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Publié le 18/05/2020

« Notre priorité : nous assurer qu'un maximum d'entreprises survivent à l'épisode du COVID-19 »

Moins touchée par le COVID-19 que la métropole, la Nouvelle-Calédonie a commencé son déconfinement le 20 avril 2020. David Guyenne, président de la CCI, raconte comment s'est déroulée la reprise d'activité et quelles sont les actions mises en place pour soutenir les entreprises locales.

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Comment votre territoire a-t-il été affecté par le COVID-19 ?

En date du 13 mai 2020, la Nouvelle-Calédonie et ses 280 000 habitants sont épargnés par la pandémie du COVID-19. Seulement 18 cas ont été confirmés, sans aucun décès. Aucun nouveau cas n’est apparu depuis le 5 avril, malgré des tests quotidiens de dépistage.

David Guyenne, président de la CCI Nouvelle-Calédonie

La situation sanitaire a pu être maîtrisée grâce notamment à :

  • des mesures prises dès le 16 mars, avec la suspension des croisières, la fermeture des lieux d’enseignement et des établissements de loisirs (bars, restaurants, etc.),

  • la fermeture des frontières à partir du 23 mars et l’instauration de 4 semaines de confinement stricte de la population, avec fermeture de tous les commerces non essentiels,

  • la mise en quatorzaine obligatoire pour toutes les personnes rapatriées ou personnes contacts de personnes détectées positives, dans des hôtels réquisitionnés, suivie d’une semaine de confinement à domicile,

  • 2 semaines de déconfinement progressif du 20 avril au 3 mai inclus.

Quel a été l'impact économique de ces mesures ?

Bien que la durée du confinement ait été limitée par rapport à la situation en métropole, l’impact des mesures drastiques de protection est important sur notre économie et particulièrement sur les TPE. Il a toutefois été contenu grâce au déploiement rapide de plusieurs mesures de soutien aux entreprises par l’ensemble des acteurs et de manière concertée (État, gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, provinces).

La dernière étude CEROM (Comptes économiques rapides pour l'Outre-mer) évalue l’impact du confinement à une perte de PIB comprise entre 2,9 et 4,5 points, soit une destruction de valeur de 300 millions d’euros. Une étude menée par la CCI révèle qu’une grande majorité des entreprises ont enregistré une baisse de chiffre d’affaires significative (75%) et des problèmes de trésorerie (82%). Certaines ont dû recourir au chômage partiel (30%) ou aux congés payés (36%). Les plus fragilisées sont les petites structures de moins de 11 salariés qui enregistrent une baisse de chiffre d’affaires immédiate et conséquente, et qui ne se sentent pas suffisamment solides pour absorber cette crise.

Dans le secteur du tourisme, des entreprises sont gravement touchées (agences de voyage, compagnies aériennes, infrastructures de transport, croisière, hôtellerie…) et vont l’être durablement :  les touristes viennent principalement de l’extérieur et l’on estime que le trafic aérien international ne retrouvera pas sa situation pré-Covid-19 avant 3 à 5 ans. Un modèle local de tourisme est certainement à imaginer, mais il ne suffira pas à combler les pertes du secteur.

Le déconfinement d'une partie de la Nouvelle-Calédonie a commencé le 20 avril. Comment s'est-il déroulé ?

Le déconfinement s'est effectué de manière progressive. Dans un premier temps, l'ensemble de l'activité a pu reprendre à l'exception des établissements culturels, bars, discothèques, activités sportives ou de loisirs. Depuis le 4 mai, toutes les activités économiques et sociales sont autorisées dès lors que les gestes barrières et la distanciation sociale sont strictement respectés. Si cette distanciation est impossible, les manifestations et activités ne peuvent reprendre que si les participants peuvent être identifiés nominativement ou s'ils portent un masque. Les bars sont autorisés à ouvrir s'ils justifient d'un service à table pour leurs clients (tout service au comptoir est interdit), dans le respect des gestes barrières, notamment une distance minimale d'un mètre entre les tables, comme dans les restaurants.

Les services à la personne pour lesquels la distance minimale d'un mètre avec le client est impossible sont autorisés à condition que le prestataire porte un masque.

L'absence constatée de circulation du virus (jusqu'à présent) a permis une reprise prudente mais confiante.

Quels sont les objectifs de la CCI et les moyens mise en œuvre pour les atteindre, à l'issue de la crise  ?

Notre priorité est de nous assurer qu’un maximum d’entreprises survivent et soient pérennes bien au-delà de l’épisode du COVID-19, en sollicitant d’abord les bonnes aides face à leurs problèmes. Nous avons ainsi mis en place des ateliers gratuits sur tout le territoire pour aider les entreprises à formaliser leur demande d’accès aux aides, avec mise à disposition d’ordinateurs lorsque c’est nécessaire. Plus de 200 entrepreneurs ont ainsi été accompagnés dans leurs démarches.

Afin de renforcer notre accompagnement des entreprises en difficulté, la CCI a parallèlement ouvert gratuitement des formations habituellement payantes, sur tout le territoire, pour aider les TPE en difficulté à gérer leur trésorerie.

En parallèle, nous sommes très présents sur le web et sur les réseaux sociaux. Nous alimentons quotidiennement notre rubrique dédiée sur notre site avec la création et la mise à disposition d'outils pratiques pour aider et informer les entreprises : tutoriels, vidéos, Facebook lives, tableaux et infographies décryptant les aides, lettres type pour entamer des démarches administratives…

Nous allons par ailleurs lancer une association de mentoring qui consisterait, pour les entrepreneurs en difficulté, à se rapprocher d’un entrepreneur bénévole, qui pourra être par exemple un élu de la CCI. Ce parrain sera là pour les écouter, partager son expérience, les guider et les accompagner avec un regard objectif et bienveillant.

Enfin, nos 88 membres consulaires sont aussi en lien permanent avec l’ensemble du tissu économique calédonien pour lui apporter des réponses et faire remonter les difficultés individuelles particulières.

En tant qu'entrepreneur et président de CCI, quel regard portez-vous sur cette crise et comment pensez-vous que le modèle économique va/doit évoluer ?

D’une crise naissent souvent des opportunités. Nous avons pu constater de belles démonstrations de résilience et d’agilité de la part des Calédoniens, mais également des associations et des entreprises. Preuve que l’esprit pionnier, l’esprit d’entreprise sous toutes ses formes, sociales ou économiques, perdurent dans notre société.

Durant cette crise, les Calédoniens ont exprimé des besoins de sens, à travers le bénévolat, le respect du confinement et des gestes barrières. Mais également en privilégiant la proximité, en améliorant leur mode de consommation. Les associations ont déployé des initiatives d’entrepreneuriat social empreintes d’agilité et d’adaptation. Les entreprises, commerces, industries, services ont réagi soit en innovant, soit en adaptant leurs modèles économiques.

Nous devons donc faciliter les initiatives citoyennes et individuelles. Faciliter la vie des entreprises, des artisans. Faciliter les transitions numériques et technologiques. Faciliter les mutations vers des modèles économiques qui nous correspondent.

Faciliter, pour nous, signifie à la fois investir, mais aussi assouplir les règles, repenser les modèles.

Entreprises, pour toute question :   entreprises-coronavirus@ccifrance.fr