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Publié le 19/01/2021

Plaxtil : le recyclage textile en cercle vertueux

Implantée à Châtellerault, la société Plaxtil permet à des entreprises de l'industrie textile, non seulement de recycler leurs déchets, mais aussi d'obtenir, en retour, un nouvel objet fabriqué à partir de ces matériaux valorisés.

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Crédit photo : Getty Images

À l’origine de Plaxtil, il y a une synergie : celle entre le groupe CDA développement, une entreprise spécialisée en plasturgie, et le chantier d’insertion et valorisation textile de la SIAE* Audacie, tous deux implantés à Châtellerault. « Le chantier récupère, tri et revend des vêtements, mais nous avons constaté que près de la moitié des pièces finissaient en déchets, explique Olivier Civil, membre de CDA Développement et co-fondateur de Plaxtil. Nous nous sommes donc demandé s’il était possible de valoriser ces déchets. » Après deux années de recherche, avec des partenaires économiques du territoire, le groupe trouve une réponse favorable à sa question et décide de commercialiser sa solution : c’est la naissance de la start-up Plaxtil, adossée au groupe CDA Développement, en 2020.

« Le chantier récupère, tri et revend des vêtements, mais nous avons constaté que près de la moitié des pièces finissaient en déchets. »

Un principe inédit : le retour à l'émetteur

« Avec Jean-Marc Neveu (ndlr. Dirigeant de CDA Développement), nous avons créé Plaxtil pour transformer les déchets textiles en un polymère, que nous appelons ‘plaxtil’ et qui est complètement recyclable, détaille Olivier Civil. Il peut ainsi être utilisé pour faire des objets de toute sorte, en remplacement du plastique vierge d’origine pétrolière. » L’activité de la marque Plaxtil, adossée au groupe CDA développement, se développe avec un principe inédit : la matière récupérée et recyclée doit revenir à l’entité départ, sous une nouvelle forme. En d’autres termes, Plaxtil s’attache à ce que l’émetteur du déchet puisse réutiliser la matière première recyclée, pour obtenir un nouveau produit. « L’idée n’est pas seulement de permettre aux entreprises de recycler, mais aussi de réutiliser », confirme Olivier Civil.

« Cette initiative était comme un cri du cœur pour nous, et nous n'envisagions pas d'en faire un business.  »

L’envol de la jeune société châtelleraudaise est freiné en mars 2020, lorsqu’est annoncé le premier confinement, mis en place pour lutter contre la propagation du coronavirus. Mais la crise sanitaire pose un nouveau problème de recyclage, que les créateurs de Plaxtil ont à cœur de résoudre. « Nous voyions la multiplication des masques à usage unique qui venaient du bout du monde, n’étaient portés que quelques heures et, pour certains, finissaient jetés dans la rue alors qu’ils mettraient plusieurs milliers d’années à se dégrader, raconte Olivier Civil. En parallèle de notre activité classique, nous avons donc lancé une expérimentation pour trouver un moyen de recycler ces accessoires. Cette initiative était comme un cri du cœur pour nous, et nous n’envisagions pas d’en faire un business. » Avec des procédés proches de ceux utilisés pour les déchets textiles, Plaxtil se lance alors dans le recyclage des masques chirurgicaux, en mobilisant des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) de différents territoires pour la collecte de ces déchets, à Châtellerault d’abord, puis dans le reste de la Vienne et en région parisienne.

Des déchets textiles aux masques chirurgicaux

« Les masques sont collectés et préparés par une entreprise de l’ESS qui les met en quarantaine, explique Olivier Civil. Ensuite, nous les récupérons dans notre usine de Châtellerault où nous les broyons et les repassons sous ultra-violet pour les décontaminer en profondeur. Enfin, nous transformons la matière en plaxtil ré-injectable, qui peut être transformé en objet. » Les masques retournent ainsi à l’envoyeur sous la forme de visières de protection, d’ouvre-porte ou encore de règles ou d’équerre pour les écoliers, selon les besoins. Cette démarche donne à l’économie circulaire tout son sens : le coût du recyclage, supporté par l’entité émettrice de déchets, n’est pas perdu puisqu’en contrepartie, elle récupère un nouvel objet utile. « Pour l’entreprise, c’est une belle valeur ajoutée, qui permet de soutenir l’ESS et de faire vivre son territoire », se réjouit Olivier Civil.

« Les masques sont collectés et préparés par une entreprise de l'ESS qui les met en quarantaine. »

Depuis le début de son opération, Plaxtil a recyclé plus de 500 000 masques, entre Châtellerault et Poitiers, et travaille avec une dizaine de grandes entreprises. Ses dirigeants envisagent cette deuxième activité, qui leur permet d’intégrer un nouveau marché, comme une évolution pérenne. « Ce travail sur les masques est une porte d’entrée, analyse Olivier Civil. Il nous permet de faire connaître notre savoir-faire et de tisser des partenariats durables avec les entreprises clientes. » Plaxtil envisage ainsi de continuer ses projets avec l’industrie textile – elle vient de créer le premier cintre recyclable fabriqué à partir de déchets textiles avec l’enseigne Kiabi – et de démultiplier son opération de recyclage des masques. « Cette initiative a révélé un potentiel que nous n’imaginions pas !, reconnaît Olivier Civil. Nous prévoyons donc de finaliser l’outil de production de Châtellerault puis d’étendre cette activité à d’autres cibles, notamment dans les Hauts-de-France et en Île-de-France. » À plus long terme, la PME française, qui a déjà quelques pistes au Canada et en Europe, rêve d’international…

*Structure d'Insertion par l'Activité Economique

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