Publié le 28/10/2016

Grande consultation des entrepreneurs : Des chefs d'entreprise insatisfaits et inquiets

Les chefs d'entreprise manifestent une forme de crispation tant sur le bilan économique du Gouvernement que sur les perspectives de développement de l'économie de leur entreprise.

 

Revirement après les orientations positives de la vague de consultation de la rentrée, les entrepreneurs interrogés au mois d'octobre affichent leur déception au regard des mesures économiques du Gouvernement et un manque de confiance et d'optimisme face à l'avenir, y compris celui de leur propre entreprise.

Avec une hausse de 0.2 point au troisième trimestre et même si la baisse du chômage se confirme, la croissance ne sera pas au niveau espérée en fin d'année. Un signe supplémentaire que la reprise économique tant attendue s'éloigne encore. Une conjoncture qui ne laisse pas d'inquiéter les chefs d'entreprise sondés au mois d'octobre par l'institut Opinionway pour le compte de CCI France, La Tribune et Europe 1 (*).

Alors que lors des précédentes vagues de sondage, les dirigeants d'entreprise témoignaient avec constance de leur optimisme dans l'avenir de leur entreprise (à défaut de pouvoir partager cette opinion avec la même régularité sur les perspectives de croissance de l'économie française et mondiale), leur confiance s'effrite au mois d'octobre et baisse de deux points en ce qui concerne le futur de leur entreprise, de huit points pour celui de l'économie française et 12 points pour l'économie mondiale.

 

La confiance dévisse et l'indicateur du sondage qui mesure l'optimisme des sondés s'en ressent naturellement ; il est en baisse de sept points en octobre après une progression de 14 points le mois précédent.

Avec un niveau de 105, il retrouve quasiment celui du mois d'avril. Le nombre de dirigeants d'entreprise qui se déclarent optimistes est en recul de trois points (30% seulement dans ce cas de figure) avec que le pourcentage de ceux qui se considèrent comme «  méfiants » (+3 points) progresse et celui de ceux qui se disent « confiants » chute (-6 points).

 

 

 

 

Dès lors, il n'est donc pas étonnant de constater que les sondés regardent avec le sourire dans le rétroviseur (+4 points « c'était mieux avant ») et avec inquiétude devant eux (+5 points « ce sera mieux demain »).

Par voie de conséquence, le rapport à l'innovation, aux investissements qu'elle nécessite et surtout à l'état d'esprit qui l'engendre, s'en ressent. 26 % des sondés (en progression de 4 points) la considèrent comme une prise de risque quand 24 % (en recul de trois points) estiment qu'elle est « une condition de survie pour l'entreprise ».

Le maintien des embauches pour les 12 mois à venir qui était une tendance constante du sondage, baisse de deux points. Deux points qui se répartissent cependant et équitablement entre ceux qui pensent embaucher (+1 point) et ceux qui pensent réduire leurs effectifs (+1 point)….

En revanche, les avis des chefs d'entreprise interrogés sur le bilan du Gouvernement en matière économique sont sans appel et sans surprise. 7 % seulement le jugent positif pour la relance de l'emploi, 11 % pour la modernisation de l'économie et 16 % pour la simplification des procédures par l'Etat.

 

Et pour redresser la barre il n'y a, très clairement, qu'une seule mesure à retenir : la baisse des charges. Près des ¾ des dirigeants d'entreprise (73% exactement) l'appellent de leurs vœux bien avant des mesures fiscales (13%) ou celles favorisant le financement des entreprises (4%) ou, plus encore, celles visant les conditions du licenciement (3%). En mai dernier, ils étaient 68 % à plaider pour la poursuite de la baisse des charges sociales, un mouvement enclenché par les mesures du pacte de responsabilité et celles du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) dont les effets se font déjà sentir dans la trésorerie des entreprises qui recouvrent peu à peu leurs marges.

Il est à noter que le Gouvernement, conscient de la nécessité de rendre plus aisée la vie des entreprises - et qu'il y a encore « trop de normes et trois de textes » de l'aveu du Secrétaire d'Etat chargé de la Réforme de l'Etat, Jean-Vincent PLACE – vient de décider de prolonger de six mois la mission du conseil de simplification pour les entreprises qui devait initialement se terminer en janvier prochain. Un enjeu essentiel pour les entreprises. Selon une étude du cabinet Ernst and Young, les 415 mesures du choc de simplification déjà décidées devraient faire économiser « plus de cinq milliards d'euros par an » aux entreprises françaises.

 

Simplification encore que… La décision de faire prélever les impôts à la source est décriée par les organisations patronales qui voient dans cette collecte de l'impôt par les entreprises une charge supplémentaire de travail et de la « paperasse en plus ».

Interrogés sur la mise en œuvre de cette mesure dans leur entreprise, les entrepreneurs sondés n'ont pas une opinion aussi tranchée sur cette question.

S'ils sont logiquement et majoritairement pas préparés à la mise en place de cette mesure annoncée pour le 1er janvier 2018 (69% pas préparés contre 24% déjà prêts), les dirigeants d'entreprise n'y sont pas aussi opposés qu'on pouvait le penser. Ils sont 45 % à y être défavorables mais 48 % à voir cette mesure d'un bon œil.

 

 

 

Autre surprise, le jugement des dirigeants d'entreprise sur la digitalisation de leur entreprise. Les trois quart des sondés déclarent que cette transition numérique va « se faire naturellement au fil de l'eau » sans formation du personnel, ni recrutement. Seuls 18 % comptent former leurs équipes et 7 % embaucher de nouveaux collaborateurs spécialistes du digital.

Des opinions en contradiction avec d'autres études sur la digitalisation des entreprises françaises. Celle du cabinet Mac Kinsey (2) pointait clairement du doigt les freins et difficultés à la transition numérique dans les entreprises. Après les rigidités organisationnelles qui entravent la digitalisation (principal obstacle à cette transformation), 31 % dirigeants interrogés invoquent un déficit de compétences numériques et des "difficultés dans la gestion du changement" (12%). De la même façon, l'édition 2016 du baromètre CNP Assurances, portant sur le digital dans les TPE,  constate que près de 60% des dirigeants de TPE sondés font appel (ou ont l'intention de le faire) à un spécialiste externe pour les accompagner dans le développement  digital de leur structure.

A noter enfin, que l'impact de cette révolution numérique, pourtant annoncée comme globale et massive, affecte inégalement les entreprises. La simplification des process de comptabilité et celle de gestion (respectivement 43%  et 42% des réponses) sont, devant les achats (39%) et le marketing (36%) et bien loin des ressources humaines (19% seulement), les domaines les  plus concernés par cette transformation technologique et organisationnelle.


A découvrir l'intégralité des résultats de la treizième vague de la grande consultation des entrepreneurs

 

(1) Sondage Opinionway réalisé par téléphone auprès de 602 dirigeants d'entreprise entre le 3 et le 20 octobre dans le cadre de la Grande Consultation des entrepreneurs.  

(2) Rapport Mac Kinsey : Accélérer la mutation numérique des entreprises : un gisement de croissance et de compétitivité pour la France. Septembre 2014.

 

 

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