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Publié le 08/03/2019

L'industrie du futur, accélérer le mouvement

Le Salon Global Industrie 2019 a été l'occasion de faire un état des lieux de la mutation du secteur vers l'industrie du futur. Les ambitions sont affichées, des résultats constatés et les axes d'amélioration identifiés.

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Exit les POC, on duplique ! Quatre ans après le lancement du plan gouvernemental appelant à une mobilisation nationale, les expérimentations des Proofs Of Concept doivent maintenant laisser la place au déploiement à plus grande échelle de l'Industrie du Futur (IF). Tel est le constat fait par Max Blanchet, Managing Director chez Accenture Strategy lors de la conférence sur l'état des lieux de l'IF du Salon Global Industrie (Lyon du 5 au 8 mars 2019). La concurrence internationale (américaine, chinoise) et européenne (allemande et italienne notamment) est rude, la France doit, pour ne pas être distancée « accélérer sa mutation vers l'industrie du futur »

Pour l'heure, force est de constater que du chemin reste à faire. A titre de repère, le basculement vers une industrie réellement plus connectée, plus automatisée, plus agile et plus frugale ne concerne que 23 % du périmètre de l'étude du cabinet Accenture (une quarantaine de grands groupes).

« Industech »

Pour changer d'échelle, il faut changer de logiciel et avoir une approche globale du fonctionnement d'une entreprise numérisée. L'objectif : prendre la mesure des potentialités qu'offrent les nouvelles technologies mais aussi des conséquences qu'elles génèrent.

La nouvelle feuille de route de cette « industech » (néologisme illustrant la mutation technologique de l'industrie) est toute tracée et mobilisatrice. Les technologies qui interviennent de la conception des produits jusqu'à la coopération entre producteur, client et fournisseur peuvent se classer en trois grandes catégories :

  • L'intelligence et automatisation : robotisation, cobotisation, drones mais aussi intelligence artificielle et big data,

  • Le digital : jumeaux numériques permettant une représentation virtuelle d'un produit pour concevoir, simuler, surveiller ou entretenir un produit, réalité augmentée et « l'Edge computing » pour assurer la maintenance prédictive,

  • Les réseaux : blockchain pour stocker et transmettre les données de façon transparente et sécurisée entre différents sites de production sous la forme de tours de contrôle numérique notamment ou les plateformes de collaboration « end to end » entre le producteur, ces clients et fournisseurs pour gérer en temps réel l'approvisionnement d'une usine ou les remontées liés à l'usage d'un produit.

Les applications sont multiples et les bénéfices nombreux. En mode 4.0, l'industrie réalise des gains de productivité grâce à la robotisation et à l'automatisation. En recul par rapport à ses principaux concurrents européens et classée au 18 ème rang mondial, la France est en train de rattraper son retard en matière de densité robotique (progression de 10 % des installations de robots en 2017 source : fédération internationale de la robotique).

Le recours aux algorithmes permet de prédire plus facilement les pannes des machines, d'éviter les baisses de qualité de production (commande vocale automatisée des machines par exemple), de tenir les cadences de production et de faire des économies de matière première et d'énergie…. Avec à la clé, selon le cabinet Accenture, une augmentation du taux de rentabilité (de deux à trois points de marge) et un retour sur investissement évalué entre un an et un an et demi.

La dualité de l'industrie : créative et digitalisée

Mais, au-delà des aspects financiers et comptables, la mutation vers l'industrie du futur a aussi des impacts managériaux et humains. L'industrie va devoir gérer sa dualité : être créative et réactive, en prise, la plus directe possible, avec les besoins de sa clientèle (personnalisation de masse d'un produit ou d'un service en fonction des aspirations du client par exemple) mais être aussi hyper digitalisée (CQFD des process automatisés donc très contrôlés laissant moins de place à l'humain). L'industrie est invitée à une gestion active de ses compétences. De nouveaux métiers vont apparaître, d'anciens seront transformés. Des emplois de cadres et d'ingénieurs devraient se multiplier, quand d'autres devraient diminuer du fait de la robotisation et de la cobotisation de l'activité.

