Comment développer une énergie
entrepreneuriale collective pour les entreprises de Loire-Atlantique
? Cette question stratégique a pour prémices
trois constats. Tout d’abord, la concurrence n’exclut
pas le partage de données. Ensuite, la performance
de l’entreprise dépend aussi de la performance
des territoires dans lesquels elle s’inscrit, notamment
de la qualité des zones d’accueil comme des liaisons
aériennes ou ferroviaires. Enfin, lorsque les marchés,
les clients, les concurrents sont internationaux, il faut
faire de plus en plus de benchmarking, échanger et
maîtriser l’information.
Pour une CCI, il y a plusieurs façons de répondre
à ces nouvelles exigences. La plus évidente
: être à l’écoute des entreprises.
A nous d’être leurs représentants naturels
dans nos départements, ce qui n’est pas toujours
le cas, car nous faisons face à la concurrence des
collectivités territoriales qui cherchent parfois à
être les interlocuteurs directs des entreprises. Nous
devons en outre favoriser la proximité du service aux
entreprises pour plus d’efficacité.
Après avoir mené cette réflexion, nous
avons décidé de créer une Maison des
associations. Son nom officiel n’est pas encore arrêté
mais l’idée est de rassembler dans un même
lieu les chefs d’entreprise du département déjà
engagés dans des associations ou des réseaux
de chefs d’entreprise : CJD, jeune chambre économique,
clubs… Ce projet répond à leur souhait
souvent formulé d’échanger plus et mieux
entre eux. La Maison des associations, qui correspond précisément
à un nouveau souhait de jouer collectif, a plusieurs
rôles. Le premier est d’ordre politique. Nous
souhaitons que les chefs d’entreprise viennent plus
facilement vers nous. Le deuxième objectif relève
de l’esprit de service : nous proposons aux chefs d’entreprise
des ressources humaines partagées pour l’ensemble
de leurs associations. Enfin, nous mettons à leur disposition
des lieux pour des réunions de travail et des salles
pour leur personnel.
La Maison des associations sera inaugurée début
2006. Je précise qu’elle est située derrière
la CCI dans une rue qu’on va baptiser la rue de l’entreprise
et qu’elle est attenante à la Maison de la création
d’entreprise. Cet endroit sera une sorte de guichet
unique pour le futur créateur. Notre idée est
de faire école au sein du département et de
développer ce type de lieu dans toutes nos villes qui
ont des associations à fédérer comme
Ancenis ou Chateaubriand.
Bruno
Hug de Larauze, PDG de MTTM La Fraternelle, Président
de la CCI de Saint-Nazaire, pilote du Pôle Marine Loire-Atlantique
Saint-Nazaire : 120 entreprises unies pour gagner des marchés
Saint-Nazaire, vous le savez tous, c’est un chantier
naval qui subit une concurrence terrible et qui a tous ses
sous-traitants au pied du chantier. Or, vu les variations
de l’activité – en 5 ans, la production
des chantiers a été multipliée par 2
puis divisée par 2 – il est apparu essentiel
aux grands donneurs d’ordres industriels de l’estuaire
que leur centaine de sous-traitants gagne leur autonomie.
Cette démarche supposait de faire travailler tous ces
chefs d’entreprise ensemble. Dans nos CCI, nous les
avons aidés à prendre du recul pour faire de
l’analyse stratégique. Aux termes de plusieurs
centaines de rencontres, nous avons compris qu’ils avaient
une stratégie à mener, s’adresser ensemble
à des nouveaux marchés. En parallèle,
en effet, le marché de la croisière explosait.
Les donneurs d’ordres ont alors passé le marché
suivant avec leurs sous-traitants : “Nous vous donnons
du volume d’activité en plus, mais vous serez
moins chers et plus compétents”. Objectif : les
rendre plus compétitifs dans un marché mondial
du paquebot. Comment ? En développant leur productivité
et notamment leur capacité à créer des
cabines préfabriquées, à traquer des
économies dans leur chaîne de production et à
mutualiser leurs coûts de veille à l’étranger.
Dans cette action, la CCI qui redoutait les pertes d’emplois
a eu un rôle majeur de soutien des sous-traitants. Lorsque
le temps de la décrue d’activité des chantiers
est arrivé, le risque de chômage était
extrêmement fort. Pour nous, le test crucial de la solidarité
des entreprises du Pôle Marine portait sur leur capacité
à faire des réponses communes à un appel
d’offres. Or, les sous-traitants ont été
non seulement capables de répondre ensemble aux appels
d’offres mais ils ont également développé
de nouveaux produits, comme les éoliennes de petite
puissance, et mené une véritable réflexion
sur leur savoir-faire technologique. C’est un enjeu
très fort.
