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"Point Sur"

Faites le tour d'un sujet, en moins de 2 minutes : Enjeux, définitions, concepts clés, contacts utiles, références bibliographique, … permettent de manière simple, rapide et didactique de comprendre les dispositifs et les thématiques qui pourraient avoir un impact ou un intérêt pour vos activités.

Mots-clés :

Sommaire
  • L'Intelligence artificielle (IA)
  • Le Design Thinking (La pensée design)
  • Suramortissement : une mesure exceptionnelle pour soutenir l'investissement productif
  • L'Innovation ouverte
  • Le crowdfunding
  • Crédit Impôt Recherche
  • L'enveloppe Soleau
  • La Blockchain
  • Tourisme industriel : Mode d'emploi
  • Le Brevet européen à effet unitaire
  • Le biomimétisme
  • Le Big Data
  • L'Analyse de la valeur - Concevoir à coût minimum en améliorant la qualité
  • Arnaque au président
  • Industrie du Futur - Un plan pour moderniser l'outil de production
  • Programme Investissement d'avenirs
  • CICE - Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi
  • Origine France Garantie
  • Programme cadre de recherche et innovation « Horizon 2020 »

NUMERIQUE : Henri VERDIER, Directeur Etalab : "L'Open data, le carburant de l'innovation"

Henri VERDIER : "L'open data, le carburant de l'innovation"

Henri VERDIER est un entrepreneur spécialiste du numérique, membre fondateur  et ancien président du pôle de compétitivité Cap digital. Il dirige depuis janvier 2013 ETALAB, le service du premier ministre chargé de l'ouverture des données publiques et du développement de la plateforme française open data. Il est dans ce cadre à l'initiative de la création du portail d'open data français « data.gouv.fr ».

Alors que la France s'engage dans le développement de l'open data – adhésion à l'Open Data Gouverment Partnership (*) et nomination annoncée d'un administrateur général des données publiques – le directeur d'ETALAB analyse les potentialités de croissance et d'innovation de l'ouverture des données.

CCIFrance : Quels principaux enseignements retirez-vous de la conférence de Paris sur l'open data des 24 et 25 avril derniers ?

Henri VERDIER : « La Conférence de Paris, cela a été l'occasion pour la France de faire son entrée dans le dialogue international sur les nouvelles pratiques démocratiques et d'approfondir avec ses partenaires les trois dimensions essentielles de l'open data. L'enjeu démocratique tout d'abord : l'administration doit être plus transparente, doit rendre des comptes de son action et, peut  aussi, s'engager dans des processus de co-construction de l'action publique avec les citoyens. Le chantier est immense et appelle un réel changement de culture. L'enjeu économique  ensuite : l'open data est le carburant de l'innovation. Un carburant qui a la particularité de prendre de la valeur au fur et à mesure qu'on l'utilise. L'open data c'est d'abord une source de simplification de la vie économique en facilitant par exemple l'accès gratuit aux codes postaux, aux cadastres et à la géolocalisation. Autant de données facilement accessibles qui fluidifient les échanges entre les acteurs économiques. Alors qu'on est au tout début de l'ouverture des données publiques, des informations sont d'ores et déjà disponibles et utilisées par des entreprises qui créent chaque jour de nouveaux services et donc des emplois. C'est à mes yeux, l'une des politiques d'aide à l'emploi les moins couteuses (sourire). L'enjeu, enfin, de l'efficacité de l'action de l'Etat. L'open data doit permettre de réformer l'Etat.  A ce jour, peu de politiques publiques sont construites avec des tableaux de bord de pilotage, en temps réel et par la donnée, de l'action publique pour en corriger plus rapidement les dysfonctionnements. 

De la Conférence de Paris, a émergé un consensus sur l'objectif premier qui guide tous les pays. Mais aussi le constat que la priorité, désormais, ce n'est plus seulement l'ouverture des données au grand public, mais aussi la fluidité de leur usage entre opérateurs. Il s'agit notamment d'encourager la circulation des données d'une administration à une autre pour offrir des services plus efficaces. C'est d'ailleurs tout le sens de la création annoncé d'un poste d'administrateur général des données en France, une mission qui pourrait revenir à Etalab et à son directeur (décret du premier ministre attendu prochainement).

