visuel

Publié le 19/01/2021

« Nous agissons avec et pour les entrepreneurs »

Conseils, sensibilisation, accompagnement… Les CCI sont en première ligne pour accompagner les entreprises durant la crise sanitaire. Philippe Daly, directeur général de la CCI Creuse nous explique les différentes actions menées par sa chambre de commerce durant cette période particulière.

Mots-clés :

Quelles sont les difficultés rencontrées par les entreprises de votre territoire après 11 mois de crise sanitaire liée à la pandémie de coronavirus ?

Notre territoire est composé à 98% de TPE. Elles soulignent particulièrement le manque de visibilité globale, notamment pour leur carnet de commandes, et leur inquiétude vis-à-vis de l’arrêt supposé du fonds de solidarité. Elles nous font part de leur besoin d’accompagnement sur la thématique de la reconquête, de relance de leur activité.

Philippe Daly, directeur général de la CCI Creuse

Dans ce contexte, quel est le rôle de la CCI Creuse ?

Comme toutes les chambres de commerce et d'industrie, nous avons mis en place une cellule de crise et d'appui aux entreprises pour répondre à leurs interrogations. Même s'il n'y a pas eu de destruction d'entités économiques en 2020 spécifiquement due à la crise, nous restons, en 2021, vigilants à l'ensemble des signaux faibles repérés dans les entreprises et à la souffrance psychologiques des dirigeants et dirigeantes.

Nous avons par ailleurs été beaucoup sollicités par les collectivités locales pour les accompagner dans la mise en place d’aides directes aux entreprises, à travers la rédaction de règlements d’intervention et le traitement de dossiers administratifs.

Enfin, le rôle de la CCI est prégnant dans l’accompagnement des entreprises dans le cadre de la relance de leur activité, et notamment sur les thématiques du développement commercial, de l’organisation de l’entreprise et de l’optimisation des structures déjà en place. Nous avons, par exemple, sensibilisé les commerces à la reprise de l’activité, que ce soit au niveau de la relation clients ou de la mise en place d’outils de click-and-collect, et également organisé quelques webinaires, sur le thème du financement des comptes clients notamment.

La CCI Creuse a également mis en place un dispositif qui permet aux ouvriers, du BTP notamment, de déjeuner dans des restaurants du département. Comment a-t-elle procédé ?

En novembre, alors que nous avions de nombreuses réunions de suivi économique dans le cadre de la crise, les entreprises du bâtiment et des travaux publics nous ont fait remonter les difficultés que rencontraient leurs salariés dans le contexte hivernal : ils n’ont pas de « base vie » leur permettant de déjeuner au chaud et au sec. Dans un premier temps, nous avons commencé par recenser tous les restaurants proposant la vente à emporter. Certaines collectivités ont alors décidé de mettre à disposition des salles communales pour permettre aux personnes concernées de venir se restaurer au chaud après avoir acheté leur repas à emporter.

Cette solution n’était pas complètement opérante, donc nous avons exploré d’autres pistes. Nous avons regardé le décret du 29 octobre 2020 qui instaure la fermeture de tous les restaurants à l’exception de ceux qui permettent d’assurer de la restauration collective sous contrat. Nous avons donc imaginé que les restaurants pourraient ouvrir accueillir les ouvriers pour déjeuner à midi. La Préfète de la Creuse a approuvé le projet à condition que nous élaborions, avec la CMA, une convention cadre qui assure du bon respect des dispositions légales en matière de règles d’hygiène et sanitaires. Nous avons donc rédigé et fait approuver les différents documents.

Comment les restaurateurs ont-ils accueilli ce dispositif ?

Au départ, il y a eu trois types de restaurateurs : ceux qui n’y voyaient aucun intérêt car ils bénéficiaient du fonds de solidarité, ceux qui trouvaient le dispositif intéressant mais redoutaient le fait d’être en dessous des réalités économiques, c’est-à-dire que ça leur coûte plus cher que ça leur rapporte, et enfin ceux qui étaient partants car ce qui leur importait était de maintenir l’activité, les compétences dans leur établissement, le lien avec leur clientèle, et de répondre aux besoins locaux. Début décembre, nous n’avions que 3-4 restaurateurs… Mais à la rentrée, en janvier, ils ont été 7, 10, 15 puis 23 à participer ! Il y a plusieurs raisons à cela : d’une part, un décret est entré en vigueur fin décembre, indiquant que les restaurants doivent désormais déduire des aides du fonds de solidarité 50% des revenus tirés de la vente à distance. D’autre part, l’horizon reste très sombre pour les restaurateurs.

Cette initiative que nous avons mise en place n’est pas « la » solution mais c’est une réponse pour assurer la continuité économique sur un territoire hyper rural comme le nôtre. Pour des restaurants situés dans des bourgs ou excentrés, et qui ne peuvent donc pas vraiment faire de la vente à emporter, c’est une opportunité qui fait sens. De l’autre côté, les entreprises du bâtiment, des travaux publics, ou de la maintenance, dont font partie des grands groupes comme Enedis, sont ravies.

Qu'est-ce qui a contribué à la réussite de cette initiative ?

C’est une démarche inductive, c’est-à-dire qu’on est partis des réalités et problématiques du territoire pour essayer d’innover. Cela a bien fonctionné, car il y a une vision partagée, par les différents acteurs économiques et la Préfecture, sur le défi qui se présentait et les voies et moyens mobilisés pour y répondre. Il y a un véritable écosystème économique de confiance en Creuse, et la CCI joue pleinement son rôle d’interface entre les acteurs socio-professionnels d’une part, et politico-institutionnels d’autre part.

Il faut de même souligner qu’il y a des limites à un tel dispositif : la taille des établissements et leur localisation dans des espaces où il y a une forte concentration économique peuvent poser des difficultés dans la mesure où les restaurants ne sont pas ouverts au grand public. Comment cadrer, filtrer les personnes qui peuvent effectivement venir déjeuner ?

Quel message souhaitez-vous faire passer aux entreprises en cette période particulière ?

Quelle que soit la nature de leur difficulté – financière, technique, passages difficiles – qu’elles n’hésitent pas à se rapprocher de la CCI. Nous agissons et réagissons avec et pour les entrepreneurs et entrepreneuses de la Creuse. Nous avons démontré que nous étions présents et savions agir, parfois même là où l’on ne nous attendait pas, avec le dispositif pour les restaurateurs par exemple. Tout ce que nous faisons est au service de nos ressortissants et partenaires, que ce soient les entreprises ou les collectivités.

Pour en savoir plus :