Publié le 26/04/2018

Grande consultation des entrepreneurs : un moral à toute épreuve

Une appréciation très positive de la situation actuelle, un optimisme et une confiance dans les perspectives économiques au plus haut, rien en ce moment ne semble atteindre le moral des chefs d'entreprise… Pas même le mouvement social en cours à la SNCF.

 


Du jamais vu ! L'indicateur d'optimisme des chefs d'entreprise interrogés en avril par Opinionway dans le cadre de la grande consultation CCI France/La Tribune/Europe1  est à un niveau record. Avec un indice de 142, cet indicateur - mesure de la confiance des entrepreneurs sur l'évolution économique mais aussi d'appréciation de la situation actuelle - atteint des sommets (et ce, tout particulièrement, parmi les dirigeants de TPE avec une progression de 19 points en un mois).

 


 

De la même façon, l'état d'esprit actuel des chefs d'entreprise traduit, lui aussi, les bonnes dispositions des entrepreneurs : ils affichent des niveaux de confiance (avec 58 %, en progression de 13 points sur un mois) et d'optimisme (55 %, plus 6 points) jamais enregistrés depuis la création du baromètre il y a plus de trois ans. Sur le podium des entrepreneurs les plus confiants et les plus optimistes, l'on trouve en tête le secteur de la construction devant celui des services et du commerce.

 


 

Les entrepreneurs considérant que « c'est très bien en ce moment » sont toujours majoritaires (55 % en hausse de 8 points). Ceux qui regrettent « hier » (moins six points) ou ceux qui espèrent en des lendemains plus favorables (moins deux points) sont, pour leur part, moins nombreux.
Même si la décrue du chômage amorcée est encore lente (- 0,9 % au premier trimestre 2018), la situation du marché du travail – indicateur de la reprise économique – s'est fortement améliorée (253 000 emplois en plus dans le secteur privé en 2017). L'emploi progresse notamment dans le secteur de la construction, créateur d'emplois pour la première fois depuis la crise de 2008. Avec 96 %, le niveau de confiance des dirigeants de ce secteur pour l'avenir de leur entreprise est d'ailleurs le plus élevé du sondage (devant les entreprises de services et l'industrie). Tous secteurs confondus, l'indice de confiance est en progression de six points par rapport au mois précédent.

 

 

 

 
S'ils sont 69 % à exprimer leur confiance dans l'avenir de l'économie mondiale (un bond de 14 points en un mois), trois quart des chefs d'entreprise – soit le plus haut score jamais enregistré – espèrent une poursuite de la croissance de l'économie française. A noter que les plus optimistes sont les entreprises de services.

 


 

Mais cet optimisme des chefs d'entreprise peut-il être douché par les conséquences économiques de la grève des cheminots programmée sur plusieurs semaines consécutives et ce pendant des périodes de vacances scolaires et de ponts ? Les patrons sont-ils par ailleurs massivement en désaccord avec ce mouvement social ? Très majoritairement (71 %), les dirigeants d'entreprise interrogés déclarent ne pas comprendre les revendications des grévistes. Seuls 6 % des sondés approuvent et soutiennent les opposants à la réforme de la SNCF. Quant à l'impact du mouvement social, ils ne sont que 22 % à affirmer qu'il perturbe l'activité de leur entreprise (et seulement 7 % à considérer que ces perturbations sont fortes). Ce sont logiquement les commerçants et les entreprises de services qui s'estiment les plus pénalisés par la grève des transports ferroviaires.

 

A l'instar de l'opinion publique qui soutient majoritairement la nécessité de réformer la SNCF (61% des français approuvent cette décision selon le sondage IFOP du 15 avril), les chefs d'entreprise estiment, à 52 %, que le Gouvernement doit tenir bon et ne pas infléchir son projet de réforme. A noter que les industriels affichent fortement cette volonté de ne rien concéder. Cependant, 45% des sondés se déclarent partisans d'un dialogue avec les organisations syndicales pour amender le projet de transformation de l'opérateur public (notamment parmi les commerçants qui se disent impactés par le mouvement).  
Autre sujet de transformation, ou plutôt, de révolution de l'économie et de la société, la diffusion des technologies issues de l'intelligence artificielle (IA) est-elle vécue positivement ou négativement par les entrepreneurs ? Le sondage a d'abord cherché à mesurer si le plan en faveur de l'IA préparé par le Gouvernement, suite à la remise du rapport du député Cédric Villani, était connu des chefs d'entreprise. La forte médiatisation du rapport et l'importance du sujet expliquent que 60 % des chefs d'entreprise déclarent avoir entendu parler des mesures du plan….même si un tiers des répondants reconnait, sans doute en raison de la richesse et de l'étendue des propositions, "ne pas savoir en quoi elles consistent".

 


 
Ce bouleversement technologique, aux enjeux, défis, implications et conséquences multiples, est passé, depuis le début de la décennie actuelle, du statut de science-fiction au stade des recherches appliquées. La publication du rapport a soulevé espoirs et craintes. Les chefs d'entreprise les traduisent bien. Avec 67 %, ils considèrent l'intelligence artificielle comme un passage obligé pour rester compétitif et qu'elle aura un impact positif sur la croissance économique française. Mais ils sont aussi 52 % à craindre un impact négatif sur l'emploi (destructions d'emplois en raison de l'automatisation des process). Il n'est pas surprenant de constater que les industriels sont, tout à la fois, les plus optimistes et les plus inquiets.

Autre plan gouvernemental présenté récemment, celui qui vise à lutter contre la fraude fiscale des particuliers et des entreprises dont le coût est estimé entre 60 et 80 milliards d'euros par an. Ce plan comporte notamment l'usage d'un logiciel pour explorer les données fiscales des contribuables, la mise en place d'une police fiscale et de sanctions pour les intermédiaires susceptibles de faciliter ces fraudes (cabinets d'avocat ou sociétés de conseil). Une lutte contre le fléau qui passera aussi par le recours à la pratique anglo-saxonne du "Name and Shame" (nommer et faire honte) déjà utilisée par Emmanuel Macron quand il était ministre de l'Economie pour lutter contre les retards de paiement des entreprises. Pourtant, seuls 12 % des dirigeants d'entreprise affirment connaître cette expression (et 4%, seulement, savent précisément de quoi il retourne).

 


 

 

Cette possibilité de dénoncer publiquement les fraudeurs (dans le cas de condamnations pénales – sauf décision contraire du juge – et dans les cas les plus graves par l'administration) a été justifiée en ces termes par le premier ministre : "Il faut que le peuple français sache qui cherche à s'exonérer des obligations fiscales légitimes qui sont à la charge de chacun". 65 % des dirigeants d'entreprise sont de cet avis. Ce sont surtout les entreprises de la construction (79%) et de l'industrie (75%) et celles de plus de 10 salariés (82% contre 64% pour les plus petites) qui considèrent que cette pratique est une bonne chose. Si 42 % des sondés pensent que cette pratique peut être efficace, 45 % des patrons pensent qu'elle peut aussi présenter des dangers et, pour 13%, des risques d'injustice.


A découvrir l'intégralité des résultats de la vague d'avril 2018 de la Grande Consultation des Entrepreneurs
 

Télécharger l'infographie de présentation des résultats de la grande consultation des entrepreneurs d'avril 2018


(1) Sondage Opinionway réalisé par téléphone auprès de 603 dirigeants d'entreprise entre le 16 et 23 avril 2018 dans le cadre de la Grande Consultation des entrepreneurs.