Publié le 15/06/2015

Climat, énergie et biodiversité : appel à la mobilisation générale

« Le temps de la nature n'est pas celui des hommes : notre pollution nous allons la trainer pendant au moins 1000 ans ». C'est l'avertissement d'Isabelle Autissier, Présidente de WWF France.

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Avec trois sujets d'actualité - la préparation de la conférence pour le climat COP 21 et les lois sur la transition énergétique et sur la biodiversité – l'étape du Tour de France des solutions pour le climat à la CCI de Bordeaux a été riche d'enseignements et de découvertes. L'occasion aussi d'apporter une autre vision du développement  économique, soucieux de l'avenir de notre planète mais attentif à de nouveaux gisements d'activités.


«Le temps de  la nature n'est pas celui des hommes : notre pollution nous allons la trainer pendant au moins 1000 ans». L'avertissement d'Isabelle Autissier, Présidente de WWF France, sur les dégâts au long cours de nos comportements actuels, formulé lors de l'étape bordelaise du Tour de France des solutions pour le climat, le 28 mai 2015 à la CCI de Bordeaux, a eu le mérite de rappeler l'urgence de la situation. Et l'ex-navigatrice d'appeler de ses vœux un accord des chefs d'Etat du monde entier qui se réuniront à Paris en décembre pour la COP 21 « pour avoir encore une chance de corriger le tir et d'améliorer l'état du climat sur la planète d'ici 2050 ».

« Car si la situation climatique est grave » - fonte des glaciers, élévation du niveau de la mer, répétition des épisodes de tempêtes,  d'inondations mais aussi de sécheresses … – « elle n'est pas désespérée… à condition de se mobiliser collectivement » a encouragé Catherine Chabaud, la présidente d' « Innovations bleues » et initiatrice de ce Tour de France qui se clôturera  par la remise d'un livre bleu des solutions du littoral pour le climat à la fin de l'année lors de la COP 21.  Dans son sillage, Gilles Bœuf, Président du Muséum National d'Histoire Naturelle et membre du comité scientifique de la plateforme «Océans et Climat», a voulu, citant Edgar Morin, se montrer rassurant : « le futur n'est jamais joué… mais à condition de se retrousser les manches ». 

Repolitiser les enjeux

Avec deux leviers d'action utilisables : d'une part, le climat qui est, selon Gilles Bœuf, « le premier facteur de stabilité », stabilité tant recherchée par les acteurs économiques pour le développement de leurs activités et d'autre part, la repolitisation des enjeux du climat par la société civile via, par exemple, la plateforme « débat citoyen planétaire sur l'énergie et le climat » qui collecte dans 80 pays les idées et attentes du grand public sur l'avenir de notre planète.

De mobilisation des acteurs, il en a donc été question lors des deux tables rondes sur la transition énergétique et sur la biodiversité qui se sont succédé à la CCI de Bordeaux. Anne Walryck, la vice-présidente de Bordeaux métropole a ainsi passé en revue les actions de la capitale de l'Aquitaine, «  l'une des trois régions françaises les plus touchées par le changement climatique », région qui dispose du plus grand estuaire d'Europe, réserve ornithologique mais aussi  source potentielle d'énergie. Sachant que les villes consomment 75 % de l'énergie produite et émettent 80% des gaz à effet de serre, la métropole bordelaise s'est engagée dans des actions visant à réduire sa consommation énergétique (objectif – 38% en quatre ans) et à développer de nouvelles formes de déplacement plus douces (27% de la circulation en transport en commun et 15 % de déplacement à vélo d'ici 2020).

La métropole girondine initie également la mise en place de réseaux de capteurs de froid et de chaleur (la chaleur représentant la moitié de l'énergie utilisée en France) avec comme règle de conduite « d'utiliser la bonne énergie au bon endroit » à l'image de la captation et de la distribution de la chaleur produite par usine d'incinération ou du projet d'hydroliennes sur la Garonne.

Le Gecko adhère

Mais les gains d'énergie passent aussi par la « chasse aux gaspis ». C'est cette chasse aux gaspis, modernisée et en version digitale, que réalise la société Deepki, une jeune start-up de 9 mois et de 12 salariés, qui, au moyen d'algorithmes, analyse les consommations énergétiques des bâtiments et exploite ces « big datas » pour identifier les réserves d'économie d'énergie.

