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Publié le 24/04/2015

Interview d'Audrey Sovignet, 30 ans, fondatrice et dirigeante de la start up « I Wheel Share » : « Parler autrement du handicap »

La lauréate du prix CCI France de la start-up de l'année raconte son parcours, sa première entreprise, et sa vision positive du handicap.

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La lauréate du prix CCI France de la start-up de l'année raconte son parcours, sa première entreprise, et sa vision positive du handicap.

 

CCI France : Pouvez-vous  présenter votre parcours et ce qui vous a conduit à développer cette application dédiée au handicap ?

Audrey SOVIGNET : « Le projet est né en janvier 2014 alors que j'étais en formation de programmation informatique et application mobile chez simplon.co à Montreuil. En mars, j'ai remporté un prix au concours Biilink, un réseau social d'entraide à la création d'entreprise, prix qui était doté d'une récompense dont l'octroi était conditionné à la création d'une entreprise. C'est comme ça que je suis entrée dans le monde de l'entrepreneuriat.  Pourquoi une application spécifiquement dédiée au handicap ? Il y a trois ans, suite à un accident de la route, mon petit frère est devenu paraplégique. A sa sortie du centre de rééducation, il a été confronté à des problèmes de la vie quotidienne parfois cocasses, parfois nettement moins agréables. Pour l'accompagner dans sa nouvelle vie, je cherchais de l'information sur l'accueil des personnes en situation de handicap. Le premier constat que j'ai fait c'est que les témoignages des handicapés sur leurs difficultés dans la vie de tous les jours, étaient très éparpillés sur Internet, pas simples à trouver et donc peu visibles.  C'est comme ça que j'ai eu l'idée de créer « I Wheel Share », une application mobile permettant de rassembler dans un premier temps tous ces témoignages sur une même plateforme en ligne puis de géolocaliser précisément les difficultés de mobilité ou les facilités de déplacement rencontrées par ces témoins. Notre volonté est en effet de parler autrement du handicap, de façon plus positive. »

 

CCI France : Au moment où vous avez lancé votre projet existait-il d'autres applications ou services accessibles en ligne favorisant la mobilité des personnes à mobilité réduite ?

A.S : « Il y avait deux applications. « J'accède », une solution française qui se présente comme un guide pratique des lieux listant et notant les lieux accessibles.  Pour notre part, il nous semblait aussi important de signaler les endroits qui ne le sont pas. Mieux vaut en effet savoir à l'avance, avant de s'y rendre, s'il y a des rampes d'accès pour entrer ou si, par exemple, il y a des toilettes adaptées. Par ailleurs, nous ne voulions pas limiter nos informations aux seuls lieux recevant du public mais traiter aussi de l'espace public en donnant la parole aux utilisateurs de l'application pour qu'ils livrent librement leurs avis sur des trottoirs ou bus inaccessibles en fauteuil roulant. L'autre application, « Wheelmap », d'origine allemande, utilise des données en open data, pour présenter l'offre en toilettes et parkings adaptés ou non aux fauteuils roulants à proximité. « I Wheel Share »  n'est donc pas une solution innovante en soi mais nous pensons qu'elle innove par la connexion des différents services qu'elle propose. Notre ambition, à terme, est faire également de notre plateforme un espace de communication entre personnes handicapées pour rompre leur isolement. »

 

CCI France : Il y a encore beaucoup à faire pour faciliter l'accessibilité des lieux accueillant du public aux handicapés. Comptez-vous sensibiliser les acteurs concernés à l'aide de votre application ?

A.S : «Oui, bien sûr. Et pour cela, on va relayer via twitter les informations sur les lieux pas encore accessibles.Ca permettra d'alerter les utilisateurs et de sensibiliser les propriétaires ou gestionnaires des lieux. Mais notre parti pris est surtout de les inciter de façon positive en trouvant des moyens originaux pour faire changer les pratiques. On va notamment proposer à des commerces, bars ou restaurants pas encore équipés pour l'accueil de personnes à mobilité réduite, d'organiser un événement d'anti-boycott. Avec le soutien de la communauté Carrotmob qui lance des campagnes de mobilisation citoyenne - pour l'heure, essentiellement sur des thématiques écologiques - , nous allons créer des rendez-vous pour faire venir le maximum de membres de la communauté dans le commerce, le bar ou le restau participant avec pour objectif qu'une partie des recettes générées par la soirée serve à financer une première étape de la transformation des lieux afin d'améliorer son accessibilité en l'équipant par exemple d'une rampe en kit ou en réalisant un menu en braille pour la clientèle non voyante. On valorisera ce lieu sur notre appli et via les réseaux comme étant plus sensible à la cause du handicap. C'est du gagnant-gagnant ! C'est d'ailleurs sur ce même mode que nous nouons des partenariats avec des associations spécialisées comme l'Association des Paralysés de France ou avec la SNCF ; en informant plus qu'en dénonçant.»

 

CCI France : Quel est le modèle économique de votre start-up ?

A.S : « Trois sources de revenus ont été identifiées à ce jour. La première c'est la valorisation d'événements sportifs ou culturels en lien avec la question du handicap en fournissant des informations pratiques sur leur organisation et en offrant la possibilité au public de laisser des commentaires en direct sur le déroulement de la manifestation. La deuxième source de revenus porte sur l'emploi des handicapés. Elle reposera sur la géolocalisation des demandeurs d'emploi en situation de handicap et le recensement de leurs compétences via des hashtags et des liens vers leur profil Linkedin pour une mise en contact avec des entreprises en recherche de candidats qui seront, elles aussi, cartographiées. La troisième source de revenus passera par la création d'une « marketplace » réservée à des vendeurs de produits ou de prestations de service de tous types pour la clientèle en situation de handicap. Mais avec pour critère de sélection, le choix de produits ou services attractifs et avec une image et un look plus jeune que les équipements de la catégorie « sanitaire et sociale » qui sont le plus souvent proposés aux handicapés… Cela pourra être, par exemple, des articles de mode adaptés ou - moins chers - adaptables à la clientèle handicapée. Il y aura aussi une offre de loisirs de sports extrêmes accessibles aux personnes à mobilité réduite. Je signale enfin que nous lançons début mai 2015 une campagne de crowdfunding sur le site ULULE pour recueillir des soutiens complémentaires. »

Propos recueillis par Gilles DANIEL, CCI FRANCE


Pour en savoir plus : http://www.iwheelshare.com/