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Publié le 24/02/2020

Le Citron de Menton : une petite filière, de grandes ambitions

Historiquement implantée dans les Alpes-Maritimes, la production de Citron de Menton s'est développée pour obtenir l'IGP et constituer une filière économique spécifique au territoire mentonnais.

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C’est l’agrume phare de la ville Menton. Avec son écorce jaune finement granulée et très parfumée, et son jus particulièrement doux, le Citron de Menton est aujourd’hui un fruit réputé et protégé.

Cultivé depuis le 15ème siècle, le petit agrume ovale connaît son apogée entre le milieu du 17ème et le milieu du 19ème siècle. L’agrumiculture est alors la première activité économique de la ville de Menton et le fruit est exporté vers de nombreux pays.

Vers la fin du 19ème siècle, la filière décline. Des épisodes de gel, des maladies mais aussi le développement de l’urbanisme au détriment des terres agricoles mettent en péril la production. C’est vers la fin du XXème siècle que la culture du citron reprend grâce à l’engagement des acteurs locaux. La ville de Menton encourage les replantations et relance l’agrumiculture en partenariat avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui entame des expérimentations pour développer les connaissances techniques sur la culture de l’agrume.

Une IGP sur 5 communes

En parallèle de ces efforts, une démarche de qualité est engagée afin de promouvoir le petit agrume jaune mais aussi de défendre l’agriculture locale et d’organiser la production. L’Association pour la Promotion du Citron de Menton (APCM) naît ainsi en 2004 et permet au Citron de Menton d’obtenir une Indication Géographique Protégée (IGP) en 2015. La zone de production de l’IGP s’étend sur une zone impliquant cinq communes : Menton, Roquebrune Cap-Martin, et les villages de Gorbio, Castellar et Sainte-Agnès. Ce territoire a été déterminé selon des critères d’ordre pédologique (sols sablo argileux), climatique (microclimat avec peu de variations de température), altitudinal (le secteur mentonnais est entouré par un relief montagneux) mais aussi historique. Cette IGP permet à la culture du citron de devenir un atout pour le développement économique et touristique du territoire.

40 tonnes de Citrons de Menton en 2019

Aujourd'hui, près de 2 600 arbres sont recensés comme producteurs de Citrons de Menton, mais seule une partie de leurs productions est effectivement labellisée chaque année, le cahier des charges de l'IGP étant exigeant. Cette part représente 40 tonnes en 2019, selon l'ACPM. L'association compte une trentaine de producteurs (35 en 2020) et plus de 70 adhérents répartis entre producteurs, stations de conditionnement, transformateurs, propriétaires fonciers ou encore représentants des communes.

L'une des particularités de la filière du Citron de Menton, réside dans le fait que la plupart de ses producteurs ne vivent pas exclusivement de la production du fruit. Comme le confirme Stéphane Constantin, directeur de l'ACPM :

« La culture du citron est souvent une passion pour ses producteurs. La plupart ont d'autres cultures, sont des maraîchers ou des particuliers pour qui l'agrumiculture est une activité secondaire et un complément de revenu »

Désormais très prisé, notamment dans la haute gastronomie, auprès des épiceries fines, des grands chefs ou des pâtissiers, le Citron de Menton doit faire face à plusieurs défis. En 2018, l'ACPM a lancé un plan d'action pour pérenniser la filière et répondre à la demande croissante, française et internationale.

De nombreux défis à relever

Pour encourager les agrumiculteurs, les acteurs économiques locaux proposent des aides à l’installation. L’APCM envisage également de réviser quelques points du cahier des charges de l’IGP pour faciliter leur travail. « Après 5 ans d’IGP, nous aimerions y apporter quelques modifications, notamment concernant le calibrage des fruits, explique le directeur de l’APCM. Sur une récolte, nous avons entre 10% et 20% de fruits déclassés en raison de leur calibre et/ou de leur aspect qui n’obtiennent pas la certification alors qu’ils ont les mêmes qualités que les autres. Nous souhaiterions pouvoir exploiter ces fruits pour la vente de citrons de transformation, tout en conservant les contraintes de calibrage pour la commercialisation des fruits de bouche. »

Un autre enjeu, et de taille, est de consolider et structurer la filière qui est relativement jeune. « Nous avons besoin de faciliter les réseaux de commercialisation, précise Stéphane Constantin. Il est important, pour nous, que le producteur puisse valoriser son fruit au mieux en travaillant directement avec des clients intéressants. C’est une façon, également, de garantir la traçabilité pour ces clients. »

Cette structuration s’accompagne d’une recherche permanente de nouveaux producteurs et d’une volonté d’accompagner les agrumiculteurs habilités tout au long de la démarche IGP, de la plantation des citronniers jusqu’à la commercialisation des fruits. Enfin, le développement de la filière passe aussi par la communication, comme le souligne le directeur de l’ACPM. « Nous travaillons à valoriser les producteurs, faire connaître la filière, la traçabilité des produits, mais aussi la réglementation de l’IGP que beaucoup ne connaissent pas. »Des actions de promotion se déploient notamment lors de la célèbre Fête du Citron® qui a lieu tous les ans à Menton, depuis 1934. Elle attire, chaque année, près de 200 000 visiteurs.