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Mondialisation, la France à la croisée des chemins/Les actes de la 9�me Universit� d'�t� (2005)
Suite du chapitre "Le salut par l'innovation" :
 
 
Le salut par l'innovation

Carlos Moreno, PDG de SINOVIA
Investir dans l’intelligence collective

La mise en place de réseaux et de démarches collaboratives entre les mondes de la recherche et de l’entreprise permet de gagner plus vite ensemble. Mais les pouvoirs publics freinent les échanges entre les deux mondes. Il aura fallu attendre 1998 pour qu’un chercheur puisse créer son entreprise. Et les PME innovantes restent encore exclues des commandes publiques.

Le décloisonnement est fondamental, tout comme la multidisciplinarité. Je n’ai pas attendu de finaliser mon outil de recherche pour l’appliquer à un outil industriel. S’il n’a pas en tête le fait de réfléchir aux enjeux économiques de sa recherche, le chercheur est dans un cercle vicieux.
Je m’inscris dans une démarche différente, avec des chercheurs conscients dès le départ que d’autres enjeux que la recherche existent, que cela implique d’autres disciplines comme l’économie ou le marketing. Dans l’industrie, il faut être prêt au bon moment et ce qui va s’appliquer à l’industrie sera peut-être une idée très éloignée de ce qui sort de mon laboratoire mais qui va marcher. Malheureusement, le système français n’intègre pas cet ensemble de problématiques. Résultat : on tourne en rond. Pour éviter cela, il faut obliger le chercheur à initier des démarches collaboratives et à mettre des compétences en réseau.
En 1982, j’ai travaillé comme chercheur sur des problèmes de mesure physique.
J’avais 23 ans. Nous avons inventé les systèmes qui ont permis de créer les appareils de pesée numérique en France avec des industriels comme Téfal qui a créé une division pour les commercialiser. Il y a avait une interpénétration très forte des équipes. Mais nous devions travailler à l’insu de l’université d’Orsay à laquelle j’appartenais. En 1998, les chercheurs ont enfin été autorisés à créer leur entreprise. En revanche, je ne peux plus exercer d’activité dans mon université parce que j’ai plus de 15 % du capital de mon entreprise et que j’en suis le président du directoire. Je ne peux plus non plus travailler avec le laboratoire dans lequel j’ai passé 20 ans à faire de la recherche. C’est dommage.

La force de l’intelligence collaborative
L’intelligence collaborative est un principe fondamental. Par des alliances stratégiques, on peut être beaucoup plus fort. On peut tisser des liens pour réussir ensemble. Au comité Richelieu, une association qui milite depuis 18 ans pour les PME innovantes et dont je suis membre, nous nous battons pour la reconnaissance des PME. Nous étions hier à Bercy avec Thierry Breton pour évoquer avec lui ce que nous appelons le “pacte PME”. Objectif : que les PME innovantes aient accès aux marchés publics et aux grands comptes. Saviez-vous que le gouvernement des Etats-Unis a voté, dès 1953, le Small Business Act qui réserve d’office aux PME 22 % de la commande publique ?
Cela a permis aux PME de décrocher en 2004 150 milliards de dollars de commande. Et en 1996, lors des négociations de l’OMC, les Etats-Unis ont obtenu que cela soit considéré comme une “exception américaine”. C’est le seul pays où il y a des marchés publics réservés aux PME.
Pour nous, en revanche, c’est un parcours du combattant car les grands comptes nous considèrent comme des bureaux d’études mais la production se passe ailleurs. On vante nos réussites européennes mais 65,6 % des équipements montés sur un Airbus sont d’origine américaine. Nous travaillons pour toutes les centrales nucléaires de Framatome. Qui exploite ces dispositifs ? C’est Framatome. On nous tient toujours le même discours : “Vous êtes trop petit. Vous pouvez disparaître. Laissez la place aux pros”. Résultat : aux Etats-Unis, 7 fois plus de PME qu’en France sont devenues des leaders mondiaux.
La fusion Anvar et BDPME est censée aider les PME. Et l’Etat a doté l’agence de plusieurs milliards d’euros. Mais, nous, les PME, nous ne cherchons pas des subventions, nous voulons du chiffre d’affaires et que notre produit soit reconnu. Le petit montage franco-français, nous le vivons depuis 40 ans. Ces montages naissent et meurent. Nous voulons des emplois, pas des subventions.