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Publié le 29/01/2021

Ateliers Babouot : investir pour préparer l'avenir

Installée en Seine-et-Marne, l'entreprise Ateliers Babouot est le plus gros relieur indépendant français. Pour se maintenir sur un marché qui subit la concurrence étrangère, elle a choisi d'investir massivement dans la diversification de son activité.

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Je présente un papier très fin, une fine couverture de cuir de couleur, une tranche parée de fines rayures et un titre embossé en lettre d’or, qui suis-je ? Un tome de la Pléiade bien sûr ! Editée par Gallimard, cette prestigieuse collection est reliée par les Ateliers Babouot, installé à Lagny-sur-Marne (77).  Fondée en 1923, l’entreprise qui appartient aujourd’hui au groupe Partenaires-Livres, emploie 35 personnes et est le plus gros relieur indépendant français.

Elle assure la reliure de la Pléiade donc, mais également du Bottin Mondain* ou encore du Who’s Who**. L’entreprise possède un savoir-faire précieux qui lui permet de réaliser aussi bien un exemplaire unique que plusieurs dizaines de milliers. Chaque année entre 500 000 et 600 000 ouvrages sortent de ses ateliers. « Même si nous savons produire en quantité, nous n’avons pas les réflexes de l’industriel, indique Michel Jeandel. On a toujours un œil qui traîne pour voir s’il n’y a pas de problème. »

Loin de la course à la productivité, l’entreprise revendique « le désir de bien faire dans un environnement serein ». « Dans notre approche, le mot cadence n’a pas de signification. On laisse le temps au temps et une grande place à l’humain », décrit le gérant. L’objectif des Ateliers Babouot : expédier chez leurs clients un produit qui corresponde pleinement aux attentes, n’appelle pas la critique et ne donne lieu à aucun retour.

Trouver la bonne personne pour le bon poste

Pour l’atteindre, deux choses sont nécessaires, explique Michel Jeandel : « Trouver les équipements qui permettent de faire du bon travail, les entretenir et les renouveler, et trouver la personne adéquate pour faire fonctionner la machine. » En raison de la diversité des tâches à effectuer – découpe du cuir, assemblage puis couture des cahiers, collage, dorure à l’or véritable, emboîtage… – l’atelier est en fait un « multi-atelier » dans lequel s’activent des personnes au profil très différent.
Grâce à « l’école Babouot », chaque employé est formé, en interne, à un métier ainsi qu’à un autre poste comme suppléant. Dans le cadre de cette démarche, les personnes expérimentées transmettent leurs compétences aux nouveaux arrivants. Ces savoir-faire ont été reconnus et récompensés par l’attribution du label Entreprise du patrimoine vivant, en 2013.


Nous cherchons des personnes qui ont l'envie de se lever le matin pour travailler, de partager un projet d'entreprise, d'évoluer, d'apprendre et d'enrichir leurs connaissances.


En période de forte activité, Babouot fait appel à du personnel d’appoint. Son gérant a pris contact avec les sociétés d’intérim à proximité et leur a expliqué son fonctionnement et les profils qui pourraient convenir. « Nous cherchons des personnes qui ont l’envie de se lever le matin pour travailler, de partager un projet d’entreprise, d’évoluer, d’apprendre et d’enrichir leurs connaissances, souligne Michel Jeandel. Tout ça dans un environnement familial. »

Attention portée à l’humain et recherche de la qualité plutôt que la quantité : l’entreprise est consciente qu’elle fonctionne « sur des principes particuliers ». Ce qui peut être une force mais aussi un tendon d’Achille. Pour ne pas se faire piéger en cas de crise ou d’aléa, elle cherche à se diversifier. « Pour cela, il faut sentir les tendances puis trouver les équipements nécessaires, explique le gérant. Or, lorsqu’on a une approche économique et qu’on regarde le prix des équipements au regard du retour sur l’investissement, on renonce souvent car ce sont des investissements difficilement amortissables. »

Ce projet, mené avec la CCI, était super tant sur le plan technique que sur le plan humain


1,6 millions d'investissements pour se diversifier

Quand, à l’été 2020, Michel Jeandel voit passer l’annonce de l’appel à projet PM’up Relance industrie de la Région Ile-de-France, il saisit l’opportunité. Cet appel à projets vise à accompagner les entreprises dans des relocalisations, implantations ou transformations de sites, tout en contribuant à créer ou maintenir des emplois en Île-de-France. « Si 50 % des investissements peuvent être pris en charge, alors cela change complètement la donne : tous les rêves peuvent être réalisés ! » Le dirigeant de Babouot, entre donc en contact avec Mathilde Plantier conseillère financement à la CCI Seine-et-Marne. « Elle nous a rassurés sur notre profil et nous a convaincus d’y aller, témoigne-t-il. Nous avons donc monté ensemble le dossier. » Au terme du processus de sélection, l’entreprise remporte 800 000 euros. « On était comme des gamins, heureux d’avoir réussi ! Ce projet, mené avec la CCI, était super tant sur le plan technique que sur le plan humain, confie Michel Jeandel. Des liens se sont tissés à travers ce travail collectif. »

Grâce à ces financements, les Ateliers Babouot peuvent mettre en œuvre leur plan, d’un montant 1,6 millions d’euros, visant à diversifier leur activité selon deux axes. Le premier, en proposant un service de stockage de produits grâce à un bâtiment racheté à proximité des ateliers et transformé en un centre logistique. Le second axe de diversification consiste à proposer de nouvelles prestations de reliure grâce à de nouveaux équipements : coins ronds ou système de fermeture d’agenda avec un élastique, par exemple.

Gagner en autonomie

Les financements de la Région vont donc permettre aux Ateliers Babouot de rapatrier en interne des moyens de production utilisés chez leurs sous-traitants et de gagner ainsi en autonomie. « Nous avons un cahier des charges très rigides et nos fournisseurs n’ont plus forcément les compétences pour y répondre. Donc soit ils ne peuvent pas réaliser nos demandes, soit la qualité en pâtit ou alors nous avons en face une entreprise en situation de monopole qui pratique donc le prix fort », explique Michel Jeandel.

Le relieur a également l’intention d’adresser de nouveaux clients. « Avec nos moyens, on peut devenir un élément incontournable pour la réalisation d’ouvrages », assure le dirigeant. Alors qu’un certain nombre de relieurs indépendants ont fermé boutique ces dernières années, les Ateliers Babouot misent sur les niches en faisant valoir la fabrication française, devenue rare dans le secteur, et donc la réactivité que celle-ci induit, ainsi que la qualité. « Nous avons été approchés par des imprimeries en Ile-de-France qui ont l’envie de se développer et ont besoin de partenaires pour cela, raconte Michel Jeandel. Nous sommes prêts à nous investir pour faire corps avec les collègues imprimeurs afin que le marché reste en France. »

*annuaire des familles appartenant à la société mondaine française.
** ouvrage regroupant les biographies de personnalités françaises remarquables.

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