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Publié le 22/06/2020

Catherine Bréard : « On peut entreprendre quels que soient son parcours et son âge »

À 60 ans, Catherine Bréard a décidé de se reconvertir et de se lancer dans l'entrepreneuriat. Elle a lancé sa marque de mousse au chocolat au Japon. Face au succès, cette entrepreneure passionnée s'apprête à débarquer en France. Retour sur un parcours entrepreneurial extra-ordinaire.

Son incroyable histoire va bientôt être adaptée en film. À l’âge où certaines personnes prennent leur retraite, Catherine Bréard, passionnée de pâtisserie depuis toujours, a décidé pour sa part de se lancer dans l’entrepreneuriat. En 2014, alors qu’elle a 59 ans et travaille à la DSI Pôle-Emploi à Paris, son fils lui fait promettre qu’un jour, elle vivra de sa passion. Elle décide alors de passer un diplôme de cuisine. « À ce moment-là, je partais simplement pour une reconversion professionnelle, se souvient-elle. Je ne pensais pas encore à l’entrepreneuriat. » Elle profite de ses pauses pour aller visiter des laboratoires de pâtisserie et, séduite, s’engage dans une autre formation abordant « les bases en pâtisserie ». En 2016, elle gagne le 1er prix d’un concours de mousse au chocolat, à Paris.

Catherine Bréard

« Où serez-vous dans 10 ans ? »

Dans la foulée, son fils lui propose de venir s’installer au Japon, où il vit, pour y fabriquer et vendre sa fameuse mousse. Catherine Bréard se laisse séduire par la proposition et crée, avec son fils et son mari, la marque « Maman au chocolat ». Avant de partir pour le Japon, elle tente de récolter des fonds. « Quand j’ai candidaté pour des aides, on m’a dit : “vous avez un beau projet, mais vous avez quand même 60 ans. Où serez-vous dans 10 ans ? ”, déplore-t-elle. Alors nous avons levé des fonds auprès de nos proches, rendu notre appartement et investi nos économies de retraite. » Les valises pleines d’ustensiles de cuisine, Catherine Bréard et son mari s’envolent vers l’archipel nippon en 2017. Là-bas, les petits pots font un carton.

Mais, fin 2018, l’entrepreneure reçoit un courrier qui remet tout en cause : un grand groupe agroalimentaire français lui demande d’abandonner le nom « Maman au chocolat » car, jugé proche d’une marque du groupe, il pourrait créer de la confusion dans l’esprit des clients. Après une procédure judiciaire, la pâtissière est contrainte, fin 2019, d’abandonner une partie de son identité et elle renomme sa marque « Catherine Bréard ». Il faut alors tout revoir : le packaging, la communication… Heureusement pour elle, Catherine Bréard bénéficie d’une importante médiatisation.

Retour aux sources : la Normandie

« Grâce à une vidéo réalisée par le média Brut., j’ai reçu des milliers de messages me demandant où on pouvait trouver cette mousse en France », s’amuse l’entrepreneure. Nous avons donc décidé de lancer nos produits dans l’hexagone, à l’automne 2020. » Sans hésitation, Catherine Bréard choisit sa région d’origine, la Normandie, pour implanter son activité. Elle sait qu’elle peut y trouver d’excellents ingrédients chez les producteurs locaux. Elle compte ensuite distribuer ses « petits plaisirs » à Paris et en Normandie. « Notre produit est inexistant sur le marché pour l’instant car il est premium, explique-t-elle. Il n’est pas destiné aux grandes surfaces mais aux épiceries fines, aux palaces pour leurs tea time et brunch... »

Pour ce nouveau projet, Catherine Bréard est conseillée par le chef pâtissier Gilles Marchal. Elle bénéficie de l’accompagnement stratégique et financier d’une banque en Normandie et de l’Agence de développement de Normandie, ainsi que du mentoring proposé par le réseau Femmes & Challenges de la CCI Seine Estuaire. « J’ai été très bien reçue par Femmes & Challenges, se réjouit-t-elle. Mon mentor m’a écoutée, conseillée, aiguillée. Il a également diffusé le projet dans son réseau d’entrepreneurs normands. » Pour la pâtissière, ce soutien bienveillant a été d’autant plus apprécié qu’on lui a souvent fait remarquer qu’elle « ne rentrait pas dans les cases ». « Quand nous sommes allés à des salons d’entrepreneurs, nous avons constaté que personne ne s’adressait à nous, regrette-t-elle. Nous n’étions pas pris pour des entrepreneurs, mais pour des retraités qui se promenaient ! On nous a parfois dit de mettre un jeune à la tête de la société…»

Japon, Taïwan, France, États-Unis…

Pourtant, l’intérêt est bien là. Preuve en est, le succès remporté au Japon et les sollicitations pour lancer les mousses au chocolat à Taïwan et aux États-Unis. « Je continuerai à développer les recettes et à assurer la représentation. Sur le principe de licences, chaque société locale fabriquera, ensuite, pour sa commercialisation sur place », envisage Catherine Bréard. En attendant, l’entrepreneure aime raconter son histoire pour bousculer les codes du monde de l’entrepreneuriat : « Je veux montrer qu’on peut entreprendre quels que soient son parcours et son âge. »