Les experts de l'innovation : la série

Sommaire
  • L'Intelligence artificielle (IA)
  • Le Design Thinking (La pensée design)
  • Suramortissement : une mesure exceptionnelle pour soutenir l'investissement productif
  • L'Innovation ouverte
  • Le crowdfunding
  • Crédit Impôt Recherche
  • La Blockchain
  • Tourisme industriel : Mode d'emploi
  • Le Brevet européen à effet unitaire
  • Le biomimétisme
  • Le Big Data
  • L'Analyse de la valeur - Concevoir à coût minimum en améliorant la qualité
  • Arnaque au président
  • Industrie du Futur - Un plan pour moderniser l'outil de production
  • Programme Investissement d'avenirs
  • CICE - Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi
  • Origine France Garantie
  • Programme cadre de recherche et innovation « Horizon 2020 »
  • L'enveloppe Soleau
  • INCUBATEUR : Benjamin CARLIER, Directeur du Tremplin, incubateur de la structure « Paris&Co », agence de développement économique et de l'innovation de la mairie de Paris (1).

DEVELOPPEMENT DURABLE : Emmanuel DELANNOY, directeur de l'Institut INSPIRE présente les finalités et ressorts de l'économie circulaire.

Emmanuel DELANNOY "Economie circulaire : innover pour resynchroniser économie et écologie"

Pour aller au-delà du célèbre adage « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », Emmanuel DELANNOY, directeur de l'Institut INSPIRE présente les finalités et ressorts de l'économie circulaire. Un nouveau modèle de développement centré sur l'usage des produits qui vise tout à la fois la décroissance matérielle pour une économie moins consommatrice de ressources, et la croissance de l'immatériel, pour une société riche en services à plus forte valeur ajoutée. Emmanuel DELANNOY ouvre ce qu'il appelle « la boite à outils » de l'économie circulaire pour démontrer son potentiel d'innovations et pour sortir du cercle vicieux « extraire-fabriquer-jeter ».

L'économie circulaire, un concept innovant ?

CCI France : Le concept de l'économie circulaire n'est pas encore très connu du grand public. Ses contours semblent un peu flous, comment le définissez-vous ?

Emmanuel DELANNOY : « Il est vrai que le concept est un peu fourre-tout, c'est un mot valise regroupant des pratiques anciennes comme l'écoconception, le recyclage ou l'écologie industrielle et territoriale et des démarches plus nouvelles comme l'économie de la fonctionnalité. Si l'on voulait résumer la philosophie de l'économie circulaire on pourrait dire qu'elle invite à repenser les modèles économiques et les modes de production des entreprises avec pour objectif de concevoir des produits en fonction d'une seule finalité, l'usage qui en est fait.

Le nouveau déterminant de la performance dans l'économie circulaire est l'apport d'une réponse individualisée et contextualisée aux attentes du client. On doit par exemple se poser la question : mon client a-t-il besoin d'une fourgonnette pour livrer ses colis ou d'un service de logistique intégrée qui prend en compte les contraintes ou particularités de son activité ? C'est donc l'usage ou plutôt la performance de l'usage qui doit primer. Et pour reprendre cet exemple, de pouvoir adapter le véhicule en fonction des livraisons à effectuer.

L'économie circulaire obéit donc à un double mouvement : de décroissance matérielle pour rendre l'économie moins énergivore et moins consommatrice en matières premières, et de croissance de l'immatériel par la création de nouveaux services plus intelligents, mieux adaptés aux besoins des clients et créateurs de valeur pour ces derniers.

Dans ce cadre, on essaie de limiter les externalités négatives et les coûts cachés, tant pour le client que pour la collectivité, ce qui oblige à nous détourner du déterminant historique de la performance des entreprises, hérité du modèle industriel classique, visant à produire toujours plus et à plus bas coût que les concurrents. Et quand le marché de masse arrive à saturation, il faut alors trouver des solutions pour continuer à écouler les produits soit en baissant encore les coûts de revient, soit en poussant au renouvellement des achats par les consommateurs au moyen de pratiques douteuses comme l'obsolescence perçue des produits avec leurs fausses innovations technologiques qui offrent en fait les mêmes services que ceux de la génération précédente, ou comme l'obsolescence programmée des produits avec, au passage si nécessaire, des ententes entre fabricants. Ces pratiques sont tellement usuelles que des entreprises font parfois appel à des consultants « chasseurs de survaleur » pour réduire la durée de vie de leurs produits et donc augmenter le renouvellement des achats !

