Dans un contexte économique qui s’annonce de plus en plus difficile, quelle est l’attitude des porteurs de projets entrepreneuriaux vis-à-vis de l’activité salariée ? Le salariat gagne-t-il en attractivité auprès de ses populations par la sécurité qu’il représente ou au contraire apparaît-il comme une alternative moins viable et prometteuse que la création ou la reprise d’entreprise ? Le salariat et la création d’entreprise sont-ils diamétralement opposés dans les motivations qui les sous-tendent ou sont-ils réconciliables pour certains porteurs de projet ?
Une diversité d’expériences de l’activité salariée
Dans un contexte du marché du travail difficile (9,3% de chômeurs au 3ème trimestre 2011 selon l’INSEE), la création ou reprise d’entreprise peut être une volonté forte de la part du porteur de projets pour créer son activité ou être un choix par défaut, faute d’avoir trouvé un emploi salarié. Dans tous les cas, la comparaison avec l’alternative du salariat se fait et c’est selon l’expérience qu’ils en ont que les porteurs de projets se positionnent sur cette question.
Le temps passé en tant que salarié, le secteur d’activité dans lequel ils ont exercé et le poste qu’ils ont occupé influencent tous la perception que les porteurs de projets ont du salariat. C’est ce qui en mènent certains à mettre en place leur projet depuis un poste salarié et d’autres à quitter leur emploi pour monter leur projet. C’est également ce qui mène certains inactifs à choisir de créer une entreprise plutôt qu’à chercher à (ré)intégrer le salariat. Et d’autres encore à chercher à concilier salariat et création d’entreprises à court ou moyen terme.
Une prééminence du projet de création/reprise pour tous ; une compatibilité avec l’activité salariée pour certains
Les porteurs de projets qui mènent de front la mise sur pieds de leur projet et une activité salariée (45% des porteurs de projets) déclarent en majorité qu’ils n’envisagent pas de poursuivre une activité salariée en parallèle à leur future entreprise (62%). Cela dit près d’un tiers d’entre eux (31%) seraient prêts à le faire – et ce essentiellement pour « tester leur projet en toute sécurité » ou, lorsqu’il s’agit d’une activité salariée dans le même secteur que l’entreprise en cours de création, pour « continuer à profiter de leur réseau professionnel ».
Les porteurs de projets qui sont demandeurs d’emploi sont, pour leur part, moins tranchés dans leur comparaison du salariat et de la création/reprise d’entreprise. Si un emploi salarié leur était proposé, 50% des porteurs de projets demandeurs d’emploi l’accepteraient (jusqu’à 59% pour les auto-entrepreneurs), 45% le refuseraient et 5% hésiteraient. Pour eux, le projet de création reste clairement prioritaire : accepter un emploi salarié tout en poursuivant son projet est envisageable pour 47% de ces porteurs de projets inactifs là ou seuls 3% envisagent d’accepter l’emploi salarié et d’arrêter leur projet de création.
Revenus salariés, revenus de créateurs/repreneurs : la perception des porteurs de projets
La plupart des porteurs de projets imaginent qu’ils gagneront à terme plus d’argent qu’en étant salarié (49%), voire autant (27%). C’est surtout le cas de ceux qui occupent ou ont occupé des fonctions intermédiaires, des postes d’employés ou d’ouvriers – là où les cadres sont moins optimistes pour leurs revenus.
Cependant, « la possibilité de gagner plus d’argent » n’est la motivation déclarée que d’un faible nombre de porteurs de projets (6%). Ils cherchent plutôt « la possibilité de vivre de sa passion, un moyen de se réaliser » (29%), une façon d’« être indépendant » (21%), ou encore, « un moyen de gagner sa vie, de travailler » (21%, jusqu’à 24% pour les inactifs).
L’expérience de la création/reprise : une plus value pour le retour au salariat ?
Avant de se lancer dans un projet de création/reprise, la question des impacts de ce choix sur un éventuel retour au salariat est souvent posée. Les recruteurs seront-ils sensibles aux compétences transférables acquises en cours de route ou cette expérience va-t-elle plutôt générer des réticences chez les recruteurs ?
Pour une large majorité des porteurs de projets, l’expérience d’une création d’entreprise peut intéresser les recruteurs (68%), et ce parce qu’elle démontre une panoplie de compétences : la capacité à assumer des responsabilités, à gérer un projet, à agir en complète autonomie et à prendre des décisions. Cette vision de la création comme une plus value pour le retour au salariat est partagée en particulier par les cadres (74%) et les porteurs de projets les plus scolarisés (Bac + 2 : 75%).
En revanche, pour certains porteurs de projet – certes moins nombreux – le passage par la création ou la reprise d’entreprise peut également être handicapant et inquiéter les futurs recruteurs. C’est la perspective d’un tiers des porteurs de projets (34%) : ils anticipent des inquiétudes de la part des recruteurs qui pourraient « penser qu’[ils] accepterai[en]t mal la hiérarchie » (23%) « croire que l’emploi salarié n’est qu’une solution temporaire pour [eux] » (21%), « avoir peur qu’[ils] prenne[nt] trop d’initiatives » (18%) ou encore « craindre qu’[ils] se désintéresse[nt] » (14%).
Conclusion :
Les porteurs de projets actuels sont déterminés à mener leurs projets à bien et seuls très peu d’entre eux seraient prêts à renoncer à leur projet pour une activité salarié. Pour autant, création/reprise et salariat ne sont pas incompatibles pour tous ; certains envisagent de les cumuler, ne serait-ce que pour se donner le temps de tester leur nouvelle entreprise.
La création d’entreprise est également compatible dans le temps avec un retour futur au salariat pour une majorité d’entrepreneurs : ils considèrent que les compétences dont cette expérience fait preuve sont plus nombreuses que les inquiétudes qu’elle est susceptible de générer auprès des recruteurs.
Certes, les porteurs de projets se font parfois quelques illusions sur leurs revenus à venir, mais les bénéfices qu’ils recherchent sont plus larges : ils englobent l’acquisition de compétences nouvelles et le vécu d’une expérience que le salariat n’est, à leurs yeux, pas à même de leur procurer.
Note méthodologique
Analyses réalisées sur la base de 4167 répondants à un questionnaire papier auto-administré, rempli entre avril et septembre 2011 dans le cadre de l’Observatoire Permanent des Porteurs de Projet d’entreprise ACFCI- OpinionWay.