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Publié le 01/10/2020

«Former au très haut débit : répondre vite et au plus près du besoin des entreprises»

Pour relever le défi du déploiement du très haut débit voulu par le Conseil départemental, le Centre de formation de la CCI de l'Ariège, l'IFCAP, a conçu des formations en un temps record. Pour y parvenir, la CCI de l'Ariège s'est appuyée sur l'expertise du Centre national du très haut débit de la CCI du Cantal. Présentation des enjeux pour le territoire et de l'offre de formation de l'IFCAP par son directeur, Michel Laclautre.

Pourquoi le département de l'Ariège s'est-il engagé dans un plan de développement massif du très haut débit ?

Le Conseil départemental de l’Ariège a voulu lutter contre l’enclavement du territoire et faire face au risque de fracture numérique en faisant installer la fibre optique partout dans le département. Il s’agissait de couvrir l’intégralité de notre territoire montagnard et rural à l’habitat très dispersé, y compris donc, dans les zones les plus éloignées des deux villes principales, Pamiers et Foix. Le président du Conseil départemental résume ainsi l’ambition du département éloigné, physiquement, des centres de décision mais qui doit s’en rapprocher grâce à la technologie : « loin de tout, près de tout ! ».

Aidé par la Région et par l’État dans le cadre du plan très haut débit, le Conseil départemental a lancé, en 2018, le programme de connexion de toutes les habitations et entreprises ariégeoises à la fibre optique FFTH (Fiber to the home – Fibre jusqu’à l’abonné). Le choix de cette technologie était important car il offre un accès à l’internet à très haut débit jusqu’au domicile. D’ici 2022, 80% du territoire sera connecté. L’objectif est de couvrir l’intégralité du département en 2025.

Michel Laclautre.

La question de l'attractivité du territoire a-t-elle pesé fortement sur cette décision d'investissement ?

Si le Très Haut Débit (THD) ne garantit pas l'attractivité d'un territoire, son absence peut être un facteur de départ des actifs et des entreprises. Cet investissement dans le THD vise à préserver notre tissu économique. Le département compte des entreprises sous-traitantes d'Airbus qui ont besoin d'une qualité de connexion leur permettant d'envoyer rapidement au donneur d'ordre des documents parfois assez volumineux. L'ADSL ne constitue pas, à cet égard, une réponse adaptée à leurs besoins. Par ailleurs, la crise sanitaire actuelle et la période de confinement que nous avons connue a aussi mis en évidence la nécessité d'avoir des connexions suffisamment efficaces pour les salariés et les indépendants. Dans le choix d'investir dans la fibre optique, il y a clairement une double volonté : la rétention, d'une part, pour garder en Ariège les entreprises et leurs collaborateurs, et l'attraction, d'autre part, pour inviter les sous-traitants de niveau 2 de l'aéronautique à venir s'installer à la campagne à moins de 100 km de Toulouse.

Ce déploiement du THD exprime la volonté de promouvoir un développement économique équilibré du territoire. Il s'inscrit aussi dans le prolongement de ce que les CCI avaient mis en place dès 2005, en Auvergne et en Occitanie notamment, avec les premiers télécentres publics proposant des services et équipements de télécommunication aux actifs vivant en zone rurale. Dans notre département, ces télécentres permettaient ainsi aux Ariégeois travaillant pour Airbus ou Latécoère de ne pas avoir à aller jusqu'à Toulouse.

Quel a été l'engagement de la CCI dans le plan de déploiement du très haut débit ?

Dans le cahier des charges pour la sélection de l'opérateur de télécommunication, il y avait une clause sociale portant sur la formation et l'insertion des publics éloignés de l'emploi. C'est dans ce cadre que la CCI a été directement impliquée sous la forme d'un partenariat avec la filiale d'Orange, Ariège THD, retenue pour le marché et avec l'ensemble des prestataires mobilisés par ce déploiement de la fibre. Notre ambition : répondre vite et au plus près du besoin des entreprises.

À l'IFCAP nous n’avions jamais formé aux métiers des télécommunications mais, heureusement, nous avons pu bénéficier de l’effet réseau entre CCI. Nous nous sommes appuyés sur l’expérience et l’expertise du Centre National du Très Haut Débit qui est géré par la CCI du Cantal pour monter nos programmes en un temps record. En moins de trois mois, grâce aux formateurs venus d’Auvergne, nous avons pu ouvrir nos premières formations.

