8�me Universit� d'�t� - Antibes/Juan-les-Pins - 2 et 3 septembre 2004 - LES ACTES
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Patrick Devedjian
ministre délégué à l’Industrie
Un partenariat au service du pays
  

L’Assemblée française des chambres de commerce et d’industrie a eu raison de choisir pour thème de cette 8e Université d’été : «Réconcilier les Français et l’entreprise». En effet, le pays tout entier doit se mobiliser pour amplifier ce mouvement de retour à la croissance. Dans cette dynamique, les entreprises jouent un rôle essentiel pour le développement et l’épanouissement de la société française.

La croissance est de retour avec des prévisions pour cette année de 2,5 % de croissance, le chiffre le plus fort de la zone euro. Cela prouve le bien fondé de la politique économique engagée par ce gouvernement, à la fois la politique de soutien à la consommation, et de confiance auprès des entrepreneurs qui les conduisent à investir pour 8 % d’entre eux.

Le moteur de l’investissement est reparti. Il faut encourager les PME à encore plus exporter. Dans ce contexte, les chambres de commerce et d’industrie ont un rôle fondamental à jouer.
Celles-ci sont à la veille d’échéances importantes : les prochaines opérations électorales qui se dérouleront dans un cadre juridique rénové et clairement défini. Les textes réglementaires nécessaires au déroulement ont été publiés.

Ces échéances sont aussi l’occasion d’un débat tout à fait légitime dans chacune des CCI. Il s’agit de moderniser leur statut, notamment en déconcentrant la tutelle et en définissant mieux leurs missions. Le système de l’imposition additionnelle à la taxe professionnelle (IATP) sera réformé en privilégiant un mode de financement fondé sur le vote des taux, qui apportera à la fois une clarification nécessaire et une vraie responsabilité des CCI dans la gestion de leurs ressources. Cette réforme devra aussi favoriser une rationalisation de leur gestion, notamment dans leur répartition géographique. Les chambres pourront ainsi jouer au mieux leur rôle au service du développement économique du pays. Il leur revient naturellement de se mobiliser avec les pouvoirs publics, aux côtés des entreprises, pour que la croissance retrouvée touche tous les territoires.

 
L’entreprise : moteur de la croissance et de l’emploi
Les Français seront pleinement réconciliés avec l’entreprise si celle-ci apparaît à leurs yeux pour ce qu’elle est, c’est-à-dire le moteur de la croissance et de l’emploi. Par leurs missions, les CCI doivent promouvoir une image trop souvent brouillée. L’opinion voient le négatif : les licenciemens, les fermetures d’usines.
Malheureusement, ils ne voient pas le positif : les créations d’emplois, les embauches…

Le phénomène des délocalisations contribue à détériorer la vision de l’entreprise. La présence de celle-ci sur un territoire n’est plus vécue comme le fruit d’un enracinement durable, comme l’expression même d’un territoire, d’une tradition, qui l’associent de manière indiscutable à la vie de la région, mais apparaît au contraire précaire. Sa présence peut être remise en cause sous l’effet de la conjoncture, d’exigences économiques qui dépassent les limites des frontières.

Des difficultés structurelles altèrent également la perception que notre société a de ces entreprises. Le Livre Blanc, établi à la demande de la CCI de Paris par un groupe d’experts placé sous la présidence de Roger Fouroux, a très bien mis en évidence que l’entreprise était peu présente et peu valorisée dans l’Education nationale. Ces constats nous amènent à réagir.
Nos entreprises ont de grands atouts. Il faut réhabiliter leur image et se garder d’un pessimisme de mauvais aloi qui ne reflète pas la réalité.
L’Europe considère souvent la politique industrielle française comme protectionniste et avide de subventions. Il s’agit de dépasser ces deux concepts pour être libéral et stratège.

