visuel

Publié le 20/12/2017

Grande consultation des entrepreneurs : comme un chant d'espérance

Une confiance raffermie et un optimisme affiché dans l'avenir, les chefs d'entreprise témoignent de leur sérénité et de leurs espoirs que rien ne saurait troubler en ce moment.

 

Le mois dernier les entrepreneurs se réjouissaient de l'état actuel de l'économie, ce mois-ci, ils se projettent vers un avenir qu'ils pensent prometteur. De fait, 71 % des chefs d'entreprises interrogés en décembre par OpinionWay dans le cadre de la grande consultation CCI France/La Tribune/Europe1 (1) revendiquent une confiance forte dans les perspectives de développement de leur entreprise dans l'année à venir (en progression de 5 points par rapport à la précédente enquête). Un score jamais atteint depuis le lancement du sondage en février 2015 !

 

Et un résultat cohérent avec l'avis positif des entrepreneurs sur la croissance de l'économie française (59 %. soit un bond de 22% par rapport au mois dernier) et de l'économie mondiale (54%, + 16%).

Les marqueurs que sont les indicateurs économiques actuels et les prévisions pour 2018, tous orientés positivement, alimentent évidemment l'optimisme des chefs d'entreprise sondés. Au point que le nombre des dirigeants d'entreprise (surtout de plus de 10 salariés) qui envisagent de recruter dans l'année, augmente dans tous les secteurs d'activité à l'exception de la construction (+3% pour l'ensemble des répondants par rapport à novembre).

 

 

 

 

Alors que les chefs d'entreprise, interrogés lors des enquêtes précédentes sur leur appréciation de la situation actuelle, manifestaient avec régularité depuis près de six mois leur scepticisme sur les perspectives d'amélioration dans les douze prochains mois, la tendance ce mois-ci s'est inversée. Un quart des sondés (soit 8 % de plus qu'en novembre) considèrent que « ce sera mieux demain ». Chez les entrepreneurs, ce sont clairement la confiance (42%) et l'optimisme (35%) qui l'emportent devant les sentiments d'attentisme et d'inquiétude (respectivement à 29 % et 25%). Une confiance et un optimisme majoritairement portés par les dirigeants d'entreprise de plus de 10 salariés quand leurs homologues de moins de 10 salariés sont plus nettement attentistes et inquiets. Une tendance confirmée en mesurant le niveau d'optimisme des entrepreneurs. Avec un indicateur de 118 l'indice d'optimisme des chefs d'entreprise de plus de 10 salariés est à son plus haut niveau depuis février 2016.

Ce satisfecit sur la conjoncture actuelle et ses évolutions annoncées explique sans doute aussi le regard porté par les chefs d'entreprise sur l'équilibre de la politique économique du Gouvernement. 42 % des patrons la trouve équilibrée (un résultat en hausse de 15 points par rapport aux réponses fournies à cette même question en septembre dernier), quand 53 % des sondés (soit une baisse de 12 %) la jugent plus favorable aux entreprises (priorité donnée à la flexibilité) et 4% seulement (en diminution de deux points) estiment qu'elle fait la part belle aux salariés en sécurisant plus fortement leur situation. Il est à noter que ce sont les entrepreneurs de la construction qui portent majoritairement au crédit du Gouvernement le soin de préserver l'équilibre entre flexibilité et sécurité dans l'élaboration de ses décisions. Un souci d'équilibre qui, en juillet (au moment de l'élaboration des ordonnances relatives au droit du travail) n'était pas partagé par les français : ¾ d'entre eux estimaient que les orientations de la politique économique étaient clairement favorables aux entreprises (1).

 

Si l'opinion des patrons sur la politique économique du Gouvernement est somme toute bienveillante, il n'en est pas de même sur le bilan du fameux choc de simplification lancé en 2013 lors du précédent quinquennat. Comme le reconnaissait lui-même François Hollande, « la simplification c'est compliqué ! ». Si les intentions étaient louables - « redonner confiance aux entreprises » et « rapprocher le temps de l'administration et le temps des entreprises » - force est de constater que l'objectif n'a pas été atteint. L'effet des 463 mesures de simplification dédiées aux entreprises, qui devaient, selon l'estimation du cabinet Ernst and Young, permettre d'économiser 5 milliards d'euros par an, n'ont pas été vécues par ces dernières comme des actions concrètes facilitant leur vie quotidienne. 90 % des entrepreneurs affirment que le choc de simplification n'a rien changé. L'utilisation plus forte de l'usage de l'outil numérique pour dialoguer avec l'administration et l'allègement des procédures avec tout particulièrement l'instauration de la Déclaration Sociale Nominative (DSN) n'ont visiblement pas suffi à convaincre des efforts de simplification du Gouvernement qui a dû affronter le « conservatisme dans l'administration » dixit l'ancien Président de la République lui-même. Parmi les déçus, les patrons de TPE et ceux tout particulièrement du secteur de la construction (97 % d'avis négatifs). Visiblement, beaucoup reste encore à faire pour convaincre les acteurs économiques que la désinflation  normative et que la clarification des procédures seront réellement efficaces. Au risque de penser sinon, avec la CPME, que « la baignoire se vide lentement quand le robinet est grand ouvert » ! Pour rappel, les chefs d'entreprise avaient, à l'occasion de la grande consultation de septembre dernier, applaudi, à près de 60 %, la confirmation de la volonté par premier ministre, Edouard Philippe, de contenir les flux législatifs et réglementaires, en mettant en œuvre le principe de la suppression de deux normes avant l'adoption de toute nouvelle mesure.

