GCE juin 2018

Publié le 29/06/2018

Grande consultation des entrepreneurs : entre raison et doute

Les dirigeants d'entreprise affichent une adhésion raisonnée aux mesures du projet de Loi Pacte et un doute certain quant aux perspectives de développement de leur entreprise.

 

 


Lever les freins à la croissance des entreprises en leur simplifiant la vie et replacer l'entreprise au centre de la société en encourageant une gestion plus juste socialement, telles sont les deux ambitions prioritaires du projet de Loi "Plan d'Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises" (PACTE) présenté en conseil des ministres le 18 juin 2018. Ce double message a-t-il été entendu et bien compris par les dirigeants d'entreprise ? L'édition de juin de la grande consultation CCI France/La Tribune/Europe1 (1) apporte des éléments de réponse sur la perception par les patrons de plusieurs dispositions du projet de Loi qui sera discuté au parlement à la rentrée. Des résultats qui témoignent d'une adhésion raisonnée et prudente à ces mesures.

 

 

Avec la volonté, à l'heure du numérique, de simplifier la vie des entreprises à toutes les étapes de leur développement, le gouvernement propose de mettre en place un guichet unique électronique afin de dématérialiser entièrement les procédures de création. Les entrepreneurs approuvent largement cette initiative (79 % de partisans de la mesure). Logiquement, ils pensent à 64 % que le guichet unique va faciliter la création d'entreprise et accélérer, pour 60% des sondés, les procédures administratives. Mais, ils sont aussi 48 % à pointer du doigt le « risque d'erreur administrative » et à plaider massivement (94% des avis) pour un doublement de ce process digitalisé par un accompagnement humain des créateurs (une opinion partagée, tout autant, par les chefs d'entreprise de moins de 10 salariés – 94% - que par ceux des plus de 10 salariés, à hauteur de 97%). Un accompagnement de proximité exercé par des réseaux d'appui aux porteurs de projet, dont les CCI, qui pourraient être mobilisés en ce sens.

De la même façon, les dirigeants d'entreprise adhèrent également, et à hauteur de 83% des avis exprimés, au principe d'un registre unique des entreprises fusionnant l'ensemble des registres existants et aboutissant à un identifiant unique pour l'entreprise. A noter, toutefois, que l'adhésion à cette mesure est à pondérer : seuls, en effet, 14 % se déclarent « très favorables » à cette proposition.

Plus symbolique encore, la question des seuils sociaux est révélatrice de l'état de l'opinion des dirigeants d'entreprise interrogés. Réclamé par les organisations patronales au motif que le franchissement des seuils sociaux entraîne un accroissement des obligations et formalités (à partir de 11, 20 et  50 salariés) et donc qu'il dissuaderait les employeurs de recruter, leur assouplissement a été prévu par le projet de Loi Pacte. Il prend la forme d'un gel des obligations liées au dépassement de ces seuils d'effectifs pendant cinq ans. Interrogés sur l'impact de cette mesure, les chefs d'entreprise se montrent pour le moins dubitatifs. 54 % d'entre eux estiment qu'elle n'aura aucun impact sur l'économie française quand 31 % pensent que son impact sera positif. Plus fortement encore, une très large majorité (91%) est persuadée que cela ne changera rien au niveau de leur entreprise. Les répondants sont seulement 4% à penser que ses effets seront positifs et 3% que les conséquences seront mêmes négatives. Il est cependant à noter que les appréciations des dirigeants varient sensiblement selon la taille de leur entreprise (les plus de 10 salariés y sont plus favorables que les moins de 10 salariés).

 

 


 
Le gel des seuils sociaux pendant cinq ans va-t-il vous inciter à recruter ? A cette question, les employeurs interrogés sont catégoriques : 94 % d'entre eux pensent que cette mesure ne favorisera pas l'augmentation de leurs effectifs quand seulement 6% estiment qu'ils vont probablement procéder à des embauches du fait de la mise en place de cette disposition. Des résultats qui peuvent être éclairés par une enquête de l'INSEE qui démontre « qu'un assouplissement des seuils sociaux n'aurait  qu'un effet limité sur l'emploi ».

S'appuyant sur les conclusions du rapport du Conseil d'orientation de la participation, de l'intéressement, de l'épargne salariale et de l'actionnariat salarié qui constate que ces formules de redistribution des bénéfices des entreprises sont inégalement utilisées (83% des salariés du privé travaillant dans des entreprises de plus de 50 salariés en bénéficient contre seulement 16 % dans les moins de 50 salariés) le gouvernement propose de supprimer le forfait social sur l'intéressement et la participation dans les entreprises de moins de 250 salariés et d'encourager l'épargne salariale dans les entreprises de moins de 50 salariés.

 

 

Ces deux dispositions du projet de Loi sont visiblement appréciées par les patrons de PME : 91 % d'entre eux estiment que le développement d'accords d'intéressement est une bonne chose et 86 %  se déclarent favorables à la mesure en faveur de l'épargne salariale. Ce jugement positif est partagé de façon homogène quels que soient les secteurs d'activité ou tailles d'entreprise.

 

 

Après la chute vertigineuse (de 22 points) du moral des chefs d'entreprise le mois dernier, celui-ci reprend un peu de couleurs. L'indicateur d'optimisme remonte de deux points (en progression de 17 points parmi les entreprises de plus de 10 salariés). La moitié des sondés se déclare actuellement confiante et 46 % des répondants optimistes. Des résultats cependant légèrement en baisse de respectivement deux et six points. Le ralentissement de la croissance et les analyses des économistes qui évoquent « un pic de croissance franchi en 2017 » expliquent, peut-être, cette évolution de l'opinion des dirigeants d'entreprise. A cet égard, 23 % des sondés se déclarent méfiants (en progression de 8 points sur un mois).

 

 

Une tendance qui se retrouve pour partie dans les perspectives à 12 mois. Malgré le climat économique ambiant (hausse des tarifs douaniers créant des tensions économiques entre les Etats-Unis, la Chine et l'Europe), les dirigeants d'entreprise maintiennent leur confiance dans l'évolution de l'économie française (+6 points à 61%) et dans l'économie mondiale (+ 2 points à 60%). En revanche, ils sont beaucoup moins optimistes quant aux perspectives de leur propre entreprise. En deux mois, la confiance des entrepreneurs dans l'avenir de leur entreprise a baissé de 10 points passant de 83 % à 73 %.

Dans le même sens, leur rapport à l'innovation évolue défavorablement. Les chefs d'entreprise qui le perçoivent comme un investissement sont nettement moins nombreux que le mois précédent. De 53%, leur pourcentage chute à 37%, soit une baisse de 16 points. Dans le même temps, ceux qui voient dans l'innovation « un mirage plus qu'autre chose » sont de 13 points plus nombreux (passage de 6 % à 19%). Un indicateur de la confiance dans l'avenir à surveiller.

 

A découvrir l'intégralité des résultats de la vague de juin 2018 :

 


Télécharger les résultats de la vague de juin 2018


(1) Sondage Opinionway réalisé par téléphone auprès de 618 dirigeants d'entreprise entre le 14 et 21 juin 2018 dans le cadre de la Grande Consultation des entrepreneurs.