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Publié le 31/08/2020

Cléopâtre, la reine d'école

Réputée, depuis neuf décennies, pour sa colle à papier, l'entreprise Cléopâtre Colles & Couleurs, installée à Ballan Miré (Indre-et-Loire), fabrique des colles, peintures et produits de loisirs créatifs dans une démarche éco-responsable.

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ll y a des odeurs d’enfance dont on se souvient toute une vie. Pour certains, c’est le parfum d’amande de la colle blanche Cléopâtre utilisée pour coller dessins et polycopiés sur les cahiers d’école. En 1930, alors que chacun fabrique sa propre colle à base de farine et d’eau, Monsieur Chamson a l’idée d’en produire à partir d’amidon de pomme de terre et de la vendre dans le commerce, conditionnée dans des petits pots d’aluminium. Passionné d’Egypte, ce Parisien lui donne le nom de Cléopâtre. C’est le début d’une grande destinée pour celle qui devient progressivement la reine des colles. Des évolutions et des innovations – ajout d’un conservateur à l’odeur d’amande, d’un petit pinceau puis d’une spatule… – font qu’elle trouve rapidement sa place sur les bureaux des écoliers français, prisée par les maîtresses et maîtres.

Malgré son succès, la marque connaît des hauts et des bas. En 2000, la société Cléopâtre Colles & Couleurs, installée près de Tours depuis les années 1970, prend un second souffle à la faveur de sa reprise par Alexandre Marionnet. « Quand j’ai découvert que l’entreprise existait toujours et était installée près de chez moi, je suis allé voir son propriétaire pour lui demander s’il ne voulait pas la vendre », raconte-t-il. Fort d’une expérience dans le conseil et la direction d’entreprises en difficultés, et aidé dans la reprise par la CCI Touraine, Alexandre Marionnet reprend donc les rênes de la société pour relancer cette marque mythique.

« Nous touchions déjà les professeurs d'école et les enfants. Avec les loisirs créatifs, nous voulions toucher les parents, et particulièrement les mamans, afin de leur faire redécouvrir la marque »

Basiques et tendances

Pour cela, il commence par « reprendre les basiques du commerce qui avaient été oubliés » selon lui. Il commence par renouer avec les clients traditionnels, en allant à leur rencontre pour échanger et leur proposer de nouveaux produits. « Ensuite, nous avons choisi de segmenter notre offre en fonction de l’âge des enfants, détaille-t-il. Dans les catalogues de fournitures donnés aux maîtresses, il y avait auparavant une page dédiée à la colle. Désormais, il y en a six ou huit. » Cette segmentation permet à Cléopâtre de reconquérir non seulement ses clients initiaux, les centrales d’achat auxquelles font appel les communes pour équiper leurs écoles, mais également de gagner du terrain en grande distribution spécialisée et généraliste.

Au milieu des années 2000, l’entreprise se positionne sur les peintures et décide de se lancer sur le marché des loisirs créatifs pour adultes. « Nous touchions déjà les professeurs d’école et les enfants, analyse Alexandre Marionnet. Avec les loisirs créatifs, nous voulions toucher les parents, et particulièrement les mamans, afin de leur faire redécouvrir la marque. »



À l’affût des tendances, l’entreprise saute sur l’occasion quand vient la mode du slime dès 2017. Cette sorte de pâte à modeler pâte gluante et élastique, née au États-Unis, est fabriquée à partir de colle transparente. Cléopâtre Colle & Couleurs capitalise sur sa notoriété et la qualité de sa colle réputée sans danger pour les enfants, et en produit des milliers de litres. La stratégie adoptée par son nouveau dirigeant semble payer. 20 ans après sa reprise, l’entreprise emploie 30 personnes, produit 2000 tonnes de colle par an (soit environ 30 millions d’unités) et réalise 6,5 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Le choix de l'éco-management

Le renouveau de Cléopâtre Colles & Couleurs se caractérise également par son engagement en faveur du développement durable. « À l’origine, la colle Cléopâtre était fabriquée principalement à partir principalement d’amidon de pomme de terre, rappelle Alexandre Marionnet. Après-guerre, le monde a été inondé de produits chimiques, la colle n’y a pas échappé. Nous avons donc voulu revenir aux bases et redevenir le plus naturel possible pour la santé des enfants. »

Le travail sur la composition des produits s’est accompagné d’une démarche globale ambitieuse.En 2006, l’entreprise a intégré une nouvelle usine, à la charpente en bois, et non reliée directement aux égouts afin d’éviter toute pollution accidentelle. 

« Aujourd'hui, chaque décision est prise au regard de son impact environnemental. »

« Nous avons regardé chacun de nos process pour voir comment nous pourrions nous améliorer. Aujourd’hui, chaque décision est prise au regard de son impact environnemental. » Par exemple, l’entreprise renonce à passer aux tubes souples mêlant plastique et aluminium, comme ceux des dentifrices, préférant garder des tubes 100% aluminium entièrement recyclables. « Lorsque nous voulons acheter une nouvelle machine, nous regardons si elle est facile à nettoyer pour ne pas utiliser des litres d’eau, illustre encore le chef d’entreprise. C’est à la fois écologique et économique. » La démarche d’éco-management de Cléopâtre Colles & Couleurs est certifiée par la norme européenne EMAS (Eco Management Audit Scheme), contrôlée chaque année.

Ancrée dans son territoire, l’entreprise, labellisée EPV, s’attache à privilégier les sous-traitants locaux quand cela est possible. 90% de sa production est assurée en France, mais les bâtons de colle sont sous-traités en Asie. À la suite de la crise du coronavirus et face au regain d’intérêt pour le Made in France, Cléopâtre réfléchit à rapatrier en France les activités réalisées à l’étranger. « Nous en avons déjà parlé avec des grandes enseignes qui seraient d’accord pour contracter avec nous sur plusieurs années », se réjouit Alexandre Marionnet.


Chiffres-clés

1930 création
30 salariés
6 millions € de CA
2000 tonnes de colle par an


Pour en savoir plus :