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Publié le 30/03/2020

« Nous avons initié une stratégie de digitalisation de la pédagogie »

Alors que tous les établissements ont été contraints de fermer leurs portes à cause de la pandémie de coronavirus, les CFA s'organisent pour assurer la continuité pédagogique. Explications avec Dominique Crayssac, directeur régional de la formation à la CCI Occitanie et directeur du CFA régional des CCI d'Occitanie.

Comment s'organise la formation par apprentissage en Occitanie ?

En Occitanie, nous avons la spécificité d’avoir mutualisé notre offre de formation en apprentissage au sein d’un CFA régional. Celui-ci s’appuie sur 16 établissements et compte 5000 apprentis.

Dominique Crayssac

Comment se passe la formation par apprentissage en cette période de confinement ?

Depuis le lundi 16 mars, l'ensemble des établissements de notre CFA sont fermés, du fait des directives du Gouvernement. Nous avons donc pris des mesures dans le cadre du maintien et de la continuité du service pédagogique. Nous avons décidé de maintenir l’activité de l’ensemble de nos enseignants, qu’ils soient permanents ou vacataires. Ceux-ci sont rémunérés comme s’ils faisaient cours en présentiel alors qu’ils enseignent à distance. En effet, ils préparent des supports numériques, des tutoriels, des petites vidéos… qu’ils déposent sur des plates-formes dédiées, à destination des apprentis. Nous avons mis en place un échange de bonnes pratiques avec l’ensemble du personnel pour identifier des outils qui pourraient être utiles à cet effet. Mais nous avions déjà commencé un gros travail de fond concernant la stratégie de digitalisation de la pédagogie. Cela nous a permis d’affronter la fermeture des établissements avec moins de difficulté.

Quelle est cette stratégie de digitalisation sur laquelle vous travaillez depuis quelques années ?

La digitalisation de la pédagogie est, pour nous, un axe stratégique important que nous avons souhaité mettre en œuvre avec une politique d’investissement et d’accompagnement. Nous avons commencé, il y a trois ans et demi, par équiper l’ensemble de nos établissements du wifi. Ensuite, nous avons constitué une cellule régionale de digitalisation pilotée par Julien Charrade, directeur de la formation au sein de la CCI Lozère. Celle-ci définit et propose une stratégie digitale, la coordonne, l'anime en lien avec des référents dans chaque établissement. Elle s’appuie sur plusieurs outils, notamment la plate-forme de dépôt de ressources NetYParéo, ouverte aux apprentis et aux enseignants, ainsi que d’autres plates-formes interactives. La troisième étape de notre démarche a été d’équiper tous nos enseignants permanents d’ordinateurs portables avec des accès aux différentes plates-formes. Enfin, nous sommes en train de déployer un plan de formation et d’accompagnement, sur trois ans, de nos équipes pédagogiques sur ces sujets.

À quels défis faites-vous face depuis le 16 mars, date à laquelle vous avez passé tous les enseignements en distanciel en raison du confinement ?

Les principales difficultés que nous avons rencontrées concernent la puissance d'accès à nos plates-formes, puisqu'un nombre beaucoup plus important de personnes s'y connecte en même temps. Nous avons donc augmenté, en la multipliant par quatre, la puissance d'accès à NetYParéo. Nos équipes sont totalement mobilisées pour que tout se passe au mieux.

Comment cela se passe-t-il pour les formations qui demandent des cours pratiques ?

Nos filières mécanique ou hôtellerie-restauration nécessitent en effet de la pratique. Nous nous arrangerons pour adapter le rythme de l'alternance, une fois le confinement fini, afin de rattraper les cours nécessaires à l'obtention des diplômes et qui n'ont pas pu se tenir. Car, même s'il existe des tutoriels pour ces filières, il y a une certaine progression pédagogique dont on doit s'assurer et que seul le professeur peut identifier.

Comment se passe le travail en entreprise durant cette période particulière ?

Sur nos 5 000 apprentis, 1 500 sont en hôtellerie-restauration. Leur entreprise a donc fermé et ils ont été mis en chômage partiel. Ils sont à leur domicile et suivent leurs cours à distance. Dans certains secteurs, comme le commerce et la distribution, les apprentis sont dans des entreprises qui sont sur le pont. On ne peut donc pas aller demander aux employeurs de leur ménager du temps pour se former… Donc ceux-ci doivent suivre leurs cours quand ils rentrent chez eux.
Concernant la santé et la sécurité des jeunes, nous avons donné des informations aux entreprises, mais elles connaissent la réglementation et savent que les apprentis doivent disposer des mêmes mesures de protection que les salariés classiques.

Par ailleurs, comment se passe votre activité de formation continue ?

Concernant la formation des demandeurs d’emploi, suspendue elle-aussi, nous nous sommes assurés que la rémunération des stagiaires demandeurs d’emploi puisse se poursuivre, pour éviter une rupture dans le cursus de formation. Nous avons été rassurés dans ce sens par des directives de Pôle Emploi et du Conseil régional. Concernant la formation continue pour les entreprises, les sessions qui étaient planifiées ont été reportées. Nous n’avons pas encore été sollicités pour de la formation de salariés qui seraient en chômage technique. Je pense qu’il est encore trop tôt. Mais si les entreprises souhaitent que leurs salariés suivent des remises à niveau dans des domaines qui peuvent faire l’objet d’une formation à distance, en langues par exemple, il sera possible de le mettre en place.

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