Publié le 26/10/2016

Congrès du développement durable des CCI : de la prise de conscience à la création de valeur

Faire de l'engagement pour le climat une opportunité pour les entreprises et les territoires. Des solutions existent, les CCI en témoignent.

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La COP 22 au Maroc sera la COP des solutions après les engagements et objectifs de celle de Paris. Sur le terrain, les CCI travaillent à faire émerger des pratiques innovantes dans les entreprises en partenariat avec des collectivités territoriales. C'est l'un des enseignements du congrès du développement durable des CCI * qui s'est tenu le 18 octobre 2016 à Paris.

Le climat de la planète n'est pas au beau fixe et le baromètre de la perception par les entreprises des conséquences du réchauffement climatique sur leurs activités reste bloqué. Laurent BOPP, expert du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) et Directeur de recherche au CNRS, a pourtant à nouveau tiré la sonnette d'alarme.  « Il y a déjà eu des épisodes de réchauffement climatique importants dans le passé mais jamais aussi brusques ». Les conséquences de ce réchauffement climatique sont perceptibles un peu partout sur la planète : élévation des températures, augmentation du niveau des mers, érosion des zones côtières, rétrécissement de la banquise, cyclones et tempêtes aux impacts souvent dramatiques… La cause de ces dérèglements climatiques est connue. « Le premier facteur expliquant ce réchauffement climatique et l'accroissement de l'effet de serre depuis les deux cent cinquante dernières années c'est le gaz carbonique et le principal responsable de la production de CO2 c'est l'homme ! »

Mais, force est de constater, avec André Marcon, Président de CCI France, que « les chefs d'entreprise n'en sont pas encore persuadés ». A preuve : 78 % des chefs d'entreprise pensent que le climat aura peu d'impact sur leur action et 79 % des dirigeants n'envisagent pas d'actions à mener au sein de leur entreprise, selon le sondage « La grande consultation des entrepreneurs » réalisé par Opinionway pour le compte de CCI France, la Tribune et Europe1.

Il y a donc, encore et toujours, des actions de communication et de sensibilisation à conduire. D'ailleurs, comme le note Philippe DUTRUC, Président de la Commission Développement durable de CCI France, il est parfois nécessaire de préciser certains concepts. « 61% des entreprises considèrent comme flou le terme d'économie circulaire et 80 % l'associent à la seule gestion des déchets … n'envisageant pas la question sous la forme de la gestion des ressources ».  Cette focalisation sur la gestion des déchets se traduit, aussi note l'élu consulaire, par une prise de conscience relative de l'importance du gaspillage alimentaire en France qui représente pourtant 10 000 tonnes de produits jetés pour un coût de 16 milliards d'euros !

Ce travail de sensibilisation des acteurs économiques portent déjà ses fruits. « La COP 21 a renforcé la prise de conscience par les entreprises de l'importance des enjeux du climat et de ceux du développement durable » estime Philippe DUTRUC. Sur le terrain, les CCI accompagnent les entreprises et mettent en place avec les collectivités territoriales des dispositifs visant à donner de la cohérence et de la lisibilité à cette transformation nécessaire des comportements.

Car l'engagement des acteurs économiques en faveur du climat peut être, pour les entreprises, source d'opportunités, en termes d'économies mais aussi de gains liés, notamment, au développement de nouveaux modèles économiques plus innovants.

Christophe FOURNERIE, responsable du gîte « La cabourne » situé dans l'Allier, a ainsi pu réaliser avec le soutien de sa CCI un audit global, économique et environnemental, de son établissement et y mener dans la foulée des travaux d'aménagement et de rénovation. Il témoigne que « convaincre les clients d'un hébergement touristique de changer certaines de leurs habitudes pour limiter l'impact de leurs comportements sur l'environnement n'est pas facile » même si, note le dirigeant « les messages passent mieux via les outils connectés que l'on a développé avec des startups comme les outils de domotique pour la gestion de l'éclairage ou du chauffage par exemple ». Ou quand la révolution numérique booste la transformation énergétique et écologique. Au final, le responsable se réjouit : « Le développement durable c'est aussi bon pour le porte-monnaie du chef d'entreprise».

