visuel

Publié le 02/04/2020

« En une semaine, nous avons produit 5800 masques »

Installée en Alsace, la société Kayser Filtertech France, spécialisée dans le dépoussiérage industriel, a répondu à l'appel du Pôle Textile Alsace pour se lancer dans la fabrication de masques. Son gérant, Damien Virquin, nous explique comment il a réorganisé sa production dans un élan solidaire.

Pouvez-vous présenter votre activité ?

Kayser Filtertech France, anciennement AK Filtration, est une entreprise de l’industrie textile spécialisée dans le dépoussiérage industriel et installée à Wittelsheim, dans le Haut-Rhin.  Nous sommes une PME de 16 personnes, créée en 2004 et intégrée dans le groupe allemand Keyser. Nous avons un atelier de confection au sein duquel 10 couturières, dont certaines ont plus de 40 ans de savoir-faire, fabriquent des éléments filtrants comme des manches ou des poches.

On retrouve nos produits dans l’industrie lourde, là où il y a des grosses cheminées qui doivent respecter des obligations en termes d’émission de poussière, par exemple dans la sidérurgie, les usines d’incinération d’ordures ménagères, les chaufferies… Nous avons aussi des débouchés dans l’agroalimentaire et la chimie fine, secteurs pour lesquels nous confectionnons du matériel pour les entreprises qui transforment des produits alimentaires. Dans ce dernier cas, nous travaillons sous contrôle d’hygiène renforcé pour ne pas souiller les matières.

Quand avez-vous ressenti les effets de la crise sanitaire du coronavirus ?

Nous intervenons sur du consommable d’usines, donc notre carnet de commande se remplit à court ou moyen terme. Nous avons rapidement vu un ralentissement de l’activité avec la fermeture des poids lourds de l’industrie, notamment le site PSA de Mulhouse. Nous avons eu de plus en plus d’annulations d’intervention pour la mise en place de nos produits. Dans notre zone industrielle, de nombreuses entreprises ont annoncé mettre leur personnel au chômage technique. Nous avons voulu honorer nos commandes jusqu’au bout et avons donc mobilisé le personnel jusqu’au 20 mars, date à laquelle nous avions pris initialement la décision de fermer l’usine…

Votre usine est pourtant restée ouverte au-delà de cette date avec un nouveau projet. Lequel ?

La CCI Alsace Eurométropole et le Pôle Textile Alsace ont relayé la demande de la Direction générale de l’armement concernant la fourniture de masques dans un délai le plus court possible. Au départ, nous pensions ne pas être concernés car nous ne sommes pas du tout sur la fabrication de masques. Mais le Pôle Textile nous a expliqué qu’il essayait d’encourager une symbiose entre les différents acteurs locaux du textile, donc nous avons décidé de mettre notre personnel de confection à la disposition de l’intérêt commun.

Comment s'est passée la mise en place de cette nouvelle activité ?

Sur la base du volontariat, j’ai demandé à mes salariés si certains voulaient revenir. 99% d’entre eux se sont portés volontaires. Nous avons dû réorganiser toute notre production et nous équiper d’un parc de machines nouveau. L’École nationale supérieure d'ingénieurs Sud-Alsace (ENSISA) nous a prêté 10 machines à coudre, quant au Pôle Textile, il nous fournit la matière première et la procédure. Nous ne travaillons pas en atmosphère stérile, mais avec une propreté exemplaire. Nous avons imposé deux mètres de distance entre les postes de travail et une hygiène renforcée : lavage de mains, combinaisons, masques, charlottes… Après une semaine de fabrication, nous avons ainsi produit 5800 masques.

Que deviennent ces masques, une fois sortis de votre atelier ?

Ils sont remis directement à l'Agence régionale de santé. C'est elle qui passe commande auprès du Pôle Textile qui, lui-même, nous passe commande. Ce n'est pas une activité lucrative mais cela nous permet d'occuper notre personnel tout en participant à un élan de solidarité. On se sent utiles et ça fait du bien, parce que la reconnaissance, nous ne l'avons pas forcément pour les produits que nous fabriquons au quotidien.

Avez-vous noué des liens avec des acteurs locaux avec lesquelles vous n'avez pas l'habitude de travailler ?

Dans cet élan de solidarité, nous avons découvert des entreprises de notre territoire. Une société de maintenance nous a prêté ses camions pour le déménagement des machines, par exemple. On est contents de voir qu'on n'est pas seuls ! On communique aussi beaucoup avec des entreprises que l'on connaît très peu aujourd'hui, mais on fera en sorte de mieux se connaître une fois que tout cela sera fini.

Entreprises, pour toute question :   entreprises-coronavirus@ccifrance.fr