelle visibilité avez-vous de votre activité pour les mois à venir ?

NLes mois d'été sont classiquement calmes en raison notamment des départs en vacances. La réouverture tombe donc mal. Nous nous attendons à un tunnel jusqu'en septembre. Pendant trois mois, nous allons travailler à perte. Mais nous communiquons dès maintenant sur les réseaux sociaux – Instagram et Facebook – pour inciter le plus grand nombre à venir pratiquer des activités physiques variées et de façon sécurisée chez nous à la rentrée. Nous espérons récupérer tous nos adhérents et peut-être même, de nouveaux clients qui ont découvert les bienfaits de l'activité physique pendant le confinement. Si nous ne retrouvons pas, au moins, nos adhérents en septembre ou octobre, la situation deviendra alors très compliquée…

* Simplyfit comprend deux salles de musculation et de fitness en Ardèche. Ouverte en 2011, Simplyfit compte 800 adhérents à Aubenas, 400 à Rosières et fait travailler neuf salariés.