Je dirais donc que l'économie circulaire est une « boite à outils » d'où ce côté un peu fourre-tout. C'est, à mes yeux, clairement un moyen et pas une fin en soi. La finalité de la démarche c'est de resynchroniser l'économie et l'écologie. Aujourd'hui, notre économie est complètement désynchronisée des flux du vivant. Nous puisons la quasi-totalité de nos ressources énergétiques en pétrole, en gaz ou en charbon dans des productions hérités d'écosystèmes d'un lointain passé. De surcroît, chaque année, l'économie mondiale consomme ce que la nature a mis un million d'années à produire. »

CF : Est-ce finalement une autre façon de parler de Développement Durable ou de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) ? Une façon de faire du neuf avec du vieux ?

ED : «L'économie circulaire n'est pas destinée à remplacer le développement durable qui reste l'objectif. Il faudrait peut-être d'ailleurs parler autrement du développement durable en rappelant la nécessité d'assurer le bien-être de l'humanité dans une planète aux ressources finies et donc insister sur l'obligation d'être plus efficient dans l'utilisation des matières premières et de l'énergie. Quant à la RSE, ce qui pose problème c'est le mot « responsable » qui est connoté négativement. On dilue les responsabilités : je ne me sens pas responsable de l'avenir de la planète, ce sont les autres… Sans parler de l'association responsable/coupable. On doit simplement agir en ayant conscience de ce que l'on génère. Une entreprise consomme des ressources matérielles – de l'énergie, de l'eau, des matières premières – et des ressources immatérielles - de l'intelligence, des savoir-faire – mais elle produit, outre les biens et services qu'elle vend, du savoir, du sens, des échanges, du lien social assez peu valorisés et des déchets en grande partie non exploités et qui pourraient être des sources de création de richesse Conscientiser les effets, intentionnels ou non, des activités économiques pour les transformer en vrais leviers de création de valeur durable devrait-être la priorité.»

CF : Qu'est-ce qui distingue l'économie circulaire, avec notamment son versant écologie industrielle et territoriale, de la 3ème révolution industrielle portée par Jérémy RIFKIN ?

ED : « Fondamentalement, il n'y a pas beaucoup de différence. On peut aussi citer dans le même ordre d'idées l'économie positive de Jacques Attali ou encore l'économie symbiotique, des concepts très proches, partiellement redondants mais aussi complémentaires, de l'économie circulaire. Les référentiels et les vocabulaires employés peuvent parfois être différents, mais sans changer ni le fond, ni la finalité de la démarche. Cette multiplicité de concepts peut être source de confusions pour les non spécialistes mais cela témoigne aussi, inversement, d'un bouillonnement d'idées fécondes».

CF : L'économie circulaire ne s'apparente-t-elle pas plus à une révolution qu'à une innovation ? Un changement de mode de développement qui vise à transformer radicalement la demande, et plus précisément l'acte de consommer et la propriété cumulative de biens, en incitant les entreprises à revoir leurs stratégies et modèles économiques, et donc leur offre ?

ED : «Plutôt que d'une métaphore politique, je préfère me référer à l'histoire du monde vivant et aux périodes de rupture qu'il a connues. En économie, c'est la même chose, des ruptures inattendues peuvent surgir après des phases de stabilité plus ou moins longues. Plutôt que de parler de révolution, je préfère parler, comme Edgar Morin, de métamorphoses, des périodes d'opportunité, mais aussi de vulnérabilité, pendant lesquelles les organismes se reconfigurent. L'économie circulaire peut provoquer cette métamorphose qui concernera tous les acteurs économiques et ne se réduira pas à quelques niches. Ce nouveau modèle économique a une rationalité économique et systémique qui repose sur la prise de conscience de notre dépendance au monde vivant et de notre incapacité à le maitriser, en vue d'inventer un mode de développement économique plus durable, resynchronisé avec le vivant, prenant pour référence la valeur réellement apportée aux clients par les biens ou les services.

