Publié le 27/03/2017

Grande consultation des entrepreneurs : quand le désenchantement gagne du terrain…

Confiance en berne, inquiétude en hausse, doutes quant à la pertinence des programmes économiques des candidats à l'élection présidentielle, les patrons ont le blues…

 

Avec un niveau d'optimisme historiquement faible depuis le lancement du baromètre de la grande consultation des entrepreneurs en février 2015 (quasiment au stade de celui de juin 2016), le moral des chefs d'entreprise, sondés par Opinionway pour le compte de CCI France, La Tribune et Europe 1 (*), est au plus bas. Le pessimisme gagne les dirigeants des plus petites entreprises (-3 points) et, plus encore, les entreprises de plus de 10 salariés qui affichaient pourtant le mois dernier un niveau d'optimisme élevé (niveau 116) et qui accuse le coup ce mois-ci avec un indice situé à 105.

 

Moins optimistes (-8 points), les patrons sont actuellement surtout plus inquiets (+3 points) et moins confiants (-8 points).

Conséquence logique, dans le contexte actuel, ils se tournent majoritairement vers le passé (47%  estiment que « c'était mieux hier », en progression de 9 points) et s'affligent de la situation présente (- 6 points avec 18%) sans pouvoir espérer que « demain sera mieux » (30%, soit une baisse de 6%).

 

 

 

 

 

 

Dès lors, l'avenir économique s'en ressent. Depuis le mois de novembre, la confiance des dirigeants dans le futur de leur entreprise est en baisse continue (de 70% en novembre à 59% ce mois-ci). Il en est de même depuis le début de l'année en ce qui concerne l'avenir de l'économie française (21% d'indice de confiance en mars) et de l'économie mondiale (26% ce mois-ci). Appréhendant l'avenir, les chefs d'entreprise – à l'exception notable de près d'un tiers des répondants des dirigeants de structures de plus de 10 salariés prêts à recruter – entendent surtout maintenir leurs effectifs.

Et pourtant, la période électorale actuelle devrait être propice aux espoirs nourris de promesses… Constatant la faiblesse de la campagne pour l'élection présidentielle et regrettant le climat délétère des affaires qui la pollue, les chefs d'entreprise, interrogés sur la valeur qu'ils accordent au programme économique des candidats, sont pour le moins sceptiques. Le constat est sans appel : une majorité d'entre eux (43%) est déçue par l'offre des cinq principaux candidats. Aucun, selon eux, ne propose une politique économique meilleure que celle de ses concurrents ! S'ils ne convainquent pas, les candidats donnent-ils l'impression d'être à l'écoute des préoccupations de ceux qui sont considérés comme les « forces vives de la nation » ? A l'occasion de la campagne électorale, les chefs d'entreprise s'estiment-ils écoutés, voire entendus ? Là encore, les dirigeants d'entreprise sont majoritairement déçus (41%). Pis, alors que le Président Hollande ne se représentera pas, 39 % des patrons interrogés affirment ne voir dans aucun des candidats en lice, une incarnation du changement en matière économique. 41% des sondés pensent qu'aucun des prétendants à la fonction présidentielle n'est en capacité de réformer l'économie en France !

Invités à choisir parmi les cinq principaux candidats (François Fillon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon), les patrons manifestent une préférence pour le candidat des Républicains qui obtient des scores situés entre 23 et 26% sur les questions évoquées ci-dessus.

 

Pour aller plus avant dans l'analyse par les entreprises des programmes des candidats, les patrons ont jugé la crédibilité d'une sélection de mesures économiques et se sont exprimés sur leur adhésion à ces propositions.