Combien de personnes et à quels métiers avez-vous formé ?

De juin 2018 à fin 2019, nous avons formé à deux métiers une centaine de personnes : des jeunes en insertion et des publics plus âgés en reconversion. Le premier métier est celui de « monteur installateur THD », un diplôme en apprentissage de niveau CAP inscrit au RNCP. Pour aller plus vite et répondre à la demande des entreprises, nous avons conçu une formation plus courte de « technicien réseau fibre optique », organisée en partenariat avec Pôle Emploi, les missions locales, les entreprises d’insertion, Cap Emploi mais aussi des entreprises d’intérim. Cette formation n’est pas diplômante mais elle permet de s’insérer rapidement dans l’emploi. Elle a bénéficié à 90 personnes. La seconde formation, qui existe aussi dans le Cantal, porte sur le métier de « dessinateur projeteur THD », exercé dans les bureaux d’études. À ce jour, 10 personnes ont décroché ce diplôme de niveau II. Il faut souligner que nos formations bénéficient du label Objectif fibre, créé en 2009 et porté par la filière, qui référence les centres de formation aux métiers du déploiement et de la maintenance de réseaux FTTH.

100 % de diplômés et 90 % d'entre eux en emploi à l'issue de la formation

Cette offre de formation a attiré de nombreux candidats car les besoins en compétences des entreprises pour l'installation de la fibre sont immédiats, et ceux dédiés à la maintenance sont durables. Mais, pour jouer cartes sur table avec les inscrits à la formation de « monteur installateur » tous ont effectué, avant le début des cours, un stage d'une semaine en entreprise pour prendre la mesure de la réalité du métier… et s'assurer de leur motivation ! Et au bout du compte, tous les stagiaires ont eu leur diplôme et 90 % d'entre eux ont trouvé un emploi dès la fin de leur formation.

Avez-vous également proposé des formations continues dans ce domaine ?

Nous avons utilisé le dispositif de droit de tirage mis en place principalement par Constructys, l’Opérateur de Compétences de la branche, pour mettre à niveau les compétences des collaborateurs des entreprises du secteur via des sessions de formation de courte durée. Des techniciens qui, par exemple, n’opéraient qu’avec des câblages en cuivre ont pu se former à la fibre optique en deux semaines. Cela représente des effectifs plus restreints d’une trentaine de stagiaires par an.

La diffusion de la fibre optique appelle-t-elle également de nouvelles formations à destination d'autres entreprises intégrant cette technologie dans leur offre ?

Effectivement, nous sommes en train de réfléchir à une offre de formation destinée à accompagner le développement du marché de la maison connectée. Pour rappel, la connexion au haut débit se découpe en plusieurs phases : le déploiement des infrastructures du nœud de raccordement à la PMZ/I, Point de Mutualisation de Zone/Immeuble, jusqu’au branchement, ensuite, au domicile des particuliers ou dans les entreprises. Pour répondre à la première phase, nous proposons les deux formations initiales de monteur installateur et de dessinateur projeteur. La deuxième phase dite de raccordement, appelée aussi le « D3 » dans la filière, comporte le câblage des habitations mais aussi, potentiellement, le branchement de tous les objets connectés dans la maison (volets roulants, porte de garage, tv…). Nous travaillons actuellement à la préparation d’une offre de formation englobant ces deux aspects que nous devrions pouvoir proposer à la fin de cette année dans toutes les CCI de la région Occitanie grâce à notre CFA régional Sud Formation.

Pour attirer des stagiaires, nous avons conçu un appartement témoin à l'IFCAP permettant de visualiser la connexion à la fibre optique et son usage dans la maison. Ils prennent conscience de la dimension technique mais aussi de l'importance de la relation avec la clientèle pour que la prestation réponde bien à son mode de vie. En termes de débouchés, nous visons des catégories d'entreprises différentes et variées : des électriciens, des domoticiens ou des installateurs de volets ou des portes de garage motorisés… Avec pour objectif de leur proposer des collaborateurs bien formés pour apporter à leurs clients des services à plus forte valeur ajoutée.