Mais l'innovation technologique peut aussi venir de la nature elle-même. Sylvain Boucherand, de l'association Humanité et Biodiversité, présidée par Hubert REEVES et partenaire de CCI France pour l'organisation du Tour de France de la biodiversité - démarche labellisée COP 21 par le Ministère de l'écologie et du développement durable - a illustré les innovations possibles  « en s'inspirant de la richesse et de la diversité du monde vivant,  et ce, pour créer de nouveaux objets ou de nouveaux services ». Cette définition du biomimétisme,  Sylvain Boucherand l'a traduite en exemples pour montrer l'exploitation potentielle des ressources de la nature.  Ainsi, en est-il de l'adhérence au sol du Gecko, une espèce de saurien vivant en Asie, et de ses ventouses très efficaces. Une performance susceptible d'inspirer les fabricants de ruban adhésif. La captation d'eau dans les zones arides peut aussi  s'enrichir de l'analyse de la morphologie et comportement d'un coléoptère du désert de Namibie qui récupère les précieuses et minuscules gouttes d'eau du brouillard matinal dans le désert  grâce à ses longs cils et à sa carapace. Un système astucieux de drainage de l'eau qui peut être utile à la conception de toits permettant de capter et de collecter l'eau dans des zones arides ou pour d'autres applications portant sur la conception de surfaces très hydrophiles ou à l'inverse très hydrophobes. Ainsi, en est-il enfin, de l'ingénieux dispositif de régulation de la chaleur des termitières qui, via des colonnes creusées le long des parois, favorise la circulation de l'air permettant d'abaisser la température intérieure de l'habitat des termites.

Le cinquième élément

La nature est riche d'enseignements pour les hommes qui ont redécouvert le principe fondamental du cycle de la vie dans la nature traduit en maxime par Lavoisier : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Une maxime qui ouvrir des perspectives nouvelles permettant de revitaliser notre économie. Ainsi, les coopérations entre organismes vivants et l'exploitation des déchets des uns pour en faire les ressources des autres, sont les principes directeurs qui guident l'économie circulaire.

Mais le potentiel de découvertes et de croissance est aussi parfois insoupçonné parce qu'invisible à l'œil nu. « Le plancton, premier maillon de la chaîne alimentaire marine, contient dans ses gênes la totalité de l'arbre du vivant, soit pas moins d'un milliard de barcodes » a expliqué Colomban de Vargas, Directeur de recherche de la station biologique de Roscoff et coordinateur scientifique de Tara Océans. C'est dans le cadre de l'expédition « Tara, un navire pour la planète », et grâce à l'analyse génétique de 5000 premières données (sur les 35 000 collectées au total) que le référencement de nombre de protistes, très présents dans le plancton mais encore largement méconnus, a pu être réalisé.

Sachant que 13 % des espèces vivantes déjà révélées à ce jour se trouvent dans les océans, la découverte et l'étude du cinquième élément du vivant (bien moins connu que les quatre autres : plantes, animaux, bactéries et virus) sont essentielles à l'analyse de l'interface entre les organismes et leur environnement.

C'est cette même logique et ce même objectif de mesure les dépendances des structures sur leur environnement qui préside à la protection de la biodiversité sur terre incluant notamment les activités économiques. Depuis la Loi du 10 juillet 1976, de protection de la nature, élargie et renforcée à l'occasion du Grenelle 1 en 2009, tout projet d'aménagement ayant des impacts sur  l'environnement doit en effet comporter des mesures pour «Eviter, Réduire, et Compenser».

Avec ce même objectif de sensibilisation des entreprises à l'importance de la biodiversité et à la prise de conscience de leur dépendance vis-à-vis de leur environnement, le réseau des CCI participe à la promotion et au déploiement de l'outil d'autoévaluation EBEvie (Evaluation de la Biodiversité en Entreprise) du Ministère de l'écologie et du développement durable déjà utilisé par plus de 1000 entreprises. A la faveur de ce dispositif d'évaluation gratuit les entreprises sont invitées à éviter, réduire et compenser leurs impacts sur l'environnement. Et idéalement à intégrer la biodiversité dans leur stratégie de développement économique.

Vidéo

Jean-Daniel CAILLET, élu de la CCI de Bordeaux et membre de la commission développement durable de CCI France donne sa vision de ces trois sujets d'actualité dans lesquels le réseau des CCI est impliqué.

Pour en savoir plus, à lire également

- "Un océan en bonne santé, c'est un climat régulé" : A mi-parcours de son «Tour de France à la voile des solutions pour le climat »  lancé tout début avril à Monaco, Catherine Chabaud fait un premier bilan de l'opération.

- Interview d'Emmanuel DELANNOY "Economie circulaire : innover pour resynchroniser économie et écologie" : Pour aller au-delà du célèbre adage « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », Emmanuel DELANNOY, directeur de l'Institut INSPIRE présente les finalités et ressorts de l'économie circulaire.

 

 

 

La « plateforme Océan et Climat » est une structure regroupant des organismes scientifiques, des universités, des institutions de recherche, des associations à but non lucratifs, des fondations, des institutions publics et des associations d'entreprises nationales et internationales. Avec pour objectif de sensibiliser le grand public et les décideurs au rôle fondamental que les océans jouent dans l'équilibre du climat.