Pour soutenir le déploiement de son plan « industrie du futur » l'Etat a lancé plusieurs actions. Des contrats de filière ont été mis en place pour encourager les projets d'innovation, de gestion des compétences ou de numérisation. Pour aider les PME à se digitaliser, des plateformes numériques et des démarches de diagnostic et d'accompagnement ont été initiées (objectif : 10 000 pmi suivies). L'Etat facilite également, jusqu'en 2020, via le dispositif de suramortissement, l'acquisition de solutions digitales (machines ou logiciels par exemple) générant une baisse de 11% du coût de l'investissement.

Mobilisation collective

Cette accélération de la transformation digitale est également encouragée et facilitée par la Banque Publique d'Investissement (dispositif d'appui conseil aux entrepreneurs sur deux ans) et par le réseau des CCI. Membres de l'Alliance pour l'industrie du futur, les CCI décryptent les transformations en cours dans les territoires, diagnostiquent les entreprises industrielles et les mettent en relation avec des offreurs de solutions numériques.

Cette mobilisation collective des partenaires des entreprises contribue à leur mutation vers l'industrie du futur. Une transformation qui peut aussi aider l'industrie française à relever d'autres défis essentiels : l'attractivité et la féminisation de ses métiers par une meilleure image de l'univers industriel, l'amélioration de la compétitivité prix de ses produits, la prise en compte des enjeux du développement durable par une meilleure gestion des ressources et la performance à l'export dopée par l'innovation. Des raisons supplémentaires pour accélérer le mouvement…

Témoignage de Fabienne Lecouturier : « Le choix de l'industrie ? La curiosité »

Technico-commerciale chez IFM electronic fabricant de solutions d'automatismes, exposant au salon Global Industrie, Fabienne Lecouturier parle, avec humour et conviction, de son choix de travailler dans l'univers industriel et de la réalité de son métier.

« Est-ce que je pourrais parler à un technicien s'il vous plait ? Eh bien aujourd'hui ça sera avec une technicienne si vous voulez bien… » L'échange avec ce client fait encore sourire Fabienne Lecouturier, technico-commerciale chez IFM électronique, filiale française, basée en Savoie, du fabricant allemand de solutions d'automatismes industriels (60 millions de chiffre d'affaires, 7 000 collaborateurs dans le monde). Une anecdote anecdotique aux yeux de la jeune femme qui ne se plaint pas de sa condition féminine dans cet univers industriel pourtant encore très masculin. « Bien sûr, parfois, on sent bien que certains clients vous testent au départ pour savoir si vous savez ce dont vous parlez » confie Fabienne Lecouturier.

Pour elle, que l'on soit homme ou femme, peu importe dans ce milieu industriel ; on est d'abord jugé sur sa crédibilité. « Bien sûr, une voix féminine au téléphone dans ce milieu d'hommes, ça surprend parfois les clients et permet d'obtenir, peut-être, plus facilement un premier entretien, mais après il faut convaincre du bien-fondé de nos solutions ». Et pour convaincre, il faut savoir comment fonctionne précisément un process de production industrielle. Sa double formation technico (DUT de génie des procédés) et commercial (école de commerce) lui a donné le bagage technique et les argumentaires de vente.

Son job précédent au même poste chez un fabricant d'appareils de contrôle de mesure lui a procuré une expérience qu'elle valorise aujourd'hui. « Les industriels sont très souvent des gens passionnés soucieux de bien expliquer le fonctionnement de leurs machines et de leur mode de production, ça nous aide pour leur proposer le bon système de contrôle de production ou de maintenance ».
Et le choix de l'industrie ? Sa réponse tient en un mot : la curiosité ! Ecouter, comprendre et s'adapter aux particularités des différentes activités industrielles, c'est ainsi que la technico-commerciale résume sa relation avec les industriels. Un monde industriel, loin, bien loin, de l'image d'Épinal d'usine sales et bruyantes. « L'industrie c'est plus zola ! ». Et d'inviter les jeunes filles à s'y intéresser à leur tour. Une invitation à rencontrer des cheffes d'entreprise et à pousser la porte des usines près de chez elles pour découvrir ce qu'est, réellement, l'industrie d'aujourd'hui…