 

Autre mesure censée faire réaliser à l'Etat des économies qui avait suscité lors de son annonce pendant le quinquennat de François Hollande une forte réticence des syndicats patronaux, la mise en place du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu.

Contraintes de jouer le rôle de collecteur de l'impôt, on pouvait logiquement s'attendre à l'expression d'une réserve du même type par les entrepreneurs sondés. Ils sont pourtant près de 59 % à être plutôt ou très favorables à cette décision testée auprès d'entreprises volontaires avant sa généralisation au 1 er janvier 2019.

Il est à remarquer que les moins bien disposées et les plus hostiles à la mesure sont les entreprises de plus de 10 salariés (complexité d'adaptation de l'entreprise plus compte tenu du nombre plus important de collaborateurs) et celles du secteur de la construction.

 

 

 

A regarder de plus près les raisons des opposants à cette mesure, on constate en effet que plus de la moitié d'entre eux (56 %) dénonce « une charge de travail supplémentaire pour les services comptables » (avec 71 % des patrons du BTP vent debout contre cette décision pour cette raison)  et pour un tiers environ « une source de complexité » dans les échanges mensuels avec l'administration (la moitié pour les commerçants) et ce, bien avant, le coût de l'adaptation de l'entreprise à cette nouvelle mission lui incombant (achat de logiciel, formation des comptables…) qui n'est signalé que par 29 % des dirigeants, les réticences des salariés – problème de confidentialité (31%) et de trésorerie (30%) – ou les questions de principe pour l'entreprise (confusion des rôles avec l'administration fiscale et responsabilité fiscale et juridique nouvelle) qui ne recueillent respectivement que 24 % et 21 % des opinions.

L'évolution des avis des entrepreneurs à l'issue de la mise en place effective de ce prélèvement à la source, adopté par de nombreux pays européens, serait intéressante à suivre pour savoir si l'avis du président de l'ANDRH (Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines), Jean-Paul Charlez, portant la parole des responsables d'entreprises directement concernés par l'application de cette mesure, se vérifie à l'usage. « L'entreprise n'a rien à gagner à devenir collecteur de l'impôt pour le compte de l'Etat. C'est une nouvelle tâche, une nouvelle responsabilité, le tout non rémunéré » de l'avis du « primus inter pares » des DRH.

 

Considéré par ses partisans comme une marche vers l'entrepreneuriat permettant de tester la viabilité d'un projet à moindre coût et par ses opposants comme un statut dérogatoire source de concurrence avec les entreprises de droit commun, le régime de la micro-entreprise divise. Le doublement des plafonds du régime (170 000 euros de chiffre d'affaires pour les activités de vente et 70 000 euros pour les prestations de services) a-t-il apaisé ou ravivé les tensions ?

Rien d'étonnant dans notre sondage à constater que ce sont les patrons de la construction à l'image de leurs représentants patronaux qui manifestent le plus la crainte d'une concurrence déloyale renforcée. Avec 63% des avis, ils sont les plus nombreux à exprimer ce risque. Les patrons du BTP et les industriels sont par ailleurs moins convaincus quant à l'avantage de cette nouvelle mesure votée dans le cadre du projet de Loi de Finances pour permettre de pérenniser plus facilement l'activité des micro-entrepreneurs. Les entreprises peuvent espérer, comme le stipulait le rapport du député Grandguillaume remis fin 2013,  que le régime de l'auto-entreprise (devenu micro-entreprise) permette à terme de « fluidifier le parcours de l'entrepreneur » et d'installer durablement son activité. Le rêve de tout entrepreneur en somme.

 

A découvrir l'intégralité des résultats de la vague de décembre 2017 de la Grande Consultation des Entrepreneurs

 

(1) Sondage Opinionway réalisé par téléphone auprès de 610 dirigeants  d'entreprise entre le 6 et le 14 décembre 2017 dans le cadre de la Grande Consultation des entrepreneurs. 

(2) Sondage Odoxa pour Les Echos des 12 et 13 juillet 2017

 

GRANDE CONSULTATION

CHEFS D'ENTREPRISE : VOTRE AVIS NOUS INTERESSE

Exprimez-vous ! CCI France invite tous les entrepreneurs qui le souhaitent à donner leur avis sur des sujets d'actualité qui concernent directement leur activité. Des sujets de questionnements que nous vous proposons mais aussi des thématiques que vous souhaitez voir aborder.

En savoir plus et participer à cette grande consultation