Publié le 29/03/2018

Grande consultation des entrepreneurs : des chefs d'entreprises optimistes mais prudents

La croissance économique devrait rester soutenue cette année mais des signaux de ralentissement de l'activité incitent les chefs d'entreprise à la prudence.


« L'activité économique conserverait une cadence soutenue mais un peu moins rapide qu'en 2017 ». Julien Pouget, chef du département de la conjoncture à l'INSEE, résume ainsi les perspectives de croissance en France en se fondant sur les résultats très positifs d'une année 2017 qui a été marquée par une reprise économique mondiale mais aussi sur les premiers indicateurs de mesure de l'activité en ce début d'année qui sont à surveiller. Une analyse visiblement partagée par les chefs d'entreprise interrogés en mars dans le cadre du baromètre « la grande consultation CCI France/La Tribune/Europe1 » réalisée par Opinion Way (1).

 


Car, ce que les économistes constatent et ce dont les politiques se réjouissent (croissance attendue de 1,9 % en 2018, un déficit public en recul l'an passé à 2,7 % et un chômage sous la barre des 9%, une première depuis 2009), les chefs d'entreprise sondés le partagent également. Jamais, depuis la création du baromètre, les dirigeants d'entreprise ne se sont déclarés autant optimistes et confiants. Près de la moitié d'entre eux (49 %, en progression de 14 points sur un mois) se déclare optimiste et 45 % se disent confiants (+3 %) quand, en parallèle, les attitudes d'attentisme (- 12 %) de méfiance (-8 % et à son plus bas niveau) et de d'inquiétude (-6 %) sont en recul. Les chefs d'entreprise apprécient la situation économique actuelle considérant que « c'est très bien en ce moment » (avec 47 % à un niveau élevé et stable depuis le début de l'année). 

 


Stabilité de l'optimisme des dirigeants en 2018 qui se retrouve également dans l'indicateur qui lui est consacré et qui est toujours à un niveau élevé (123, deuxième meilleur score depuis le lancement de la Grande consultation). Un optimisme partagé de façon égale par les dirigeants d'entreprise de moins comme de plus de 10 salariés.
Un climat d'optimisme et de confiance qui conduit les sondés à voir positivement les perspectives des 12 prochains mois et ce, tout particulièrement, pour ce qui concerne leur propre entreprise. 

 



Avec 77 % (en progression de 4 points), cette confiance dans les perspectives de développement de leur entreprise n'a jamais atteint un niveau aussi élevé. Les résultats économiques positifs de l'an passé se traduisent par une hausse de 10 points en un mois (à 65 %) du niveau de confiance des entrepreneurs dans l'avenir de l'économie française. Avec, cependant, c'est à signaler, une appréciation plus mesurée des perspectives de croissance de l'économie mondiale (indice de confiance de 55 % en baisse de 15 points). Les craintes d'une guerre commerciale entre les Etats-Unis d'Amérique et ses partenaires suite à la menace de taxation des importations d'acier sur le territoire américain mais aussi la hausse des taux d'intérêt outre-Atlantique susceptible de provoquer une reprise de l'inflation peuvent nourrir, sinon des inquiétudes, à tout le moins des interrogations sur la poursuite de la reprise mondiale (croissance mondiale de 3.9% attendue pour cette année par le FMI). A noter toutefois que les chefs d'entreprise, interrogés sur la possible remontée des taux d'intérêt en Europe suite à la hausse déjà constatée aux Etats-Unis, ne se montrent pas, pour l'heure, inquiets. 72 % des dirigeants se déclarent peu ou pas inquiets à ce sujet pour cette année.
Ces incertitudes sur la force de la croissance expliquent-elles l'attitude des chefs d'entreprise interrogés qui ne sont que 5 % seulement à vouloir embaucher et 14 % uniquement à avoir augmenté ou à envisager d'augmenter les salaires de leurs collaborateurs en 2018 (dont seulement la moitié d'entre eux pour des augmentations générales) ? Deux positions sur le front des embauches et des revalorisations salariales qui expriment une forme de prudence face aux évolutions économiques pressenties.