CF : Quel est selon vous le potentiel de croissance de l'open data en France  ?

HV : « Je pense que l'open data va tout changer mais pas comme on peut l'entendre par la seule apparition d'un marché de la donnée. Car vendre de la donnée brute, c'est vendre son blé en herbe ou, pour prendre une autre image, un pétrole non raffiné. C'est d'une certaine façon  passer à côté de la valorisation maximale de cette ressource.

A l'image du processus qui a conduit à travers les derniers siècles à la mathématisation de l'activité bancaire, aujourd'hui c'est le monde entier qui se mathématise.  Les activités économiques vont en être bouleversées. L'impact de la géolocalisation des produits dans la chaîne logistique ou l'enrichissement de la cartographie – avec la diffusion d'une cartographie plus fine et multidimensionnelle -  vont ainsi permettre d'optimiser les décisions, les choix d'investissement, les modes d'organisation. Cela va donner naissance à des outils nouveaux d'appréhension du réel et à des leviers puissants de développement économique.

Pour illustrer ces potentialités de développement, rappelons-nous la croissance de la filière des applications mobiles aux Etats-Unis  suite à la décision en 2000 du Gouvernement américain d'autoriser l'exploitation des données GPS. Cette décision a créé ainsi un nouveau continent de l'innovation. Le champ des possibles est immense : énergie, tourisme, transport… on peut inventer de nouvelles infrastructures pour faire naître des activités nouvelles, inimaginables sans cette ouverture des données »

CF : Mais est-ce que l'open datat n'est pas avant tout, pour l'heure, le terrain de jeux des "geeks", des développeurs d'application  ?

HV : « Certes, ce qui est le plus spectaculaire, ce sont toutes ces nouvelles applications proposées par des start-up innovantes que l'on peut retrouver sur son smartphone. Pour autant de nouveaux outils fournissant de vrais services apparaissent chaque jour : pour avoir accès au droit, connaître l'ouverture des services publics, choisir son lieu d'habitation, connaître les équipements ou commerces de proximité ou bien par exemple les niveaux de délinquance par zone. Autant d'outils d'aide à la décision pour le citoyen mais aussi pour l'entrepreneur. »

 

CF : Ce mouvement d'ouverture des données va-t-il aussi modifier les business model en place et, de fait, le rôle d'un certain nombre d'intermédiaires ?

HV : « Effectivement, ceux dont le business model repose sur la monétisation de la donnée ne seront pas nécessairement les mieux placés dans la chaîne de valeur...  En revanche, tous ceux qui sauront apporter de la valeur ajoutée à la donnée seront les grands gagnants de ce mouvement. Si l'on voulait illustrer cette distinction de valeur, on peut prendre l'exemple de la bourse. Les cours de bourse sont des informations gratuites et facilement accessibles. Et d'ailleurs, s'ils ne l'étaient pas, les gens hésiteraient à investir leur argent sur ce marché des valeurs. Ce qui se vend, ce n'est pas la donnée mais les services associés à l'exploitation de cette donnée : les terminaux de traitement, les analyses, les outils de manipulation de la donnée. En résumé, les acteurs économiques ont tout intérêt à monter en gamme dans la chaîne de valeur. »

 

CF : L'exploitation de l'open data donne-t-elle nécessairement naissance à des services innovants ?

HV : « Si l'on considère que l'innovation, c'est une invention qui rencontre son marché, toute innovation s'appuyant sur l'exploitation des données ne rencontrera pas nécessairement le succès. Mais, l'open data invite à tout le moins l'Etat à s'engager dans des stratégies d'innovation ouverte. Certes, ouvrir les données libère de nouveaux espaces pour l'innovation économique et sociale – de nombreuses innovations fondées sur la données ne sont pas marchandes - mais ce processus permet aussi à l'Etat de découvrir l'exploitation qui peut être faite des données publiques et de découvrir ainsi de nouveaux outils, de nouvelles méthodes, voire de nouveaux services. Cette innovation de l'action publique est sans doute l'une des dimensions les plus intéressantes de l'open data.

