8�me Universit� d'�t� - Antibes/Juan-les-Pins - 2 et 3 septembre 2004 - LES ACTES
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Jacques Marseille
historien et professeur d’économie à la Sorbonne
Vers une société assourdissement
  

Aujourd’hui les salariés connaissent ce que vivaient les salariés de l’industrie il y a 150 ans : le risque de perdre leur travail. Dans les dernières décennies, l’Etat providence a tenté d’éliminer ce risque tout comme les entreprises dites paternalistes, Schneider ou Michelin par exemple. Cette société s’est construite sur le fait que l’emploi assuré à vie était le modèle de la relation du travail. Nous détenons en France le record du monde de taux de fonctionnaires dans la population active avec 5,5 millions de salariés protégés. Les entreprises, de leur côté, s’étaient abritées du risque par la protection douanière, par les marchés nationaux.

Depuis une vingtaine d’années, notre société a connu une mutation profonde. La nouvelle génération a vu exploser toutes les structures qui protégeaient les risques : l’Etat, la famille stable, les structures associatives ou syndicales. Le besoin de reconnaissance exprimé par les jeunes générations est une compensation aux risques qu’ils prennent. Les entrepreneurs doivent aussi apprendre à gérer un risque auquel ils sont exposés de plein fouet. Cette anxiété générale explique le faible taux de création de création d’entreprises en France : 1,8 % des actifs pour 8 % aux Etats-Unis.

D’autre part notre système était fondé sur le principe que servir l’Etat était ce qu’il y avait de plus noble. Cela s’est transformé en : « est ce qu’il y a de plus sûr ». Nous tendons donc vers une société assurancielle où l’individu se protège dès qu’il prend des risques. C’est là où l’entrepreneur, confronté au marché, et le salarié, à la perte d’emploi, se rejoignent. Qui va assurer leurs risques réciproques et comment vont-ils les réconcilier ?

L’autre chamboulement que connaît notre société concerne le temps de travail. Un jeune de vingt ans travaillera l’équivalent de 8% de sa vie éveillée contre 50 à 60 % il y a un demi-siècle. Le travail représente donc une part marginale de son existence. Il faut en tenir compte dans la réconciliation entre l’entreprise et ses salariés.