Après avoir été l’entreprise la plus endettée du monde avec 70 milliards d’euros, France Télécom paraît sauvée. L’Etat a joué ce rôle de stratège, malgré les critiques, en effectuant une forte augmentation de capital pour sauver l’entreprise. Aujourd’hui, il privatise en cédant 10 % du capital pour 5,1 milliards d’euros, ce qui va permettre d’économiser 400 millions d’euros d’intérêts chaque année.

La désindustrialisation, les délocalisations ou les problèmes d’emploi ne sont pas inéluctables. Pour se développer et se maintenir dans un environnement en mutation rapide, les entreprises doivent relever sans cesse de nouveaux défis et intégrer un cercle vertueux de l’économie concurrentielle. Elles doivent être compétentes, savoir anticiper, être réactives, créatives et capables d’innovation. Face à la mondialisation, les entreprises, en contrepartie de ce développement inéluctable des importations, doivent trouver de nouveaux débouchés, à l’exportation en particulier. La France a une position solide en Europe, l’élargissement de l’Union européenne doit être considéré comme une opportunité, mais au-delà même de l’Europe, c’est vers le monde qu’il faut regarder. Nicolas Sarkozy a souhaité une amélioration de 50 % de ces exportations. C’est un bel objectif. Toutefois, la compétitivité de l’industrie européenne ne pourra s’exercer pleinement que dans le cadre d’un commerce international loyal et équilibré et d’une ouverture effective des marchés.

L’exemplarité de l’Union européenne, une des zones les plus ouvertes du monde aux importations, et possédant les droits de douane les plus faibles, ne trouve pas toujours, hélas, de réciprocité, face aux barrières tarifaires et non tarifaires de certains pays en voie de développement, de certains pays émergents, et même, bien souvent, des Etats-Unis.
 
Placer les industriels dans des conditions de concurrence loyale et équitable
Enfin, dans ce domaine comme dans d’autres, l’Etat doit assumer pleinement ses responsabilités en matière de politique industrielle. C’est pourquoi la réciprocité des conditions d’accès aux marchés mondiaux et l’application d’instruments de défense commerciale ont été défendues à Bruxelles dans le cadre défini par l’OMC. Des instruments de défense existent, il faut les utiliser et rester vigilants pour que, dans le cadre des discussions à venir, les industriels soient placés dans des conditions de concurrence loyale et équitable sur les marchés internationaux.

Il ne s’agit pas de protectionnisme ni de privilèges mais d’équité et de loyauté. Il appartient aussi à l’Etat de créer les conditions permettant aux entreprises de s’adapter, de les accompagner dans leur développement. C’est la raison de la création prochaine d’une direction générale des entreprises. L’Etat demande aux chambres de commerce de se moderniser, de se réformer, mais il applique ce principe à lui-même.

Cette direction générale des entreprises sera issue de la fusion des directions existantes. Elle permettra de mieux répondre aux besoins des entrepreneurs, elle assurera la synergie nécessaire au sein des administrations centrales, mais aussi elle intégrera beaucoup mieux le réseau des DRIRE (Directions Régionales de l'Industrie de la Recherche et de l'Environnement) comme relais des politiques nationales en faveur des entreprises. Leurs missions et celles des ministères offriront une meilleure lisibilité à l’ensemble des partenaires économiques. L’Etat doit parallèlement maintenir une présence active dans des domaines tels que la technologie et l’innovation, la solidarité nationale, la cohésion sociale et territoriale, la veille et l’anticipation des mutations économiques, mais aussi le développement durable ou la revitalisation de zones fragilisées.

La mise en place prochaine d’une agence des PME qui regroupera sous la responsabilité d’une seule entité les attributions, actifs et compétences de l’Agence française de l’innovation, de la Banque du développement des PME, de l’Agence pour la création d'entreprises et de l’Agence de développement des PME permettra de mieux les comprendre et de mieux les coordonner.
 
