GCE septembre 2018

Publié le 27/09/2018

Grande consultation des entrepreneurs : un moral en berne

À l'accalmie de juillet succèdent les turbulences de la rentrée. Les chefs d'entreprise se montrent déçus par l'action du président de la République et peu confiants quant à l'avenir de l'économie tant mondiale que nationale.

 

Un double décrochage. C'est bien une double chute de confiance que met en lumière le baromètre de la grande consultation des entrepreneurs CCI France/La Tribune/Europe1 du mois de septembre (*). Les chefs d'entreprise interrogés par Opinionway manifestent clairement d'une part, une nette déception quant à l'action d'Emmanuel Macron depuis sa prise de fonction, suivant en cela la baisse de la cote de popularité du président et de son premier ministre auprès des français, et d'autre part, une chute de confiance quant aux perspectives économiques en France et dans le monde.

 

 

Avec un mouvement symétrique, le nombre de dirigeants d'entreprise satisfaits de l'action du président de la République s'effondre (- 18 points) quand le rang des mécontents grossit dans la même proportion (+18 points). Le baromètre enregistre en septembre le plus faible taux de satisfaction (36 %) et le plus fort taux de mécontentement (63 %) de la politique présidentielle.

Alors qu'ils faisaient partie des « soutiens » les plus réguliers aux décisions prises par Emmanuel Macron depuis son élection, les dirigeants d'entreprises rejoignent, en cette rentrée 2018, les français dans leur jugement à l'égard de la politique menée. Dans un sondage Opinionway pour LCI du 23 septembre 2018, la cote de popularité du président de la République auprès des français baissait de nouveau de 35 % à 28 % (score également le plus bas pour Emmanuel Macron).

 

 

La déception des chefs d'entreprise à l'égard de la politique économique menée se retrouve dans le jugement qu'ils portent sur l'équilibre des mesures prises. Les dirigeants d'entreprise qui considéraient très majoritairement dans les précédentes vagues d'enquête que les décisions politiques du Gouvernement et les Lois votées donnaient la priorité à des mesures favorisant la flexibilité (marché et coût du travail notamment) - mesures appréciées par les patrons comme le relevait le sondage en mai 2017) – ils sont maintenant moins nombreux à le penser (en baisse de 15 points à 46% par rapport au précédent sondage et en chute de 19 points sur un an).

Le pourcentage des sondés qui estiment que la politique menée est plus équilibrée est en hausse de 10 points (45%). A noter que cette révision du jugement est particulièrement sensible auprès des entrepreneurs du secteur de la construction. Des résultats qui interpellent alors que le Gouvernement rappelle, en vue de l'examen du projet de Loi de Finances 2019, que les entreprises vont toucher, en 2019, 21 milliards d'euros correspondant à la transformation du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) en baisse de charges pérennes et qu'elles vont voir également le taux d'impôt sur les sociétés passer de 33.3% à 31%.

Cette évolution de l'opinion des chefs d'entreprise s'explique-t-elle par les débats initiés, notamment à l'occasion de la phase de consultation publique, sur le projet de Loi PACTE actuellement en examen au Parlement ? Un projet de Loi relatif à la croissance et à la transformation des entreprises qui ambitionne conjointement, selon le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire,  de « faciliter la vie des entreprises et mieux récompenser les salariés ». Ce message politique n'a visiblement pas encore été entendu par les dirigeants d'entreprise.

 

 

Seuls 12 % des entrepreneurs affirment connaître certaines mesures du projet de Loi quand une écrasante majorité (88%) admet une méconnaissance des dispositions prévues par Pacte. Les industriels (18 %) et les dirigeants d'entreprise de plus de 10 salariés (31%) figurent parmi les entrepreneurs les mieux informés. Le vaste périmètre couvert par le projet de Loi et le nombre important de dispositions présentées expliquent-ils ce résultat du sondage ? Sans doute. Certaines mesures sortent-elles du lot aux yeux des entrepreneurs? Pas vraiment.

