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Publié le 22/07/2020

«On s'est beaucoup plus tourné vers les autres et on va continuer à le faire»

Loïc Legrand est General Manager de l'hôtel Holiday Inn Paris Versailles Bougival, et président du Club Hôtelier du 78. Il revient sur la gestion de la crise sanitaire au sein de son établissement et envisage l'avenir de la filière tourisme francilienne.

Comment votre activité a-t-elle été affectée par la crise sanitaire liée au COVID-19 ?

L’hôtel Holiday Inn Paris Versailles Bougival dispose de 219 chambres, 18 salles de séminaires, d’un restaurant et d’un bar : c’est un établissement important dans l’Ouest Parisien. Nous avons été fortement et défavorablement impactés par la crise, parce qu’il n’y avait plus de séminaires ou très peu.

En temps normal, nous avons une clientèle d'affaires la semaine, car nous sommes alimentés par le bassin d'activité de Rueil 2000, et une clientèle majoritairement asiatique le week-end. Or, en cette mi-juillet, ces deux types de clientèle ne sont pas encore revenus. Nous avons un taux d'occupation de 10% et ne prévoyons pas un prévisionnel beaucoup plus élevé. Souvent, en septembre, nous accueillons des séminaires de rentrée, mais pour l'instant nous n'avons aucune réservation.

Loic Legrand

Comment avez-vous géré la situation jusqu'à présent ?

Nous avons été touchés de manière extrêmement rapide. Comme tous les restaurateurs, nous avons appris qu'il fallait fermer le restaurant au dernier moment. Ensuite, nous avons dû prendre une décision : fermer l'hôtel ou pas ? Contrairement à beaucoup de collègues, nous sommes finalement restés ouverts car un de nos clients régulier avait des besoins, même pendant cette période. C'était toutefois une ouverture anecdotique pour un bâtiment de 15 000 m2, donc nous avons segmenté nos parties ouvertes afin que l'activité soit viable. Nous avons fait ce choix aussi parce que nous voulions garder le lien avec nos clients.

Comment le Club Hôtelier des Yvelines s'est-il organisé pour accompagner ses membres dans cette période difficile ?

Au sein du Club Hôtelier, nous avons communiqué très largement car il y avait le souci d'avoir l'information juste. Pour les professionnels, c'était difficile car il y avait énormément d'informations de dernière minute. Le club hôtelier a joué le rôle de relais entre les fédérations nationales et le terrain. Ensuite, nous avons échangé régulièrement avec nos adhérents, par téléphone, pour maintenir le lien, discuter de leurs problématiques et transmettre les bonnes pratiques.

Quelles bonnes pratiques avez-vous déployées dans votre établissement ?

Nous avions, par exemple, l'habitude de servir un petit déjeuner américain avec un buffet. Afin de respecter les mesures sanitaires, nous l'avons transformé en breakfast box. Notre restaurant ayant fermé, nous avons établi des partenariats avec des restaurateurs locaux, qui étaient très contents de fournir quelques repas par jour.

Le Club hôtelier a également travaillé avec la CCI Versailles-Yvelines. Quel rôle a-t-elle joué ?

Nous avons collaboré avec Marie Loreau, Chef de projet développement du territoire à la CCI Versailles-Yvelines, qui a joué le rôle de driver au sein de notre réseau de professionnels. C’est quelqu’un de très enthousiaste et motivé, qui a réussi à rassembler de nombreuses personnes autour du projet SPôTT, malgré les individualités, sur tout l’axe de la vallée de Seine. Ce dispositif a donné aux professionnels de l’hôtellerie et du tourisme l’opportunité de développer, sur le long terme, des axes de communication. Dans le cadre de l’opération Week-end Zen en Vallée de Seine, nous avons pu proposer des packs touristiques, faire des partenariats avec des musées et mettre en place des offres promotionnelles, comme la deuxième chambre à -50%, pour attirer les touristes sur notre territoire. L’opération a été très largement diffusée et a permis de mettre en valeur la destination.

Pensez-vous que ces initiatives vont perdurer et faire évoluer le secteur du tourisme ?

Je pense que les projets qui ont été insufflés pendant la crise sanitaire vont non seulement perdurer, mais se développer. Le côté positif, c'est que l'on est allé creuser pour trouver des solutions, et qu'il en est sorti de belles choses : des partenariats avec les restaurateurs locaux, les musées… On s'est beaucoup plus tourné vers les autres et on va continuer à le faire. Beaucoup des hôtels du bassin de Versailles avaient l'habitude de recevoir une clientèle étrangère et de travailler avec de gros prestataires de service. Avec la crise, ces derniers se sont retrouvés sans business et sans possibilité de fournir de la clientèle aux hôtels qui, eux, ont dû faire face à un marché totalement français. Donc il va falloir continuer à travailler avec les acteurs locaux, avec ses voisins.

Il va également y avoir une considération plus importante pour les clients locaux. Avec le développement du télétravail, les gens qui vivent dans de petits espaces, notamment en Île-de-France, vont avoir besoin de sites de coworking. Les hôtels, près de chez eux, ont de grands lobbys qui peuvent répondre à ce besoin. Depuis quelques années, certains groupes hôteliers essaient de s’insérer dans le tissu local. Je pense que cette démarche va se généraliser, peut-être que cela passera par une adaptation des prix pour les établissements les plus prestigieux.