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Publié le 01/02/2019

Grande consultation des entrepreneurs : des chefs d'entreprise dubitatifs

Le lancement du grand débat national ne suffit pas à redonner de l'optimisme à des chefs d'entreprise en attente d'un climat plus apaisé après une longue période de contestations.

Le lancement d'un grand débat pourquoi pas, mais surtout le retour d'un climat plus propice à la croissance. Tel est, en substance, le sentiment des chefs d'entreprise interrogés en janvier par OpinionWay dans le cadre de la grande consultation CCI France/La Tribune/LCI (1).

Interrogés sur le lancement du grand débat national voulu par le Président de la République en réponse au mouvement des « gilets jaunes » et proposé à tous les français depuis le 15 janvier et pour deux mois, les entrepreneurs ne sont pas aussi prêts à se mobiliser pour y participer que le reste de la population. 23 %, seulement, des dirigeants d'entreprise sont désireux de faire part de leurs propositions dans les quatre grands thèmes retenus pour le débat national : la transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté et l'organisation de l'Etat et des services publics. Les français sont, quant à eux, deux fois plus nombreux (47 % selon un sondage Opinion Way réalisé pour Public Sénat et le Point, les 21 et 22 janvier) que les chefs d'entreprise à vouloir contribuer au débat.

L'intention de participer au grand débat national

Indicateurs permettant de mesurer la participation nationale à ce grand débat qui prend des formes variées (débats locaux, groupes de réflexion participatifs, consultations citoyennes), 500 000 contributions ont été comptabilisées à la fin janvier, mises en ligne sur la plateforme du grand débat (mode de participation plébiscité par 65 % des français intéressés par cette consultation), formulées par écrit mais aussi exprmiées lors des 2 700 réunions ont été organisées dans les territoires. 18 % des français préférent ces moments de confrontation des points de vue selon le sondage cité plus haut.

Cette mobilisation, pour l'heure, faible des entrepreneurs peut s'expliquer. Selon Pierre GOGUET, Président de CCI France, « les interrogations sur le grand débat peuvent se comprendre, notamment dans les petites entreprises ou chez les commerçants fortement impactés durant les deux derniers mois par le mouvement des Gilets Jaunes et qui ont besoin d'un surcroît d'énergie pour reprendre leur activité dans des conditions sereines ».

Désireux de compenser les pertes de la fin d'année dernière pendant cette période particulièrement décisive des soldes d'hiver, les chefs d'entreprise ont, de fait, les yeux fixés sur leur carnet de commande ou leur bilan comptable au risque de se détourner de cette consultation nationale.

Les attentes à l'égard du grand débat national

Ils sont nombreux - plus de la moitié des chefs d'entreprise - à déclarer ne rien attendre du grand débat alors que seulement 15 % des français affichent leur scepticisme. Un résultat à interpréter à l'aune des attentes exprimées. De fait, 30 % des entrepreneurs (contre 54 % des français) espèrent qu'il émergera de cette vase consultation des « propositions concrètes ». Le débat n'est, en revanche, pas perçu comme le moyen de faire passer un message aux pouvoirs publics interpellés par les « gilets jaunes » - une proposition qui ne recueille que 10 % seulement des répondants - ni comme un temps d'échanges et de rencontres entre citoyens (5% des réponses), ni, non plus, comme une solution pour s'informer sur les politiques publiques du Président et de son Gouvernement (5% également). Les avis étant exprimés de façon homogène quels que soient les secteurs d'activité et la taille d'entreprise.

Le jugement sur la capacité du débat à faire émerger des solutions

Que faut-il entendre par l'expression « des propositions concrètes » ? Le grand débat permettra-t-il de sortir de la crise des « gilets jaunes » ? Les entrepreneurs sont à l'unisson des français : non ! le grand débat national ne devrait pas répondre aux attentes et demandes du mouvement né le 17 novembre 2018. 69 % des chefs d'entreprise et 67 % des français sont de cet avis. A noter que les commerçants, particulièrement touchés par les conséquences des manifestations, et les patrons d'entreprises de services figurent parmi les plus optimistes quant à une sortie de crise à la faveur du grand débat.

Les contributions citoyennes permettront-elles, au moins, de faire émerger des « solutions efficaces pour l'avenir du pays » ? Les chefs d'entreprises sont, pour l'heure, nettement pessimistes. Seuls 38 % sont de cet avis. Les professionnels de la construction (54 %) et de l'industrie (44 %) sont parmi les plus optimistes et les patrons d'entreprise de plus de 10 salariés plus confiants que ceux de moins de 10 salariés (48 % contre 38 %).

