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Mondialisation, la France à la croisée des chemins/Les actes de la 9�me Universit� d'�t� (2005)
Suite du chapitre "Le craquement social" :
 
 
Le craquement social

REFORMER POUR GAGNER

Jean-François Bernardin, Président de l’ACFCI

Face à la mondialisation, il est vital d’accélérer le rythme de modernisation de la France. Car le décalage est profond entre le rythme du changement jugé possible par l’Etat et celui dont les entreprises ont besoin.

Chacun comprendra la difficulté de la tâche dès lors qu’il s’agit de trouver un consensus avec l’opinion publique et les agents de l’Etat. Mais nos concurrents patienteront-ils ? Pendant que nous tergiversons, bloqués par nos contradictions, la Chine avance et conquiert de nouveaux marchés. Nous sommes dans une bataille économique féroce. Et c’est jour après jour que nous risquons de perdre des marchés.

La création d’une Direction générale de la modernisation de l’Etat à Bercy est une bonne nouvelle mais il faut aller plus vite. Pour nous, entreprises, réagir vite est une question de survie.

Même si nous apprécions la rapidité avec laquelle le Premier ministre a lancé des chantiers importants, les résultats ne sont pas encore au rendez-vous. Peut-on parler de “modèle social français” alors qu’il produit autant de chômeurs et de pauvres ? A force de sacraliser nous avons paralysé. Or, entre la nécessaire solidarité et l’efficacité économique, il faudra bien trouver un équilibre.

Pour autant, rien n’est perdu et les tabous commencent à tomber. Mais il va également sans dire que cette exigence de changement que nous posons vis-à-vis du politique et de l’Etat, nous l’appliquons aussi à nous-mêmes pour travailler à la modernisation de notre réseau.



Jean-François Copé, Ministre délégué au Budget et à la Réforme de l’Etat, Porte-parole du gouvernement

Pour enrayer la spirale de décrochage dans laquelle la France s’installe, l’Etat concentre ses efforts sur la bataille de l’emploi, la fiscalité et la réforme de l’Etat. Inciter les chômeurs à chercher activement un emploi, en finir avec une fiscalité confiscatoire et gérer l’Etat au plus près de la réalité des besoins : telles sont les 3 priorités du gouvernement.

Vous avez soulevé la question du “modèle social français” à l’épreuve de la mondialisation. Vous avez évoqué la peur du chômage, des délocalisations et le risque de décrochage de la France. J’ai ressenti ces peurs lors de la campagne européenne. J’ai été frappé par les réticences, les clichés et la crainte de l’avenir. Nous disions aux gens : “Il faut préserver le modèle social français, alors votez oui”. Or, ils ont voté non en pensant préserver le “modèle social français”. Oui, il est urgent que la France renoue avec la dynamique de succès.

Nous menons une bataille déterminée pour l’emploi. Pour les entreprises, à côté de la baisse des charges et des emplois aidés, le contrat nouvelles embauches permet d’avoir une grande souplesse dans la gestion des effectifs. Du côté des demandeurs d’emplois, la réorganisation complète du service de l’emploi et la remise à plat des minima sociaux sont des réformes majeures. Aujourd’hui, le RMI est devenu un statut : entre la CMU, l’absence d’impôts, des aides sociales et la cantine gratuite, des catégories de personnes n’ont objectivement pas de raison de vouloir un emploi. Or, il ne faut plus que le fait de trouver un job fasse perdre de l’argent à quelqu’un qui ne travaille pas. Nous allons augmenter la prime de retour à l’emploi et mettre en place de nouvelles règles en termes de formation et de recherche d’emploi pour les chômeurs. La logique de responsabilité pourrait amener les pouvoirs publics à sanctionner celui qui bénéficie de la solidarité nationale et qui ne se remet pas sur le chemin de l’emploi.

Avec Thierry Breton, nous allons présenter une réforme fiscale très ambitieuse qui nous inscrira dans des standards internationaux. L’impôt ne peut pas être confiscatoire. Nous allons donc regrouper les impôts locaux, l’impôt sur le revenu et l’impôt sur la fortune pour que, tous ensemble, ils ne puissent excéder 60 % du revenu. Autre grand rendez-vous : la réforme de la taxe professionnelle. Je vais proposer à l’automne le plafonnement effectif de la taxe professionnelle à 3,5 % de la valeur ajoutée. Cette réforme responsabilisera les acteurs publics et les encouragera à la modération fiscale.

A partir de 2006, nous allons introduire la nouvelle constitution financière : la LOLF. Performances, résultats, objectifs, indicateurs… ces mots étranges vont faire leur apparition dans la sphère publique. En octobre, je vais lancer la plus grande opération d’audit jamais menée sur les systèmes publics pour introduire un véritable contrôle de gestion de l’Etat. J’ai emprunté ce dispositif au Canada qui a fait des choses remarquables dans ce domaine. Je veux également sensibiliser les administrations à la simplification de la norme.

Je rêve d’un Etat dans lequel on pourra programmer tous les 3 ou 4 ans le nombre de fonctionnaires dont on a besoin et là où on en a besoin. A Bercy, nous avons montré la voie. Cette administration réduit chaque année ses effectifs. La condition, c’est de faire preuve de pragmatisme. Notre mot d’ordre : avoir du courage et de l’imagination et, une fois la décision prise, il s’agit de l’assumer.