Parmi les mesures considérées comme les plus marquantes et les plus connues arrivent en tête le même trio : simplification de la transmission d'entreprise (6% des sondés la considèrent comme la disposition la plus marquante et 12 % comme la plus connue), la facilitation des formalités liées à la création d'entreprise (respectivement 3% et 9%) et la suppression du forfait social sur l'intéressement et la participation (2% et 5%). Il est étonnant de constater que la mesure de simplification des seuils sociaux, aux effets pourtant attendus (allègement du coût du travail de l'ordre de 600 millions d'euros selon Bercy), n'est pas relevée par les répondants. De même, alors que le baromètre de juillet 2018 indiquait que 90% des chefs d'entreprise estimaient qu'il relevait de leur rôle de dirigeant de « s'engager en faveur de pratiques sociales, environnementales et économiques vertueuses », ils ne sont que 2 % à citer « la valorisation de la dimension RSE de l'entreprise » comme une mesure connue du projet de Loi.

 

 

En revanche, les chefs d'entreprise ont visiblement suivi avec attention les débats et les prises de parole diverses de l'exécutif concernant la mise en œuvre au 1er janvier 2019 du prélèvement de l'impôt à la source. Favorables à la mesure (voir les résultats de l'enquête de mai 2018), les entrepreneurs apprécient la décision du premier Ministre, Edouard Philippe, de maintenir ce nouveau dispositif de collecte de l'impôt. 64 % au total sont favorables à l'application de la mesure et 58 % à la date prévue. Les entreprises s'y sont préparées, elles auraient visiblement difficilement compris une marche arrière ou une pause en ce domaine.

 

 

Visiblement, les rentrées se succèdent et se ressemblent. Déjà l'an passé, à la même époque, les entrepreneurs interrogés affichaient une forte baisse de confiance dans l'avenir de l'économie mondiale (à 39%) et de l'économie française (à 36%). Cette année encore, la confiance des chefs d'entreprise en prend un coup accusant un décrochage de 25 points concernant les perspectives de croissance de l'économie mondiale et, pire, de 29 points pour l'économie nationale. Les tensions commerciales liées aux décisions de l'administration Trump et le ralentissement attendu des échanges commerciaux dans la zone Euro suite au Brexit contribuent sans doute à cette baisse de la confiance des entrepreneurs. Des entrepreneurs qui restent en revanche confiant quant à l'avenir de leur propre entreprise (près de ¾ d'entre eux sont de cet avis).

 

 

Des entrepreneurs confiants dans l'avenir de leur entreprises et visiblement peu inquiets face aux risques de cyber-attaques. Alors que les « cybercriminels » bénéficient d'opportunités plus nombreuses d'attaques des systèmes informatiques dans des entreprises de plus en plus interconnectées, utilisant de plus en plus massivement les nouvelles technologies et partageant de plus en plus de données, les risques associées liés à la cyber sécurité ne préoccupent qu'un quart à peine des dirigeants interrogés (soit 16 % de moins que lors du sondage d'octobre 2017). A noter toutefois que les chefs d'entreprise de plus de 10 salariés sont nettement plus inquiets (62%) que ceux de moins de 10 salariés (21%).

La crainte qui arrive très largement en tête des préoccupations des patrons (en hausse de 2 points à 83%) c'est l'infection du système informatique de l'entreprise par un virus et ce, bien avant, l'usurpation d'identité (23%) ou le vol de données sur les serveurs (un répondant sur cinq). Les dirigeants des plus petites entreprises sont – c'est à relever – encore plus inquiets que ceux d'entreprises de plus grande taille par l'attaque par un virus informatique (83% contre 68 %).

Des résultats à suivre avec attention car si seulement 8% des répondants ont déclaré avoir été victimes (personnellement ou par l'intermédiaire d'un salarié) de cyber-malveillances, celles-ci se multiplient et sont de plus en plus ciblées. Un rapport du cabinet McKinsey de 2014 pour le world économique forum indiquait que 60% des entreprises font faillite après une atteinte à l'intégrité de leurs données informatiques….

 

►À découvrir l'intégralité des résultats de la vague de septembre 2018 de la Grande Consultation des Entrepreneurs

 

(*) Sondage Opinionway réalisé par téléphone auprès de 601 dirigeants d'entreprise entre le 10 et le 17 juillet 2018 dans le cadre de la Grande Consultation des entrepreneurs. 

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