 



Les résultats du sondage sur le point des augmentations de salaire dénotent avec la tendance actuelle constatée dans les grandes entreprises tant par plusieurs cabinets spécialisés qui étudient les négociations annuelles (plus de la moitié des entreprises ont ouvert des négociations, un tiers les a déjà conclu) que par l'ANDRH (Association Nationale des Directeurs de Ressources Humaines) qui enregistre des hausses générales de salaire autour de 1.5%. La reprise de l'économie, les bénéfices des entreprises et un début de redémarrage de l'inflation constituent, de fait, des facteurs qui peuvent contribuer à la multiplication des demandes de revalorisation salariale.

 



Alors que le Gouvernement a fait de la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes une grande cause nationale se fixant pour objectif d'éradiquer les écarts de salaires entre les deux sexes d'ici 2022 (actuellement de 9%), que pensent les chefs d'entreprise du logiciel « Logib » qui sera mis à la disposition de toutes les entreprises pour identifier les différences injustifiées de salaire entre femmes et hommes et pour les corriger sous peine de sanction ? 81 % des patrons considèrent que c'est « une bonne chose » et 65 % que l'outil « sera efficace ». Cependant, 46 % des dirigeants estiment que la solution sera trop complexe à mettre en œuvre et qu'elle nécessiterait, pour 40 % des répondants, plus de temps  pour permettre aux entreprises de se mettre en conformité avec la Loi.
Pour l'heure, l'attention des dirigeants est attirée par l'application, à partir du mois de mai prochain, du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) qui a pour but de renforcer et d'unifier la protection des données personnelles. 63 % des chefs d'entreprise déclarent qu'ils seront en conformité avec cette mesure lors de son entrée en vigueur tandis qu'inversement, un dirigeant sur cinq estime qu'il ne sera pas prêt à temps.

 

 

       
 

 

Suite à de nombreux rapports sur les difficultés des entreprises françaises à se développer à l'international pointant tous du doigt de façon concordante « le foisonnement des dispositifs de soutien à l'export », le plus souvent « insuffisamment personnalisés » se traduisant pour les entreprises par un système jugé « peu lisible et mal coordonné », le Gouvernement a sollicité l'expertise du directeur général de Business France invité à faire des propositions pour une nouvelle « stratégie pour le commerce extérieur ». Avec pour objectif de mettre un frein au creusement du déficit commercial français (62.3 milliards l'an passé) et d'augmenter le nombre d'entreprises exportatrices (en passant sur la durée du quinquennat de 125 000 à 200 000), le plan gouvernemental entend construire une « Team France Export » qui se traduira par la mise en place d'un guichet unique associant dans les régions, les équipes de Business France et des CCI. Cette simplification du dispositif de soutien à l'exportation est-elle connue des entreprises ? Force est de constater que les actions de communication et de sensibilisation en la matière devraient se poursuivre car 83% des chefs d'entreprise disent ne pas en avoir entendu parler. Parmi les 17% qui en ont eu connaissance, 6 % considèrent qu'ils ne voient « pas bien ce dont il s'agit ». Sur le principe, les dirigeants d'entreprise jugent que la décision de simplifier l'accès aux dispositifs de soutien à l'export via un guichet unique est une « bonne chose » (65% des avis), « sera efficace » (plus de la moitié des répondants), que cette simplification devrait permettre d'aider à exporter sur le long terme (pour 39 % des sondés) et, même, pour 30% des entreprises interrogées qu'elle « contribuera à redresser la balance du commerce extérieur ». A noter que ce sont les industriels et les entreprises de plus de 10 salariés qui expriment les opinions les plus positives. 
 

 

A découvrir l'intégralité des résultats de la grande consultation des entrepreneurs vague de mars 2018

 

Télécharger l'infographie de présentation des résultats de la grande consultation des entrepreneurs de mars 2018


(1) Sondage Opinionway réalisé par téléphone auprès de 603 dirigeants d'entreprise entre le 15 et le 21 mars 2018 dans le cadre de la Grande Consultation des entrepreneurs.  

 

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