REFORMER POUR GAGNER
Jean-François
Bernardin, Président de l’ACFCI
Face à la mondialisation,
il est vital d’accélérer le rythme de
modernisation de la France. Car le décalage est profond
entre le rythme du changement jugé possible par l’Etat
et celui dont les entreprises ont besoin.
Chacun comprendra la difficulté de la tâche
dès lors qu’il s’agit de trouver un consensus
avec l’opinion publique et les agents de l’Etat.
Mais nos concurrents patienteront-ils ? Pendant que nous
tergiversons, bloqués par nos contradictions, la
Chine avance et conquiert de nouveaux marchés. Nous
sommes dans une bataille économique féroce.
Et c’est jour après jour que nous risquons
de perdre des marchés.
La création d’une Direction générale
de la modernisation de l’Etat à Bercy est une
bonne nouvelle mais il faut aller plus vite. Pour nous,
entreprises, réagir vite est une question de survie.
Même si nous apprécions la rapidité
avec laquelle le Premier ministre a lancé des chantiers
importants, les résultats ne sont pas encore au rendez-vous.
Peut-on parler de “modèle social français”
alors qu’il produit autant de chômeurs et de
pauvres ? A force de sacraliser nous avons paralysé.
Or, entre la nécessaire solidarité et l’efficacité
économique, il faudra bien trouver un équilibre.
Pour autant, rien n’est perdu et les tabous commencent
à tomber. Mais il va également sans dire que
cette exigence de changement que nous posons vis-à-vis
du politique et de l’Etat, nous l’appliquons
aussi à nous-mêmes pour travailler à
la modernisation de notre réseau.
Jean-François
Copé, Ministre délégué au Budget
et à la Réforme de l’Etat, Porte-parole
du gouvernement
Pour enrayer la spirale de décrochage
dans laquelle la France s’installe, l’Etat concentre
ses efforts sur la bataille de l’emploi, la fiscalité
et la réforme de l’Etat. Inciter les chômeurs
à chercher activement un emploi, en finir avec une
fiscalité confiscatoire et gérer l’Etat
au plus près de la réalité des besoins
: telles sont les 3 priorités du gouvernement.
Vous avez soulevé la question du “modèle
social français” à l’épreuve
de la mondialisation. Vous avez évoqué la
peur du chômage, des délocalisations et le
risque de décrochage de la France. J’ai ressenti
ces peurs lors de la campagne européenne. J’ai
été frappé par les réticences,
les clichés et la crainte de l’avenir. Nous
disions aux gens : “Il faut préserver le modèle
social français, alors votez oui”. Or, ils
ont voté non en pensant préserver le “modèle
social français”. Oui, il est urgent que la
France renoue avec la dynamique de succès.
Nous menons une bataille déterminée pour l’emploi.
Pour les entreprises, à côté de la baisse
des charges et des emplois aidés, le contrat nouvelles
embauches permet d’avoir une grande souplesse dans
la gestion des effectifs. Du côté des demandeurs
d’emplois, la réorganisation complète
du service de l’emploi et la remise à plat
des minima sociaux sont des réformes majeures. Aujourd’hui,
le RMI est devenu un statut : entre la CMU, l’absence
d’impôts, des aides sociales et la cantine gratuite,
des catégories de personnes n’ont objectivement
pas de raison de vouloir un emploi. Or, il ne faut plus
que le fait de trouver un job fasse perdre de l’argent
à quelqu’un qui ne travaille pas. Nous allons
augmenter la prime de retour à l’emploi et
mettre en place de nouvelles règles en termes de
formation et de recherche d’emploi pour les chômeurs.
La logique de responsabilité pourrait amener les
pouvoirs publics à sanctionner celui qui bénéficie
de la solidarité nationale et qui ne se remet pas
sur le chemin de l’emploi.
Avec Thierry Breton, nous allons présenter une réforme
fiscale très ambitieuse qui nous inscrira dans des
standards internationaux. L’impôt ne peut pas
être confiscatoire. Nous allons donc regrouper les
impôts locaux, l’impôt sur le revenu et
l’impôt sur la fortune pour que, tous ensemble,
ils ne puissent excéder 60 % du revenu. Autre grand
rendez-vous : la réforme de la taxe professionnelle.
Je vais proposer à l’automne le plafonnement
effectif de la taxe professionnelle à 3,5 % de la
valeur ajoutée. Cette réforme responsabilisera
les acteurs publics et les encouragera à la modération
fiscale.
A partir de 2006, nous allons introduire la nouvelle constitution
financière : la LOLF. Performances, résultats,
objectifs, indicateurs… ces mots étranges vont
faire leur apparition dans la sphère publique. En
octobre, je vais lancer la plus grande opération
d’audit jamais menée sur les systèmes
publics pour introduire un véritable contrôle
de gestion de l’Etat. J’ai emprunté ce
dispositif au Canada qui a fait des choses remarquables
dans ce domaine. Je veux également sensibiliser les
administrations à la simplification de la norme.
Je rêve d’un Etat dans lequel on pourra programmer
tous les 3 ou 4 ans le nombre de fonctionnaires dont on
a besoin et là où on en a besoin. A Bercy,
nous avons montré la voie. Cette administration réduit
chaque année ses effectifs. La condition, c’est
de faire preuve de pragmatisme. Notre mot d’ordre
: avoir du courage et de l’imagination et, une fois
la décision prise, il s’agit de l’assumer.