Très concrètement, prenons deux exemples de leviers de valeur non exploités et qui pourraient pourtant être créateurs de richesse. Un premier exemple d'externalité positive : un centre d'appels téléphoniques qui en gérant les rendez-vous de professionnels de la santé sur un territoire, capte et capitalise des données importantes sur les pathologies médicales permettant de détecter les déséquilibres entre la demande et l'offre de soins et donc les risques d'épuisement professionnel des médecins surchargés. Ces données encore inexploitées pourraient intéresser d'une part les collectivités territoriales qui cherchent à mieux équilibrer l'offre médicale sur leur territoire et à pallier les déficits en médecins dans certaines spécialités, et d'autre part, les compagnies d'assurance susceptibles de proposer des assurances contre le risque de surmenage. Deuxième exemple : une entreprise industrielle vend des compresseurs pour des activités de nettoyage. En équipant ces compresseurs d'échangeurs thermiques, elle permet à ses clients de récupérer 90% de l'énergie dégagée par ces appareils et qui, du coup, peuvent servir à chauffer les locaux. Du coup, l'entreprise industrielle vend non seulement des compresseurs mais aussi leur externalité.»

CF : L'écologie est assez souvent perçue comme alarmiste (la maison brûle), culpabilisante (si je ne change pas mes comportements, je suis jugé égoïste) et punitive (les pollueurs sont les payeurs). Les partisans de l'économie circulaire ne cherchent-ils pas à en donner une image plus positive ?

ED : «L'économie circulaire entend donner une autre vision non seulement de l'écologie mais aussi de l'économie. Au passage, soulignons la communauté étymologique des deux termes. Leur racine commune « oikos » signifie « maison » en grec. Elle se décline en connaissance de la maison pour l'écologie et en gestion de la maison pour l'économie. Les deux thématiques sont donc à rapprocher et non à opposer. D'ailleurs, les acteurs économiques ne pourront continuer de se développer que si la qualité de l'environnement est préservée. Les entreprises sont encore assez largement myopes face à cet état de fait. Pour élargir leur champ de vision, elles ont tout intérêt à saisir les nouvelles opportunités de cette prise en compte de l'environnement dans leur stratégie de développement et ne pas seulement réduire les messages au registre de la contrainte. Pour le dire autrement, l'innovation leur permettra de faire la différence face à la concurrence. »

CF : Pour mobiliser les acteurs économiques – entreprises et consommateurs - vous préconisez donc de sortir de la logique de la carotte des aides ou du bâton de la contrainte ?

ED : « Parfois l'un et l'autre peuvent être nécessaires pour inciter à agir même si le recours à la contrainte doit être vu comme un constat d'échec – ça veut dire que le reste n'a pas suffi. Je pense fondamentalement que ce n'est pas par la contrainte, ni même par l'incitation que l'on réussira, mais par la démonstration que l'économie circulaire est un modèle à la fois rentable et vertueux.

Un investisseur a tout intérêt à investir dans un modèle économique innovant, comme l'économie de fonctionnalité, plus pérenne et plus stable car moins sujet aux à-coups des conjonctures économiques, et plus bénéfique en matière de retombées financières tant pour les actionnaires que pour le territoire, grâce à la relocalisation de nombreux emplois. De fait, l'écologie industrielle et territoriale génère de l'activité et de l'emploi au niveau local pour la gestion des flux des matières premières. De même, l'innovation dans la création de services associés à l'économie de la fonctionnalité et de la coopération est créatrice d'emplois de proximité dans le domaine de la relation client. Car, faut-il le rappeler, l'économie circulaire s'applique à tous les secteurs : primaire, secondaire et tertiaire.»

L'économie circulaire, pour quelles innovations ?

CF : Où se joue l'innovation dans l'économie circulaire ?

ED : « Avec ce nouveau modèle, un produit que l'on vendait auparavant comme un bien devient le support d'un service vendu pour sa performance d'usage. Dès lors, le fournisseur doit donc en premier lieu s'intéresser aux besoins du client pour travailler l'éco-conception du produit en prenant en compte son adéquation aux usages du client, son impact sur l'environnement, la qualité et la facilité de réemploi ou de recyclage de ses composants… On va aussi chercher à améliorer la réactivité des boucles d'approvisionnement en ressources locales, en mettant en œuvre des logiques d'écologie industrielle et territoriale en nouant pour ce faire des partenariats de proximité. L'innovation nait ainsi de ce chaînage d'actions qui part toujours du besoin du client pour lui apporter des solutions nouvelles.»

CF : Mais pour l'heure, l'entrée dans l'économie circulaire et la mise en œuvre de démarches innovantes ne se font-elle pas prioritairement via le recyclage des produits ?

