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Publié le 22/06/2020

Franck Miceli : « il faut continuer d'anticiper et rester prudent »

Alors que nombre de salles de sport et de fitness ont réouvert début juin, Franck Miceli, gérant de La Salle Coaching Sportif* dans la Drôme, témoigne des conséquences de la crise sanitaire du Covid-19 sur son activité.

Comment avez-vous vécu la fermeture de votre établissement ?

Pour suivre attentivement les informations, je pressentais, quinze jours avant le début du confinement, que nous allions subir directement les conséquences de cette crise. Dès l’annonce de la fermeture, j’organisais avec mon épouse des cours en ligne. On a rapidement conçu un programme qui était réalisable sans matériel, en utilisant simplement le seul poids du corps. Pendant quinze jours, nous avons ainsi diffusé des entraînements filmés avant de proposer des sessions en live via une plate-forme de partage de vidéos.

Franck Miceli, gérant de La Salle Coaching Sportif

Nous avons réussi à mobiliser de cette façon 200 adhérents. Ensuite, parce que la pratique du travail poids de corps s’essoufflait un peu, nous avons profité des autorisations de sortie pour mettre à disposition de nos adhérents notre matériel qu’ils venaient emprunter gratuitement à la salle de gym. Les lives, organisés trois fois par semaine en utilisant ces équipements, ont rencontré un bon succès. Lors du deuxième mois de confinement nous avions encore 150 personnes qui suivaient les cours en direct. L’objectif était d’éviter la coupure définitive d’activité. Ceux qui ont cessé de pratiquer étaient surtout empêchés par des raisons professionnelles, le plus souvent du personnel médical ou des indépendants. Pour nous, gérants, cette fermeture n’a pas été un arrêt d’activité. Cela fait trois mois que nous travaillons, mon épouse et moi, quasiment 7 jours sur 7 et de 7 heures à 22 heures !

Et quand le sport en extérieur était à nouveau possible, avez-vous proposé des sessions de fitness en plein air à vos adhérents ?

Dès que l’autorisation a été donnée de pouvoir pratiquer du sport par groupe de 10 personnes maximum, nous avons décidé d’arrêter les cours en ligne pour proposer à nos adhérents de se retrouver sur le parking devant la salle de sport. J’avais anticipé cette possibilité en achetant du gazon synthétique et en faisant réaliser des cages en métal pour permettre à nos abonnés de faire de la levée de poids. De cette façon, avec le matériel de la salle à proximité, ils pouvaient poursuivre leur remise en forme et faire à l’extérieur tout ce qu’ils pouvaient faire avant à l’intérieur. Nous avons dépensé entre 2 500 et 3 000 euros pour ces installations mais c’était normal. Nos clients ont continué de nous faire confiance, on voulait leur rendre la pareille. 

Revoir nos façons d'enseigner


Quelles ont été les conséquences financières de cet arrêt d'activité pour votre structure ?

Notre chiffre d’affaires mensuel a baissé d’un tiers pendant la fermeture de la salle. Nous avons pu le maintenir car les trois quart de nos adhérents ont accepté de continuer à être prélevés pendant l’arrêt d’activité. C’était appréciable car nous n’avions pas de trésorerie d’avance.

Côté charges, nous avons pu reporter les loyers de trois mois. Mais malheureusement, nous n’avons pas pu garder notre seul salarié. Compte tenu de la situation, je pense qu’il faut continuer d’anticiper et rester prudent. J’ai profité de la fermeture de la salle pour me plonger plus attentivement dans les comptes de la société. Et j’ai découvert que deux activités de la salle – les vélos et la boxe – étaient déficitaires. La pratique de la boxe occupait trois salles et nécessitait un coach. Nous allons sans doute les arrêter à la rentrée. Nous allons essayer de convaincre ceux qui pratiquaient ces activités de découvrir les bienfaits du Cross-Fit en mettant au point des entraînements plus modérés. Nous ne voulons pas perdre ces clients. La crise sanitaire aura au moins eu une conséquence positive pour la santé financière de l’entreprise. Au-delà de la question financière, les nouvelles contraintes d’activité nous ont obligé à nous réinventer, à revoir nos façons d’enseigner puisque le contact physique n’est plus possible. On apprend à travailler différemment.

