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Publié le 17/04/2019

« Dans la transmission d'entreprise, la CCI est une porte d'entrée »

Sur tout le territoire, dans le réseau des CCI locales et régionales, des experts mettent leurs compétences et leur énergie au service des entreprises et des entrepreneurs. Rencontre avec Sylvie Fardin, conseillère experte Transmission à la CCI de l'Hérault.

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Quel est votre rôle à la CCI de l'Hérault ?

Après avoir travaillé plusieurs années sur la création, je suis désormais en charge de la transmission et reprise d'entreprises. D'un côté, je conseille les chefs d'entreprise en amont de la cession et je les aide à trouver un repreneur. De l'autre, je reçois les repreneurs en recherche de cible pour les aider à trouver une entreprise qui corresponde à leur projet. J'essaie de former des couples, même s'il est rare d'accompagner à la fois le cédant et le repreneur, car les personnes qui souhaitent reprendre ne cherchent pas forcément les entreprises que nous avons à céder.

Comment se passe l'accompagnement d'un cédant ?

La première question que je l'invite à se poser est « Quels sont mes projets après la cession ? ». Si la réponse est très évasive, le cédant aura du mal à franchir le pas, même si le courant est passé avec un repreneur. La deuxième question est : « Dans quel état est mon entreprise ? » Nous travaillons alors avec les conseils de l'entreprise (comptable, avocat…) pour en établir la valeur. Une fois que l'on est clair sur ces sujets, on peut commencer à chercher un repreneur, une personne morale ou physique. On commence par chercher dans l'entreprise si quelqu'un souhaite reprendre. Si c'est le cas, alors je peux orienter cette personne vers une formation afin de monter en compétences.

Sinon, je regarde dans mon portefeuille de repreneurs ou je publie des annonces sur des supports nationaux tels que Transentreprises ou Fusacq. Dans le Sud, il y a beaucoup d'artisans, donc nous travaillons en excellente collaboration avec les experts de la Chambre des métiers. Une fois que le cédant a trouvé son repreneur, il faut accomplir toutes les démarches administratives. Je conseille alors au chef d'entreprise de faire appel à son équipe de conseils, car l'objectif est de travailler en interprofessionnalité. J'anime d'ailleurs le réseau Transmipro qui rassemble des experts comptables, des avocats, des gestionnaires de patrimoine, des notaires, des banquiers… Si besoin, j'oriente les cédants que j'accompagne vers ces professionnels.

Quels sont les enjeux spécifiques à la cession d'entreprise ?

Dans la cession, il y a 99 % de psychologique et 1% de technique. C'est toute la famille qui est engagée, avec parfois du patrimoine personnel. C'est compliqué pour le cédant d'avoir une vision objective de son entreprise, donc moi je suis là pour l'aider sur ce point. Autre enjeu : il faut parvenir à chercher un repreneur tout en conservant la confidentialité. C'est une constante : les cédants ne veulent pas qu'on sache qu'ils cherchent à céder. Ils craignent une démotivation du personnel ou de la désinformation de la part de la concurrence.

En quoi consiste votre travail avec les repreneurs ?

Je travaille essentiellement avec des personnes qui cherchent à reprendre des TPE/PME. Elles viennent me voir, ce qui signifie que la CCI est bien identifiée comme un lieu « ressource ». Concernant leur profil, ce sont soit des personnes qui en ont marre du salariat et veulent se lancer dans l'entrepreneuriat, soit des personnes qui ont été licenciées vers 45-50 ans et préfèrent entreprendre. Les repreneurs arrivent avec un bagage, des apports. Certains ont un projet bien défini ; d'autres, une vague idée. Au démarrage, on creuse leurs aspirations. Cela permet de mieux recentrer le projet. Car, plus un projet est centré, plus on est efficace dans la recherche.

Là encore, il y a tout un volet psychologique. Les repreneurs imaginent que cela va être facile. Mais non ! Il faut être méthodique, patient, être en cohérence avec les compétences de l'entreprise et avoir les moyens de ses aspirations. Ceux qui cherchent à reprendre sont plutôt des cadres qui géraient des équipes mais qui ne maîtrisent pas forcément le cœur de métier de l'entreprise qu'ils souhaitent reprendre. Donc moi, je suis là pour recadrer et éventuellement les faire accoucher d'un autre projet. Tout en ayant en tête que dans l'entrepreneuriat, il y a forcément une prise de risques. On ne peut pas attendre que tous les voyants soient au vert, sinon on ne reprend jamais. Pour ceux qui en ont besoin, j'anime une formation à la reprise. En deux jours, on passe tout en revue : la méthodologie, l'audit, le financement... Ces ateliers créent parfois des déclics chez les repreneurs.

Qu'aimez-vous dans votre métier ?

J'aime les rencontres que j'y fais. Je travaille avec des individus qui ont tous des parcours différents. Ensuite, c'est un travail vivifiant intellectuellement : aucune question n'est traitée de la même manière. En tant que conseillère CCI, j'ai une casquette « objectivité », par rapport aux intermédiaires. L'expression et l'écoute sont plus libres. Dans la transmission, la CCI est une porte d'entrée. Nous avons la capacité de fédérer des acteurs autour du dirigeant pour lui mettre le pied à l'étrier, afin qu'il puisse dérouler le processus à son rythme. En exerçant mon métier, j'ai appris la modestie. Typiquement, ce n'est pas un métier qu'on peut exercer seul. Il faut reconnaître qu'on ne peut pas être bon dans tout. Les sujets techniques sont nombreux, il faut donc travailler en interprofessionnalité. C'est un métier où l'on apprend beaucoup par expérience.