ED : « C'est effectivement le problème que l'on rencontre aujourd'hui : on part encore trop souvent de l'existant pour tenter d'améliorer les process et donc on entre majoritairement par la problématique de la gestion des déchets et du recyclage car ce sont les démarches les plus évidentes et les moins complexes à mettre en œuvre. Il est pourtant plus intéressant d'avoir à l'esprit le cycle de vie des produits et des différentes boucles que l'on peut refermer. La boucle la plus longue c'est celle du recyclage qui intervient à la fin de vie d'un produit. C'est, à ce stade, un constat d'échec. Avant d'en arriver là, on peut faire du réusinage ou du réassemblage à partir de composants réutilisables pour augmenter la durée de vie des produits et raccourcir la boucle de leur traitement ce qui sera plus intense en travail et moins consommatrice d'énergie. En prenant le problème par le bon bout, en s'intéressant en premier lieu aux besoins du client, on pourra mettre en œuvre des solutions innovantes passant, si nécessaire, par la phase du recyclage et de la réutilisation des matières premières qui ne doivent être que les dernières pièces du puzzle.»

CF : Le monde vivant (végétal, microbien, maritime) n'est-il pas un gisement d'innovations et de richesses encore insuffisamment exploité ?

ED : «L'économie circulaire n'est pas une idée neuve : cela fait 3.8 milliards d'années que ça existe dans la nature !  Les organismes vivants font circuler en permanence des flux de matières comme l'eau, le carbone ou l'azote dans leurs écosystèmes. Il suffit de se promener en forêt pour constater que les dynamiques de coopération locale et les circuits courts sont à l'œuvre entre les arbres, les champignons, les insectes et les vers qui ont besoin les uns des autres pour dégrader la matière organique et la remettre en circulation. Appliquons simplement ces échanges au monde économique, en faisant ce que l'on appelle du biomimétisme. C'est d'ailleurs la principale ressource issue du monde vivant. Il s'agit de s'inspirer du mode de fonctionnement des organismes vivants et des écosystèmes pour trouver des solutions innovantes permettant de concevoir des biens et des services plus durables. On peut aussi utiliser plus intelligemment des ressources naturelles sous valorisées. Si l'on prend l'exemple de l'aquaculture, on peut penser à la culture encore peu développée des kelps, ces longues algues brunes aux multiples usages que ce soit pour la cosmétique, la nourriture ou même l'habitat. Cette aquaculture mériterait d'être développée à condition d'avoir une approche globale et prudente – écologique au sens plein du terme – pour bien mesurer les impacts de cette agriculture intensive dans des territoires nouveaux pour l'homme.»

CF : A quelles conditions les entreprises et spécialement les plus petites peuvent–elles entrer dans le cercle vertueux de l'économie circulaire ?

ED : «A condition de s'interroger sur la finalité de leur activité économique, sur l'usage réel qui est fait des biens et des services qu'elles proposent à leurs clients, et la valeur ajoutée qui en résulte. Toutes les démarches d'innovation sont la résultante de ce type de questionnement. Elles sont toutes liées aux attentes explicites ou implicites des clients qui achèteront ces nouveaux biens et services plutôt que ceux de la concurrence en raison de la valeur ajoutée qu'ils fournissent. L'économie circulaire obéit à la même logique avec peut-être une focale un peu plus large puisqu'on s'intéresse non pas au seul produit mais à son « écosystème ». La question que je pose souvent aux entreprises c'est de chercher à identifier et mieux exprimer leur raison d'être, la valeur ajoutée qu'elles apportent à leurs clients et à la société. Force est de constater que les entreprises s'interrogent rarement sur la finalité de leur activité, et sur l'usage réel que les clients font de leurs produits.»

CF : Les territoires constituent-ils des leviers de l'économie circulaire ? Quel peut-être leur rôle ?

ED : «A l'image de l'économie de la fonctionnalité qui ne s'applique pas qu'aux seuls objets mais aussi et surtout à leur usage et aux services associés, l'écologie industrielle et territoriale ne se réduit pas à la seule question matérielle de la gestion des flux de matières et d'énergie, c'est aussi et d'abord une question de mobilisation de compétences, d'intelligence, de modes de coopération et de logistique organisés au niveau des territoires. Ces territoires interdépendants doivent être interconnectés pour tirer le meilleur parti des ressources locales. Aux décideurs locaux de faire leur choix en fonction de la valeur créée et conservée par ces coopérations dans le territoire. Les achats responsables sont une illustration évidente des bénéfices générés pour les entreprises locales mais aussi pour une chaîne plus longue d'acteurs qui sont parties prenantes de cette création de richesse économique, sociale et environnementale. »

CF : Existent-ils des typologies d'innovations dominantes en matière d'économie circulaire ?