Il y a aujourd’hui au Pôle Marine 11 brevets en
cours d’étude et 27 nouveaux produits en cours
d’élaboration. La plupart des PME sont désormais
référencées chez le principal concurrent
étranger des Chantiers de l’Atlantique. L’association
pilote également le partage des informations glanées
par chacun dans ses missions auprès de constructeurs
européens ou américains. C’est également
une mission collective qui assurera la présence du
Pôle et de la CCI au salon de Miami. Le Pôle est
devenu l’interlocuteur des collectivités territoriales.
Malgré la réduction par 2 de l’activité
navale en 3 ans, nous avons créé 186 emplois
et fait naître une dynamique de confiance capitale pour
les PME. Nous appliquons également la même démarche
au Pôle Génie civil Ouest. Nous avions en effet
des entreprises de génie civil très performantes,
des capacités universitaires fortes, mais toutes ces
forces étaient dispersées. L’association
Prina a fait en sorte que ce Pôle soit reconnu comme
important.
Gérard
Fleury, PDG d’Imasonic, pilote du Pôle de compétitivité
microtechnique de Franche-Comté
Franche-Comté : mobilisation générale
pour la microtechnique
Le Pôle de compétitivité microtechnique
de Franche-Comté est composé de 60 PME fédérées
autour de 18 projets collectifs. A terme, 350 entreprises
pourraient le rejoindre. L’idée est venue d’une
réflexion d’une dizaine d’entrepreneurs
de Besançon. Nous ressentions le besoin d’échanger
sur nos stratégies. En France, lorsqu’on est
une PME, il est difficile de travailler avec des laboratoires,
même en Franche-Comté. Les laboratoires ont un
tropisme pour les grands groupes. Pour les attirer, nous devions
travailler ensemble. Nous avons donc décidé
de nous rassembler, sous l’impulsion du Conseil économique
et social de Franche-Comté qui avait lancé une
réflexion sur les perspectives de la microtechnique
dans la région. Nous nous apprêtions à
signer un Contrat de progrès, poussés par le
Conseil régional, lorsque l’Etat a pris l’initiative
de lancer les pôles de compétitivité.
Nous avons relevé le pari. Dans un délai très
court, nous avons fait le tour des institutions locales, CCI,
agences de développement, DRIRE, UIMM, pour monter
le dossier. Nous avons été à la fois
porteurs de l’initiative mais aussi animateurs de la
mise en réseau de l’ensemble des institutions.
15 commissions se sont réunies pendant 4 mois et ont
abouti à la rédaction de 18 projets. Tous les
acteurs régionaux ont été associés
à la démarche. En revanche, PSA, le seul grand
groupe de la région, a dit d’emblée que
cela ne l’intéressait pas.
Nous sommes aujourd’hui en train d’élaborer
notre mode de gouvernance. Nous avons créé une
association et nous définissons nos processus de fonctionnement
et de veille. Notre vocation est de faire adhérer à
l’association 350 entreprises qui représentent
11 000 personnes et 1,36 milliard d’euros de chiffre
d’affaires.
El
Mouhoub Mouhoud, Conseiller scientifique au Commissariat général
au plan
La localisation des activités en France, à l’horizon
2015
Nous avons réfléchi, dans le cadre du Commissariat
général au Plan, aux perspectives de localisation
des activités dans les régions françaises
et au rôle de l’Etat à l’horizon
2015 dans un contexte de mondialisation économique.
Cette réflexion prospective pose la question du rôle
des institutions dans le développement des régions.
La localisation des activités dans les régions
françaises à l’horizon 2015 se fera dans
un environnement économique international très
fortement dérégulé, avec un taux de croissance
de l’économie européenne faible. Notre
étude montre que les facteurs du coût du travail
sont relativement marginaux dans la décision de localisation
d’une activité, à l’exception de
celles soumises à une forte pression internationale
sur les prix comme le textile, l’habillement, la chaussure,
etc.
95 % des délocalisations industrielles sont liées
à la volonté d’accéder à
un marché à l’étranger, 5 % seulement
sont menées du fait d’un différentiel
de coûts avec réimportation du produit final.
Sur 314 zones d’emploi en France,
40 seulement sont menacées par la mondialisation
On dénombre 314 zones d’emploi dans les régions
françaises, hors Dom-Tom et Corse. Pour évaluer
leur fragilité face à la mondialisation économique,
nous les avons classées en trois catégories,
celles qui sont menacées par la mondialisation, celles
qui sont en équilibre précaire et celles qui
sont en position de force. Ensuite, nous avons pris 350
activités industrielles et regardé comment
elles se situent dans la compétition mondiale à
travers deux critères, l’exposition à
la concurrence internationale et le degré de concentration
des emplois dans les secteurs menacés par la mondialisation.
