8�me Universit� d'�t� - Antibes/Juan-les-Pins - 2 et 3 septembre 2004 - LES ACTES
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Geneviève Ferone
fondatrice d’ARESE et de CoreRatings
L’économie de marché devra s’adapter à l’environnement et non l’inverse
  
Le développement durable consiste en un rééquilibre de la vision de l’entreprise : appréhender l’entreprise, dans son environnement naturel et social et non dans une dimension strictement financière et à court terme. Les enjeux sont très importants : enjeux de formation, démographiques et environnementaux.

Ces éléments nous font toucher du doigt que, sur le plan de l’environnement, la société vit à crédit. Jusqu’à présent l’environnement est considéré comme un sous-système de l’économie. Au cours du XXIe siècle, l’économie de marché devra s’adapter à une nouvelle règle du jeu : elle sera probablement un sous-système de l’environnement tant les pressions seront fortes sur le plan de l’énergie, de l’eau et des déchets.

Il va falloir aussi redéfinir l’économie actuelle à l’aune des nouvelles contraintes environnementales, en particulier celle de l’expansion démographique. Même dans les scénarios les plus optimistes de maîtrise de la croissance démographique, une impossibilité quasiment mathématique de faire vivre tout le monde avec un niveau de vie décent, compte tenu des ressources en eau et en énergie de la planète, paraît inéluctable. A cela s’ajoute la problématique des déchets.

Le plus grand choc serait celui du changement climatique, selon un rapport confidentiel du Pentagone. A la suite de ce changement, des flux migratoires pourraient avoir lieu dans les régions les plus durement frappées. Ces flux déséquilibreraient l’économie entière par une urbanisation croissante de certaines villes les transformant en mégalopoles ingérables. Le vrai danger et les vrais enjeux se situeraient donc dans la croissance démographique et les conséquences de celle-ci sur l’environnement.

Seules une régulation et une concertation internationale peuvent éventuellement peser sur ces enjeux. Le principe de précaution va dans ce sens. Il permet de mettre en relief des comportements clairement irresponsables comme celui des « patrons voyous » ou de répondre à des excès anciens comme avec l’amiante, par exemple.
Le développement durable concerne des chaînes entières de notre économie. Il n’est donc absolument pas cosmétique, c’est un outil stratégique. Prenons l’automobile : en amont, se trouve l’acier, après, les équipementiers, la chaîne de plasturgie, énormément de fournisseurs ; tous vont avoir à gérer des problèmes de recyclage, de réduction de consommation d’énergie.

Ceci aura un impact sur les PME-PMI qui se trouvent dans une chaîne globale de production. En effet, aujourd’hui, un salarié de la région PACA est en concurrence non pas avec un salarié d’Ile-de-France ou de Bretagne, mais avec un salarié de Roumanie ou de Chine. Nous sommes confrontés à des enjeux globaux qui vont bouleverser la donne sur l’économie de marché.
 
Evoluer l’entreprise à partir de critères sociaux et environnementaux
Mon métier consiste à donner une évaluation de l’entreprise sur des critères sociaux et environnementaux : environnement de production, réglementation, relation fournisseurs ou clients, relations sociales dans l’entreprise, développement des carrières. Tous ces éléments participent de la croissance de l’entreprise à moyen ou long terme.

Or, les observateurs continuent à mesurer la croissance grâce à des critères strictement économiques de court terme. Il faut enrichir ces critères avec des indicateurs sociaux et environnementaux qui donnent le véritable état du carnet de santé de l’économie et de l’entreprise. Parce que si un Etat ou une économie est dans une logique d’épuisement de ses ressources, d’épuisement de son marché, il n’existe plus.

Le concept du développement durable existe en France depuis trente ans. Reste à être plus actif sur le terrain à condition de ne pas se situer dans l’utopie mais dans une réalité responsable.