Comment gérez-vous la mise en place des règles sanitaires destinées à sécuriser l'activité sportive ?

Tous les cours se font sur réservation. Cela a facilité la gestion des flux et le respect de la distanciation. Mais cela nous a obligé à revoir nos plannings d’une semaine sur l’autre pour adapter la jauge en fonction des activités, entre ceux qui font du Cross-Fit et ceux qui font du vélo ou des entraînements de boxe. Nous n’acceptons plus que 10 personnes dans nos deux salles dédiées au Cross-Fit au lieu de 14 pratiquants auparavant. Et nous laissons 15 minutes de battement entre deux cours. Ceux qui ont terminé sortent par la grande porte, les suivants utilisent une autre entrée en respectant la distance d’un mètre 50 entre chaque personne et le marquage au sol pour circuler dans le club. 

Repenser notre activité


Pour accueillir un plus grand nombre de personnes, avez-vous modifié les horaires d'ouverture de la salle ?

Nous avons effectivement ouvert trois créneaux supplémentaires le samedi et dimanche matin. Depuis le début du mois de juin, j'ai arrêté d'organiser des séances le dimanche matin pour que nous puissions, nous aussi, souffler un peu. Car même si nous sommes sportifs et en bonne forme, nous avons dû tenir un rythme de 90 heures de travail par semaine !

Et comment réagit votre clientèle face à ces contraintes ?

Globalement, les consignes sont bien suivies même s’il faut, bien sûr, régulièrement les rappeler. Ce qui nous a aidé, c’est que les adeptes du Cross-Fit forment une vraie communauté qui repose sur le soutien et l’entraide. Ça se voit pendant l’entraînement mais aussi après. Ils prennent, par exemple, la serpillière pour nettoyer la zone où ils ont pratiqué. Pendant ce temps, nous nous occupons du nettoyage des zones de circulation dans le club. S’ils ne mettaient pas la main à la pâte, ça serait ingérable ! Il n’y a que comme ça que ça peut fonctionner. Nos adhérents viennent même nous donner un coup de main pour déplacer du matériel ou pour bricoler avec nous. 

Quelle visibilité avez-vous de votre activité pour les mois à venir ?

À cause de la crise, nous avons perdu une centaine d’adhérents, passant de 350 à 250 abonnés. Si l’on veut maintenir la rentabilité de notre structure, nous devons à minima garder ce niveau. En diminuant les charges liées aux deux activités que nous entendons arrêter, en renégociant notre loyer et en prenant un salaire minimum, ça devrait passer. Et s’il le faut, nous essaierons de trouver un autre local mieux adapté à nos activités.

Pour attirer de nouveaux clients, on envisage de proposer, dans les salles récupérées, des activités visant l’amélioration de la santé et du bien-être mais moins physiques, comme le yoga ou le pilates. Nous allons aussi continuer de communiquer via les réseaux sociaux sur les améliorations de nos espaces dédiés au Cross-Fit. Et d’ailleurs, nous envisageons d’organiser pendant des week-ends des compétitions de Cross-Fit. Ce seront des sources de revenus complémentaires appréciables. L’épidémie de Covid-19 nous a poussés, finalement, à repenser notre activité et à définir nos priorités. Tout ce que l’on peut espérer c’est qu’après l’été, période habituelle de baisse d’activité dans les salles de sport, l’économie locale ne souffre pas trop. Sinon, le budget sport risque d’être sacrifié… 

*La Salle Coaching Sportif est dédiée au Crossfit, une méthode de préparation physique alternant plusieurs activités physiques intenses comme de la gymnastique, de l’haltérophilie et de l’endurance. Ouverte en septembre 2018 à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), la salle de 800 m² comptait 350 adhérents avant la crise.