Faire émerger les pôles de compétitivité
Le ministère de l’Industrie s’est engagé à faire émerger les fameux pôles de compétitivité et va prendre les mesures nécessaires pour que les entreprises bénéficient solidairement des avancées scientifiques et technologiques issues des centres de recherche les plus performants.

Les CCI participeront aux côtés de l’Etat, des collectivités territoriales et des centres de recherche, à l’émergence de projets ambitieux. Les fonds de capital risque investis aux Etats-Unis chaque année sont quatre fois supérieurs à ceux investis par les PME en Europe. Cela a un impact sur les taux de croissance. Le gouvernement va donc renforcer les outils mis au service des entreprises pour accéder aux financements qui leur sont nécessaires.
 
Un défi à relever ensemble : la formation professionnelle
Comme le met en évidence la récente étude du conseil d’analyse économique de l’OCDE et celle de l’Union européenne, la formation constitue un enjeu stratégique majeur pour nos entreprises et un défi que nous devons relever ensemble.

La loi sur la formation professionnelle a ouvert un meilleur accès à la formation tout au long de la vie et au développement d’actions favorisant la gestion des savoirs et des compétences. La troisième convention d’objectifs pour la formation et l’emploi, qui couvre la période 2003-2006 a précisément marqué la volonté commune des pouvoirs publics et du réseau des CCI de promouvoir ensemble le développement d’une formation durable. Elle met l’accent sur la formation et l’accompagnement des créateurs et repreneurs d’entreprises, la connaissance des métiers, la valorisation de l’apprentissage, les modules de formation et la validation des acquis de l’expérience. Elle insiste également sur la dimension internationale des formations consulaires par le renforcement d’alliances et de partenariats européens, par le développement de la mobilité des étudiants et des parcours européens de formation en alternance.
 
Promouvoir les métiers et les carrières de l’industrie auprès des jeunes
Selon le Commissariat général au plan, les prévisions de main d’œuvre sont évidemment extrêmement pessimistes puisqu’il nous manquerait, sur les 7 millions de postes à renouveler ces prochaines années, un nombre important de recrutements.

La culture technique est dépréciée et l’activité industrielle est méconnue. Une campagne de communication nationale en partenariat avec les fédérations professionnelles, destinées à promouvoir les métiers et les carrières de l’industrie auprès des jeunes fait partie des projets du gouvernement. Ce déficit prévisible de main d’œuvre est dû en particulier au vieillissement de la population active. Les entreprises doivent donc s’engager résolument dans la gestion prévisionnelle des âges.

Après le scepticisme, l’optimisme. Sous l’impulsion de leur président, les CCI ont produit un effort de modernisation de leur organisation très prometteur. Les choses ont évolué. Le scepticisme de départ, affiché lors des premières discussions de réforme, a laissé place à l’optimisme dans un partenariat au service du pays. Grâce à une mobilisation commune, les entreprises seront dans les meilleures conditions pour relever les défis de la croissance économique et leur rôle sera valorisé dans la société.
 
Les établissements de formation des CCI
Après l’Education Nationale, les établissements de formation des CCI constituent le dispositif national le plus important de formation professionnelle initiale et continue, du CAP à BAC+7, assurant ainsi une préparation à 600 métiers, dans 40 secteurs industriels ou tertiaires. Chaque année, elles affectent plus du quart de leur budget à cette mission essentielle. L’offre de formation consulaire se caractérise par sa diversité : outre 12 écoles d’ingénieurs, 180 centres d’étude de langues et de formation continue, elles s’appuient sur les deux pôles importants que sont l’apprentissage, avec de très bons taux d’insertion professionnelle des jeunes dans toutes les filières, et les formations commerciales et de gestion. Elles font aussi preuve de réactivité, comme l’illustre par exemple le développement de formations aux nouveaux métiers de l’image et des technologies de l’information et de la communication. Elles portent aussi des projets tels que l’apprentissage aux niveaux supérieurs, la professionnalisation des cursus, l’individualisation des formations, la création de formations entrepreneuriales.