Pour autant, le temps et le cadre de la consultation ne sont pas à négliger. Le réseau des CCI, corps intermédiaire, a décidé de se mobiliser pour organiser, à l'instar des consultations citoyennes sur l'avenir de l'Europe, des ateliers débats afin d'encourager l'expression de propositions concrètes émanant du monde économique et ce, comme l'exprime Pierre Goguet, « pour que notre pays retrouve la confiance et la croissance ».

L'indicateur de l'optimisme

A la lecture des indicateurs barométriques de la Grande consultation, le climat actuel semble d'ailleurs propice à la croissance. Après la chute de l'indice de confiance qui a atteint son niveau le plus bas depuis le lancement du baromètre début 2015 (à 84 points), cet indice remonte de six points mais reste cependant très éloigné du résultat enregistré en octobre 2018 (125 points), un mois avant le début du mouvement de contestation des « gilets jaunes ». Les plus petites entreprises restant toujours moins optimistes que les plus grandes (écart de dix points).

L‘évolution de l'indice d'optimisme se retrouve également dans l'appréciation de l'état d'esprit actuel des chefs d'entreprise. Leur optimisme est en recul de 12 points quand leur confiance baisse de trois points et leur inquiétude progresse (+4 %). A noter que les chefs d'entreprise de moins de 10 salariés sont deux fois moins optimistes que ceux de plus de 10 salariés.

Les niveaux de confiance - Perspectives 12 prochains mois

Des chefs d'entreprise qui, pourtant, continuent de croire dans l'avenir de leur entreprise pour l'année à venir. Plus de ¾ d'entre eux se déclarent confiants dans le développement de leur structure. Un état d'esprit partagé plus fortement par les dirigeants des secteurs de la construction et des services plutôt que par ceux du commerce et des services. Cette confiance dans l'avenir de leur propre entreprise est traditionnellement toujours plus forte dans le baromètre que le niveau de confiance dans l'économie nationale et mondiale. A noter cependant qu'en janvier, la progression de la confiance dans l'économie française est quasiment aussi forte (+ 6 points) que la confiance dans leur propre entreprise (+7 points). Ce résultat peut notamment s'expliquer par les statistiques encourageantes de la croissance du pays (2,3 % en 2107 et 1,5 % en 2018). Dès lors, les entrepreneurs déclarent apprécier le contexte actuel (45 %) et espèrent que « ce sera mieux demain » (23 % en progression de trois points).

La mise en place du prélèvement à la source

Le climat actuel est-il favorable à la mise en place de la réforme du prélèvement à la source ? Interrogés sur leur appréciation de la mise en place du dispositif, les chefs d'entreprise manifestent, très majoritairement à 78 %, un avis positif sur la mesure. Un résultat supérieur à celui du sondage Ipsos du mois d'octobre 2018 pour l'Observatoire social de l'entreprise relevant que seulement 52 % des chefs d'entreprise étaient favorables au prélèvement à la source.

Dans les faits, la mise en œuvre concrète du système de collecte de l'impôt par les entreprises semble s'effectuer sans trop de difficultés : seulement 22 % des dirigeants estiment que la mise en place de la mesure a été difficile. Cependant, 68 % des patrons craignent l'apparition de bugs dans l'application des taux de prélèvement. Il est à relever que la moitié environ des répondants (53 %) a apprécié l'aide de l'administration fiscale dans l'application du dispositif. L'analyse des réponses par taille d'entreprise montre que les besoins en accompagnement (par l'administration fiscale) et les difficultés des entreprises croissent avec la taille des structures : 16 points de différence entre les plus de dix salariés et les moins de dix salariés en matière d'aide et 12 points d'écart dans le jugement sur les difficultés d'application de la mesure. Pour rappel, afin de simplifier la tâche des TPE, les entreprises moins de 20 salariés peuvent déléguer gratuitement aux Urssaf la déclaration et le reversement de l'impôt de leurs salariés. La gestion du prélèvement à la source dans les entreprises, un sujet qui reste à suivre…

A découvrir l'intégralité des résultats de la vague de janvier 2018 de la Grande Consultation des Entrepreneurs

(1) Sondage Opinionway réalisé par téléphone auprès de 609 dirigeants d'entreprise entre le 17 et le 24 janvier 2019 dans le cadre de la Grande Consultation des entrepreneurs.
 

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