Si François Fillon réussi à faire adhérer 77% des dirigeants d'entreprise à son idée d'aligner le taux d'impôt sur les sociétés très élevé en France (33,3% contre 29,6% en Allemagne et 20% au Royaume-Uni) sur celui de la moyenne des pays européens comparables, il ne remporte que 54% des suffrages quant à la crédibilité accordée à cette mesure. C'est une proposition du candidat d'En Marche !, Emmanuel Macron, - celle qui vise à « accorder une indemnisation chômage aux entrepreneurs ayant enregistré cinq années d'activité » - qui est classée en tête tant du point de vue de l'adhésion (93%) que du crédit octroyé au dispositif (77%). Il est pourtant à préciser que les chefs d'entreprise peuvent actuellement s'assurer librement contre le risque d'un arrêt de leurs ressources du fait de la cessation de leur activité (même si, pour l'heure, seuls 14% des entrepreneurs ont fait ce choix).

Suivent ensuite au classement des mesures économiques suscitant le plus d'adhésion, deux propositions du Front National : « réserver des commandes publiques aux entreprises françaises si l'écart de prix est raisonnable » (83% de taux d'adhésion) et « créer un dispositif premier emploi qui exonère totalement de charges la première embauche d'un jeune de moins de 21 ans par une entreprise et ce, pour au moins deux ans » (81%). Si la première mesure mériterait d'être confrontée aux principes du Droit communautaire de libre concurrence et aux décisions de la jurisprudence européenne, elle est cependant jugée crédible par 64% des sondés. La proposition relative à l'embauche des jeunes étant jugée plus réaliste (70% d'opinions favorables).

 

Autre fait d'actualité, l'Organisation Mondiale du Tourisme a décrétée 2017, année mondiale du tourisme durable, un événement auquel le réseau des CCI s'associe.  La vague d'enquête du mois de mars a donc été l'occasion d'évaluer la sensibilité des chefs d'entreprise à ce thème. Si 80% des dirigeants jugent que le tourisme durable, dont la finalité est la prise en compte des impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs,  est un enjeu important (contre 14% d'avis contraires), la concrétisation de cet engagement dans les pratiques des entreprises est nettement moins automatique. Quand on interroge les patrons sur la place qu'ils accordent à la Responsabilité Sociale d'Entreprise (RSE) dans l'organisation de leurs événements d'entreprise (colloques, séminaires…), dans leur « politique voyages » ou dans le choix de leurs fournisseurs, près de 40% des entreprises s'estiment non concernées par la question et un tiers considère la RSE comme « secondaire ou pas importante » (27% seulement lui accordent de l'importance). A noter que parmi les convaincus, l'adhésion varie considérablement en fonction de la taille des entreprises. Les plus de 10 salariés sont deux fois plus sensibles à l'intégration de cette stratégie de maîtrise et de préservation des ressources énergétiques, environnementales et sociales dans leur activité que les moins de dix salariés. Inversement et logiquement, ceux qui s'estiment « non concernés » sont surtout les dirigeants de petites structures (39% contre 19% pour les plus de 10 salariés).

Et pour l'avenir, à l'horizon des dix ans à venir, la part des entreprises qui voient dans cette thématique un enjeu stratégique est encore très minoritaire (11% d'avis positifs, prioritairement au sein des structures de plus de 10 salariés). Plus de la moitié des sondés (54%) pense le contraire. A noter qu'un quart d'entre eux prévoit que, devenue une obligation réglementée, la question ne se posera plus. Une opinion qui, d'une certaine façon, accorde du crédit au rôle des politiques….

 

A découvrir l'intégralité des résultats de la seizième vague de la Grande Consultation des Entrepreneurs

 

(*) Sondage Opinionway réalisé par téléphone auprès de 604 dirigeants d'entreprise entre le 6 et le 21 mars 2017 dans le cadre de la Grande Consultation des entrepreneurs.

 

GRANDE CONSULTATION

CHEFS D'ENTREPRISE : VOTRE AVIS NOUS INTERESSE

Exprimez-vous ! CCI France invite tous les entrepreneurs qui le souhaitent à donner leur avis sur des sujets d'actualité qui concernent directement leur activité. Des sujets de questionnements que nous vous proposons mais aussi des thématiques que vous souhaitez voir aborder.

En savoir plus et participer à cette grande consultation