Premier constat : il y a en France une très grande
diversité de l’emploi industriel. Les secteurs
peu exposés représentent 20 % de l’emploi
industriel, les secteurs équilibrés 25 %,
les secteurs forts 30 %, les secteurs faibles 20 %.
Nous avons ensuite projeté cette typologie sur les
314 zones d’emploi françaises.
Objectif : analyser la relation entre la zone d’emploi
et les activités qu’elle abrite.
Résultat : les zones d’emploi menacées
sont moins nombreuses qu’on pourrait le croire. On
en dénombre seulement 40 sur 314, ce qui représente
seulement 7 % de l’emploi national. Sur ces 40 zones
d’emploi à activités à hauts
risques, 13 sont en grande difficulté car elles cumulent
exposition au commerce international et emplois peu qualifiés
dans des secteurs en très grande difficulté.
Mais les vrais bouleversements à craindre concernent
plus les activités qui sont aujourd’hui équilibrées
que celles qui sont déjà menacées.
Pourquoi ? Parce que, dans ces zones équilibrées,
les secteurs d’activité sont souvent esseulés
au sens où un secteur concentre l’essentiel
de l’emploi. C’est un handicap car le choc est
plus violent localement lorsque le secteur dominant est
atteint par la concurrence internationale.
L’Etat doit concentrer ses aides
sur l’avenir, pas sur le passé
L’essentiel de notre message est donc le suivant : ce
ne sont pas sur les zones menacées immédiatement
qu’il faut concentrer tous les efforts, malgré
les impacts sociaux. Il faut que l’Etat intervienne
sur les zones d’emploi qui risquent une débâcle
économique et un drame social dans les 5 ans à
venir. Comment ? En faisant venir des activités connexes,
en différenciant les territoires pour qu’ils
ne soient pas dépendants d’une seule activité,
en mixant les activités pour favoriser l’innovation.
Il faut passer d’une logique d’aide curative concentrée
sur des entreprises en difficulté à une politique
d’aide préventive favorisant la création
d’activité, l’innovation et de la diversification
entrepreneuriale. Il y a encore des défis à
relever pour l’Etat central qui peut favoriser la compétitivité
des grandes agglomérations. Dans les régions,
il faut renforcer les pôles de compétitivité
pour atteindre des masses critiques suffisantes pour être
au même niveau que les grandes régions américaines.
C’est un impératif financier et technologique.
Et cela suppose d’avoir une politique régionale
de concentration des aides sur ces pôles.
L’Etat a un rôle à jouer sur deux plans
: la mobilité des ménages et la localisation
des entreprises. Nous avons l’habitude de penser que
les ménages vont s’installer là où
se trouve l’emploi. Or, nous constatons un nouveau phénomène
: les ménages français se mettent à choisir
des localisations indépendamment de la localisation
des emplois, plutôt en fonction d’un cadre de
vie. Et ce mouvement, qui est un phénomène de
long terme, s’accroît depuis les 10 dernières
années. Si l’Etat ne prend pas en compte la mobilité
des ménages, nous risquons d’avoir des zones
d’emploi dynamiques mais en pénurie de main-d’œuvre
et d’autres en difficulté, avec des personnes
qui ne veulent pas bouger. Il faut donc développer
une vraie politique publique de mobilité des individus.
Cette politique doit prendre en considération la dimension
européenne. Les Etats de l’Union peuvent mutualiser
les atouts des grandes régions européennes dans
le cadre d’une division collective du travail.
Enfin, l’Etat doit développer la dynamique résidentielle
productive. Des pôles de compétitivité
entiers peuvent naître d’une demande. Il faut
d’autant plus y réfléchir que la mobilité
des ménages peut générer de nouvelles
demandes. A Biarritz, par exemple, des fans de surf ont fait
naître avant l’heure un pôle de compétitivité
qui regroupe les industriels du secteur.
Sophia-Antipolis, à l’origine technopôle
axée sur les NTIC, s’est transformée en
technopôle santé du fait de la forte présence
dans son environnement immédiat de nombreux retraités.
Les PME sont au cœur des gisements d’emploi et
de productivité. Il faut les aider plutôt que
de concentrer l’aide sur les grandes entreprises ou
les toutes petites. Trouvons des instruments adaptés
et n’intervenons pas comme toujours après coup
car il vaut mieux prévenir que guérir.