 Créer plus de valeur avec moins de ressources

Mais les CCI agissent aussi pour faire prendre conscience aux entreprises de leur vulnérabilité face aux aléas du climat afin de leur permettre de mieux gérer le risque climatique. C'est le sens de l'action CLIM'ABILITY qui associe la CCI d'Alsace et des chercheurs de huit universités françaises, allemandes et suisses. CLIM'ABILITY va ainsi très concrètement proposer aux entreprises désireuses d'atténuer leur « vulnérabilité climatique » une plateforme en ligne mise à leur disposition en novembre prochain et des pré-diagnostics.

Le congrès du développement du développement durable a été également l'occasion de mettre en exergue les nouvelles dynamiques territoriales à l'image du programme REV 3 (troisième révolution industrielle portée par les CCI des Hauts de France avec le soutien et l'appui du prospectiviste Jeremy RIFKIN) ou du dispositif TRIA (Troisième révolution industrielle et agricole en Pays de la Loire). Des actions structurantes conduites avec les Conseils régionaux pour expérimenter et développer de nouvelles formes de production et de gestion de l'énergie via notamment, pour ne citer que le cas de TRIA, des parcours à énergie positive (PEPS), la mise en place de réseaux intelligents de distribution de la production d'énergies renouvelables ou l'émergence de la filière de l'hydrogène pour de nouveaux modes de transport sobres en énergie.

Une révolution énergétique que vit également le Maroc  qui accueillera la COP 22, du 7 au 18 novembre prochains. Jean-Marie GROSBOIS, Président de la Chambre Française de Commerce et d'Industrie du Maroc, a d'ailleurs rappelé les objectifs ambitieux du royaume chérifien – 40 % d'énergies renouvelables en 2020 et plus de la moitié dix ans plus tard –  et cité des actions déjà mises en œuvre en matière d'équipements (création d'un quatrième parc éolien) et de formation (création d'un pôle de compétences sur les milieux atmosphériques). Après les objectifs fixés à la COP 21 de Paris, la COP 22 au Maroc se présente comme celle des solutions.

Créer de la valeur avec des valeurs

Autant de démarches qui visent à atteindre l'objectif central du développement durable : créer plus de valeur avec moins de ressources. Mais le colloque a aussi permis de réfléchir à des modèles économiques innovants qui visent à créer de la valeur avec des valeurs. Thomas BUSUTTIL du cabinet Utopies a ainsi démontré, avec moult exemples à l'appui, que la désintermédiation s'accélère dans notre économie à la faveur de la multiplication des solutions numériques et des objets connectés. « Une désintermédiation qui créée des opportunités de remédiation » rassure le consultant. Prégnance du numérique mais aussi modification des modes de consommation, des rapports à la propriété et au travail, les bouleversements sont nombreux et profonds. Pour les comprendre, il est utile de saisir l'évolution du rapport à la confiance dans notre société. Citant Rachel BOTSMAN, l'une des pionnières de la nouvelle économie, qui estime que « la confiance sera la monnaie du XXI ème siècle », Thomas BUSITTIL a rappelé que cette « confiance ne se bâtit plus comme avant sur la base de l'expertise, mais se construit dorénavant de manière communautaire». Ce qui invite nécessairement les entreprises à repenser leur modèle économique en repartant et en l'interrogeant de façon continue à l'aune des besoins du client (en mode agile) tout en s'appuyant bien évidemment sur les forces de l'entreprise. « La valeur est chez nous » : c'est en partant de ce principe que la Direction de l'innovation de la société d'assurance Aviva a pu lancer un programme associant ses collaborateurs volontaires (230 « innovacteurs ») et des startups pour développer de nouveaux services à ses clients comme par exemple des plateformes d'échange de matériels ou de covoiturage.

Un mode de fonctionnement collaboratif qui a également inspiré les promoteurs de la solution ACTIF portée par la CCI Midi-Pyrénées, une plateforme qui favorise les échanges de ressources énergétiques entre entreprises d'un territoire. Une solution dont les perspectives de développement reposent sur l'association des parties prenantes à l'usage de l'outil. Une preuve supplémentaire que les nouveaux modèles économiques s'ils s'appuient le plus souvent sur des solutions assez largement immatériels, ils doivent et sont, aussi, créateurs de lien social. Ou comme le rappelait François-Michel LAMBERT, Président de l'Institut de l'économie circulaire lors de l'AG des CCI, le 25 octobre 2016, « l'économie circulaire sera territoriale ou ne sera pas »

*Congrès organisé en partenariat avec le soutien de l'ADEME, d'Aviva, du Crédit Coopératif, d'Engie et de la CCI Paris ile-de France