ED : « Pour resynchroniser l'économie et l'écologie, nous devons chercher à mettre plus d'intelligence dans nos process et nos échanges afin de moins exploiter nos ressources matérielles. Et cela ne passe pas prioritairement par des innovations technologiques. Des moteurs plus propres procurent des gains incrémentaux modestes alors que les démarches de partage et de mutualisation de l'économie circulaire offre des gains de productivité plus importants. Depuis la première révolution industrielle, vers 1840, l'essentiel des gains de productivité ont été réalisés sur le travail, il nous faut maintenant nous attacher à accroître la productivité des matières premières, et à exploiter ce gisement considérable de richesse qu'est le capital immatériel. Il n'y a pas de mon point de vue d'innovations de rupture, radicales dans l'économie circulaire mais plutôt des combinaisons d'innovation. L'innovation se situe donc plus dans la manière de définir la stratégie de l'entreprise – son modèle économique -  et dans le marketing des produits et des services à l'image des voitures en auto-partage qui affichent de la publicité des annonceurs locaux pour faire baisser des deux tiers le coût de la location pour l'utilisateur.»

CF : L'innovation est-elle suffisamment encouragée par les dispositifs publics ?

ED : « Pour aider les entreprises à franchir le pas et à investir, il y a des dispositifs publics d'aide à l'innovation comme ceux portés par BPI France ou ceux destinés à financer des investissements en matériels plus économes en énergie, mais il n'y a pas à l'heure actuelle de mécanismes clairement fléchés vers le soutien aux innovations de services entrant dans le champ de l'économie circulaire. Cela pose évidemment un problème pour les dirigeants d'entreprise confrontés à des choix d'investissement. S'ils souhaitent s'engager dans la voie de l'économie de la fonctionnalité, ils auront des besoins en fonds de roulement plus importants dans le cadre des contrats de mise à disposition de biens. Il faudrait pouvoir financer cette phase d'amorçage et donc faire preuve d'innovation en matière de dispositifs de financement.»

 

Propos recueillis par Gilles DANIEL, CCI FRANCE

 

L'institut INSPIRE (Initiative pour la Promotion d'une Industrie Réconciliée avec l'Ecologie et la société) -  société coopérative d'intérêt collectif - est un centre de réflexion, de mutualisation des connaissances et d'actions au service de la réconciliation de l'économie et de la biosphère dont l'ambition est de faciliter la transition vers un modèle de développement économique créateur d'emplois, capable de créer plus de richesses et de bien-être tout en consommant moins de ressources naturelles. L'institut intervient pour le compte de groupements d'entreprises (clusters, filières, syndicats de branche) et de collectivités territoriales. Emmanuel DELANNOY est aussi administrateur de l'association « Humanité et Biodiversité » présidée par Hubert REEVES.

 

LEXIQUE

  • L'économie circulaire a été définie dans le cadre de la stratégie nationale de transition écologique comme un système économique de production, d'échange et de consommation conçu et organisé pour minimiser les prélèvements nets de ressources (énergies fossiles, matières premières, eau, foncier, milieux) et les émissions polluantes, sources d'impacts environnementaux et sanitaires négatifs, tant locaux que globaux.
  • L'écologie industrielle et territoriale est un mode d'organisation visant dans une logique de mutualisation et d'échange à mettre en place une gestion optimisée des ressources et un fort recyclage de la matière et de l'énergie, localement, dans une logique de circuit court pour diminuer les impacts sur l'environnement.
  • L'écoconception est une approche qui prend en compte les impacts environnementaux dans la conception et le développement du produit et intègre les aspects environnementaux tout au long de son cycle de vie (de la matière première, à la fin de vie en passant par la fabrication, la logistique, la distribution et l'usage).
  • L'économie de fonctionnalité consiste à remplacer la notion de vente du bien par celle de la vente de l'usage du bien. La production de solutions intégrées basées sur les besoins exacts des clients vise la performance d'usage du bien et permet ainsi de mieux gérer les externalités environnementales et sociales (négatives et positives).
  • Le  biomimétisme désigne le transfert et l'application de matériaux, de processus et de propriétés remarquables observées à différentes échelles du vivant (organismes et écosystèmes) vers des activités humaines, notamment économiques.