Dominique
Barrau, Secrétaire général de la FNSEA,
Vice-président de la Chambre d’agriculture de
l’Aveyron et d’Euromontana
La montagne à Bruxelles
Euromontana est une structure européenne créée
à partir de la conférence européenne
de l’agriculture en 1974. En 1994, lors de nos assises
à Cracovie, nous avons décidé de structurer
les rencontres entre les représentants de l’agriculture
de montagne et de lancer Euromontana. Ses objectifs, regrouper
les territoires et les hommes qui vivent sur les zones de
montagne, avec les handicaps et les atouts qu’elles
représentent. Les échelons européen et
mondial sont tout simplement d’autres niveaux. Mais
je ne sais pas s’ils sont plus complexes que celui de
la nation française. Ils nécessitent juste d’ouvrir
les yeux sans nombrilisme et de se convaincre que, sur la
question des échanges, mieux vaut faire preuve à
la fois d’audace et de modestie.
Aujourd’hui, c’est une association qui n’est
pas exclusivement agricole puisqu’elle intègre
aussi des collectivités, des agences, des organisations
forestières et de recherche. Euromontana compte 18
pays et 53 membres et notre liste s’allonge de façon
régulière. Le secteur des eaux de source vient
par exemple de rejoindre le réseau pour travailler
son image et ne plus produire du bas ou moyen de gamme loin
derrière les eaux minérales.
Notre rôle est de développer un réseau
de contacts, d’échanges et d’expertise
pour promouvoir des approches innovantes. Les assises européennes
de la montagne ont lieu tous les deux ans dans l’un
des 18 pays membres. Les prochaines auront lieu au Portugal.
Nous organisons également des séminaires et
des conférences. Il nous arrive aussi de promouvoir
des projets européens comme de répondre à
des appels d’offres européens. Notre siège
est à Bruxelles, près des lieux de décision.
Nos thèmes de prédilection sont l’innovation,
le développement intégré, la notion d’isolement.
Nous travaillons d’ailleurs beaucoup avec les îles
qui ont des problématiques proches. En 2005, nous avons
comparé des systèmes d’intervention de
l’Europe sur un territoire donné pour voir ce
qui les rend productives. Le projet Balkans a pour ambition
d’étudier la façon dont les zones de montagne
peuvent ne pas rester à côté du développement
d’autres zones économiques moins isolées.
En juillet 2004, l’Europe a repositionné l’utilisation
de ses fonds structurels. Ils ont désormais trois objectifs
: convergence, compétitivité, concurrence. Dans
nos territoires habitués à fonctionner avec
ces fonds, nous devons apprendre à fonctionner autrement.
Sur le premier, nous ne sommes plus concernés, sur
le deuxième, nous cherchons à dégager
un axe de développement pour développer une
compétitivité commune et une valeur ajoutée
européenne des zones de montagne.
Ces territoires ont conservé des activités économiques.
Mais nous devons nous entendre sur un objectif commun et pas
sur dix. Nous devons avoir le même objectif territorial.
C’est à cette condition que nous intéresserons
l’Europe. La montagne peut répondre aux consommateurs
de demain par l’entrée santé et environnement.
Les modes de vie urbains se sont tellement développés
que les consommateurs ont besoin de se ressourcer ailleurs.
Nous devons mettre en avant le fait que nous disposons de
ces espaces préservés. Ce qui était un
handicap devient un atout. Autre chantier important, les produits
de montagne. Ils doivent éviter l’atomisation
des marques et des signes distinctifs, développer des
labels communs désignant les produits élaborés
en zones de montagne.
Noël
Eyrignoux, Trésorier-payeur-général de
la Meuse
Les hommes font l’avenir des territoires
Dans quel sens allons-nous ? Paris n’est plus là
pour développer les territoires, ce sont donc les acteurs
de ces territoires qui prennent en charge leur devenir. Nous
partons d’un monde où nous avions une culture
commune et partagions les mêmes repères. C’est
terminé.
Nous sommes dans une société de l’immédiat,
du court terme et ce n’est pas facile à vivre
lorsqu’on met en place des schémas de développement.
Nous sommes dans l’individuel plutôt que dans
le collectif. Tout le monde veut de l’individualisation,
y compris dans la formation. Nous préférons
la proximité à la centralité. C’est
tout le sens de la décentralisation et toute sa limite
aussi. Moi, consommateur, je veux me différencier par
ce que j’achète. Nous voulons le prix plutôt
que la qualité. Obligatoirement, cela entraîne
de l’importation massive et du chômage. Le chômage
est à la fois un drame humain et économique.
