Publié le 20/04/2017

Grande consultation des entrepreneurs : Entreprises, les oubliées de la campagne…

L'étonnante campagne présidentielle a oublié la question des entreprises. Les dirigeants d'entreprises sondés en avril le regrettent.

 

Les candidats à l'élection présidentielle 2017 n'aiment pas le travail résumait récemment, dans son titre, un éditorial sur l'absence de la question du rapport des français au travail dans la campagne. En est-il de même pour ce qui concerne l'entreprise ? A en croire l'opinion des chefs d'entreprise interrogés par l'institut de sondage Opinionway pour le compte de CCI France, la Tribune(*), en avril - soit en fin de campagne présidentielle - la question peut, en effet, se poser. Une très grande majorité d'entre eux, 92 % des dirigeants sondés, considère que la situation des entreprises n'a pas été suffisamment abordée par les postulants.

 

Un résultat qui doit laisser perplexe les décideurs tant la place de l'entreprise est centrale et son rôle essentiel au dynamisme et à la croissance de notre économie. D'ailleurs, questionnés sur la priorité du futur Président pendant l'état de grâce qui suivra son élection, les chefs d'entreprise ne manquent visiblement pas de suggestions sur les décisions stratégiques à prendre pour améliorer la situation des entreprises. Evidemment, arrive largement en tête, la baisse de la fiscalité des entreprises. Ce sont près des deux-tiers de dirigeants (64%) qui plébiscitent cette mesure permettant de renflouer la trésorerie des entreprises et de leur redonner un peu de marges de manœuvre et de compétitivité. De fait, les charges sociales en France sont parmi les plus lourdes en Europe : les entreprises françaises payant toujours deux fois plus de taxes que les entreprises anglaises. Autre demande récurrente, parfois reprise en antienne par les candidats : la SIM-PLI-FI-CATION des démarches administratives ! Même si des actions probantes ont été menées en ce sens, 37 % des entreprises interrogées en veulent plus.

Des entreprises aussi conscientes que la réduction de la dette du pays et ses conséquences sur les finances publiques auront un impact sur la santé économique des entreprises (30% d'avis en ce sens). Arrivent ensuite, dans les mêmes proportions, des décisions ayant trait directement à l'écosystème des entreprises : la réforme de la formation professionnelle, de l'éducation nationale et du droit du travail. Un chef d'entreprise sur cinq souhaiterait que le futur chef de l'Etat s'attaque d'emblée à ces réformes visant à améliorer, au final, l'employabilité de leurs (futurs) collaborateurs.

A noter que si ce sont les entreprises de services qui manifestent le plus fortement leur préférence pour une action portant sur le système éducatif et de formation (un quart de l'échantillon), ce sont les industriels (37% des répondants) qui espèrent une réforme du droit du travail rappelant, en cela, leur défiance vis-à-vis de la Loi El Khomri manifestée il y a un tout juste un an à l'occasion de la vague d'enquête d'avril 2016.  Pour rappel, ils étaient 53 % à se déclarer défavorables à ce qui n'était encore que le projet de loi travail.

 

Les dirigeants d'entreprise ont été interrogés sur l'avenir proche du pays mais également sur le futur de son industrie. Force est de constater, à cet égard, que le plan Gouvernemental « Industrie du futur » est jugé assez sévèrement. Seuls, respectivement 14% et 7 % des chefs d'entreprise estiment que la destination du plan de l'Etat en la matière servira à moderniser l'appareil productif et contribuera à créer des usines intelligentes capables de se gérer seules grâce à leur digitalisation.

Appelés à le qualifier, la majorité (31 %) des sondés souligne la complexité (ou plus positivement l'ambition) du concept : « un modèle industriel qui s'appuie sur plusieurs révolutions simultanées ».

En  revanche, un quart des répondants juge qu'il s'agit d'une utopie estimant «  le projet irréalisable compte tenu du retard accumulé par la France ». Et ce sont les dirigeants d'entreprises industrielles (34%) qui sont avec ceux du secteur de la construction (42%) les plus pessimistes. Pour intéressant,  le concept ne connaitra pas de réalisation concrète ! C'est l'avis d'une personne sur cinq.

 

Critiques sur la vocation du programme gouvernemental « industrie du futur », les dirigeants interrogés conservent pour autant une forme d'optimisme quant aux conséquences possibles de la mise en œuvre de ce concept.

S'il faut envisager les transformations positives que pourrait induire ce plan, 36 % des sondés (les industriels étant les plus optimistes) espèrent, tout de même, que l'industrie nationale en sortira in fine plus compétitive.

Les effets sur l'environnement de ces usines plus propres, la flexibilité de la réponse plus réactive aux besoins des clients et, dans une moindre mesure, la réduction des coûts du fait de la digitalisation des process constituent le trio des autres avantages espérés.

Un regain d'optimisme qui se retrouve – légèrement - dans l'indicateur global de la vague d'enquête en progression de 4 points par rapport au mois précédent grâce à l'opinion plus positive des entreprises de 10 salariés et plus (bond de 10 points en un mois).

 

 

Mais en les interrogeant plus précisément sur leur état d'esprit actuel, à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, c'est l'attentisme qui prédomine avec un tiers des réponses (en hausse de 13 points.

La proportion d'optimistes progresse mais plus faiblement (sept points). C'est toujours le sentiment d'inquiétude qui l'emporte avec 39 % des réponses.

Une inquiétude cependant mesurée et pondérée par la confiance en l'avenir de leur propre entreprise. 67 % des répondants se déclarent confiants ou très confiants, pour les douze mois à venir, en progression de 8 points par rapport au mois dernier. Alors que, dans le même temps et dans la même proportion, la confiance dans l'avenir de l'économie française est en recul à 13%.

Des résultats à suivre attentivement le mois prochain pour voir si l'état de grâce présidentielle aura des effets sur le moral des patrons…

 

A découvrir l'intégralité des résultats de la dix-huitième vague de la Grande Consultation des Entrepreneurs

 

(*) Sondage Opinionway réalisé par téléphone auprès de 606 dirigeants d'entreprise entre le 5 et le 18 avril 2017 dans le cadre de la Grande Consultation des entrepreneurs.

 

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