Le numérique a disséminé une grande puissance d'innovation dans les écosystèmes. Le nombre de personnes en capacité d'inventer et d'imaginer  est en perpétuelle croissance.  L'innovation est maintenant à portée de main : il suffit juste d'avoir un smartphone ! Il n'est plus besoin de posséder et d'immobiliser du capital pour innover. L'Etat, comme les grandes entreprises, doivent apprendre à stimuler cette créativité et à travailler avec elle. »

 

CF : En quoi l'économie traditionnelle va-t-elle se trouver impactée par cette ouverture des données ?

HV : « L'accès aux données publiques intéresse potentiellement tout citoyen mais aussi tout entrepreneur qui peut avoir besoin d'informations précises sur son environnement, sur les évolutions économiques et sociétales de son territoire.

Rappelons que le numérique dévore le monde et bouleverse de larges pans de l'économie traditionnelle : la presse, l'édition, la musique, les taxis… Cette expansion du numérique comporte un risque économique de position dominante, voire de monopole. En rendant un accès plus large aux données et en garantissant le caractère inaliénable de ces données, on interdit, ipso facto, les positions trop monopolistiques des intermédiaires qui en échange de l'apport de clients qualifiés exigent un partage de la marge»

 

CF : Face à la masse de données potentiellement exploitables, comment s'y retrouver ? Comment permettre au plus grand nombre d'en profiter ? Les structures et corps intermédiaires ont-ils un rôle à jouer pour faciliter et généraliser l'exploitation de ces données ?

HV : « La question effectivement se pose de savoir comment accompagner la numérisation de l'économie et comment former à cela les milliers de PME et de TPE. Les Etats ont commencé à s'adapter à cette nouvelle donne avant le privé. Ils peuvent ainsi témoigner de la nécessité de jouer la carte de la transparence, de montrer l'intérêt qu'on peut trouver dans les échanges directs avec ses clients/administrés via des outils simples comme les réseaux sociaux qui permettent cette communication. Pour continuer à avancer nous n'avons pas d'autres choix que de continuer de nous former, pour apprendre de nouveaux usages.»

 

CF : Les CCI, établissements publics de l'état, exercent des missions de service public. A ce titre, sont-elles soumises à l'obligation de communication de leurs données ?

HV : « En application de la loi CADA de 1978, elles doivent rendre en effet compte des données qu'elles détiennent dans le cadre de leurs missions de service public. Il est donc préférable pour les CCI de publier et de partager ces données dans des formats qui facilitent leur exploitation et donc l'innovation, plutôt que d'attendre de devoir répondre à posteriori aux demandes d'information qui leur sont faites. Mais elles peuvent aussi faire de cette obligation une ressource : en nouant de nouvelles relations avec leurs écosystèmes, en stimulant l'innovation, en s'appuyant sur leur environnement, voire en entrant dans de nouvelles formes de communication. De nos jours, le vrai pouvoir, c'est de donner l'information. »

Propos recueillis par Gilles Daniel, CCI France

 

(*) Ce mouvement rassemble 63 pays à ce jour partageant la même volonté de promouvoir la transparence de l'action publique et la gouvernance ouverte, mais aussi l'intégrité publique et le combat contre la corruption.

 

Nota : CCI France et l'open data.

Suite à la mise en ligne de Quel(s) territoire(s) pour mon entreprise, application expérimentale de data visualisation reposant sur une trentaine de jeux de données ouvertes, CCI France France travaille actuellement à la mise en ligne de ses premiers jeux de données pour la rentrée 2014.

CCI France ne manquera pas d'être à l'écoute des besoins de la communauté pour ouvrir en priorité, et selon ses possibilités, les jeux de données qui faciliteront le développement de services ou de technologies à forte valeur ajoutée.