En jouant le prix bas, je me prive des consommateurs de demain.
Confusion et émotion ne peuvent
pas servir de sens à la société
Dans la complexité, deux difficultés sont
à surmonter, la confusion et l’émotion.
Le cas Danone est un bel exemple de confusion. Première
étape, la rumeur. Nous savons tous que BSN devenu
Danone est considéré comme opéable
depuis vingt ans. On nous dit : “C’est une entreprise
française”. Pourtant, Danone ne fait que 26
% de son chiffre d’affaires en France, a seulement
13,8 % de ses salariés en France et 29 % de son capital
détenu par des institutionnels français. Est-elle
une société française ? Hervé
Lorenzi a répondu ce matin : “Une entreprise
a la nationalité de la culture de ses dirigeants”.
Demandons à Franck Riboud quelle est sa culture et
je vous dirai quelle est la nationalité de Danone.
Le même jour, le groupe Taittinger était racheté
par un Américain. En a-t-on parlé ? Le yaourt
est-il plus français que Baccarat ? Quand c’est
la France qui rachète à l’étranger,
il faut s’en féliciter, quand c’est dans
l’autre sens, il faut s’en émouvoir.
Je sais que de nombreux pays réfléchissent
aux mesures à prendre. On nous dit : “Ce serait
une catastrophe si l’entreprise était dirigée
par un management américain”. Mais voici une
dizaine d’années, BSN c’était
aussi de la bière et du verre. Et si le management
avait été américain, est-ce que BSN
aurait été si différente du Danone
d’aujourd’hui ? Ce qui a été dit
sur la délocalisation m’intéresse beaucoup.
Est-elle si importante que cela ? Si on veut faire du développement
économique, il faut se saisir des vrais problèmes,
aller à l’essentiel, s’occuper des problèmes
de demain ; sur ceux d’aujourd’hui, il est déjà
trop tard.
Nous avons besoin de systèmes qui nous éclairent
sur ce qui peut nous arriver et nous ne devons pas nous
concentrer sur les entreprises qui sont déjà
à la porte du tribunal de commerce. Se pose là
aussi la question de l’émotion. Je pense aux
accidents aériens de l’été. Nous
savons que la sécurité aérienne pas
chère, cela n’existe pas. C’est le consommateur
qui va dans son agence de voyage pour avoir un billet pas
cher qui enclenche le cycle de “non qualité”.
L’émotion n’a jamais servi de sens à
une société.
Prenons de la distance pour tenir la
distance
Peut-on encore s’orienter dans une société
de court terme ? Je pense que oui. Parlons des schémas
régionaux de développement économique.
Dans la loi, trois mots me paraissent importants. Le schéma
doit exprimer une stratégie. Deuxième mot
: il doit y avoir de la cohérence entre les acteurs.
Troisième mot : il faut développer l’attractivité
du territoire. Il faut donc aller à Bruxelles proposer
des projets. Cela veut dire qu’il faut avoir un cap.
Il faut également que l’Etat repense le système
des aides. Mieux vaut faire en sorte que tous les territoires
aient l’ADSL plutôt que de donner des subventions
aux entreprises. Il faut également tenir compte d’une
science exacte, la démographie. Beaucoup de choses
changent dans la population : les actifs et les inactifs
se déplacent, y compris là où il n’y
a pas d’entreprises. Et ce sont des consommateurs,
avec une forte capacité d’achat et une espérance
de vie qui augmente. Il faut mettre la démographie
au centre du débat. Elle pose des questions essentielles
pour la production et la consommation. Car là où
il n’y a plus d’homme, il n’y a plus de
projet. Il faut privilégier ce qui donne du sens
dans les schémas. Prenons de la distance pour tenir
la distance. Sur l’Etat, réformons-le mais
restons attentifs aux hommes.
Réfléchissons au-delà de l’émotion
à ce qui se passe aux Etats-Unis. Plus grande puissance
économique financière, logistique, militaire
du monde, ils n’ont pas su traiter le drame humain
et économique qui s’est passé dans le
Sud de leur pays. C’est la limite du fédéralisme
et de la décentralisation.
Je suis très confiant sur l’avenir des CCI,
car vous avez ce créneau du moyen et du long terme.
Intéressez-vous à la démographie et
développez vos valeurs. La confiance et la solidarité
territoriale sont à préserver. Gardez en tête
les éléments clés de votre réussite,
la formation, l’innovation, l’environnement
et la culture. Ce sont ces éléments qui forgent
l’âme d’un territoire et qui constituent
l’essentiel de son attractivité.