Concernant le tri des déchets, celui-ci incombe aujourd'hui à tout un chacun et non plus à des filières spécialisées. Or, l’une des grandes ambitions du développement durable est de limiter à la source le nombre de ses déchets.
Via le mécanisme du climat, le développement durable est instrumentalisé pour en faire un nouveau terrain de conquête dont s’emparent déjà un certain nombre d’acteurs. Pour les Nations Unies tout d’abord, il représente une formidable opportunité d’exister sur la scène internationale. Les ONG environnementales ensuite, peuvent facturer des sommes considérables aux entreprises souhaitant se labelliser avec leur logo. Un ensemble de prédicateurs tire également parti de leur discours alarmiste. Ils possèdent leur église, leur catéchisme et peuvent proposer leurs indulgences. Par exemple, si vous polluez, vous pouvez acheter un certificat de compensation-carbone. Cela vous permet de continuer à pratiquer des activités très polluantes en bonne conscience. Est-ce vers cela que nous devons tendre aujourd’hui ?
Gare aux dynamiques d’exclusion !
Actuellement, se joue une bataille autour des indicateurs qui permettent de nous situer par rapport à l’état du climat. Ils sont l’objet d’affrontements homériques entre organismes de certification. Le même phénomène s’observe dans l’agriculture biologique. Il s’agit de la rente de certification.
Ainsi, toute cette bataille finit par n’être accessible qu’à une minorité disposant des moyens pour s’approprier la vertu, en externalisant les nuisances et les contraintes. Pour résumer, le pauvre qui possède un vieux véhicule et vit en banlieue avec une famille nombreuse se voit interdire l’accès en voiture d’un certain nombre de villes européennes aujourd’hui. Parce qu’elle est excluante et porteuse de violence, cette logique est dangereuse. L’urgence aujourd’hui ne vaut que si elle est mise au service du bien être de tous et, notamment, des exclus du développement. Nous ne pouvons opérer à une opposition sectaire entre d’un côté, des populations riches, bénéficiant d’espaces verts, de forêts préservées, et de mobilité spatiale et d'un autre, les populations pauvres, résidant au sein des banlieues, subissant le coût élevé des biens et services, la taxe carbone et sous le coup d’une mobilité restreinte.
La démographie est devenue le nouvel épouvantail du développement durable. Les analogies utilisées sont fausses. Prenons le mythe de l’Ile de Pâques. La Terre est comparée à une Ile de Pâques à grande échelle. Or, l’histoire de cette île n’a rien à voir avec des actions néfastes des hommes. Une sécheresse dans les années 1700 -1800 a provoqué une disparition des arbres. Les hommes n’ont pas volontairement fait disparaître ces arbres. Autre image employée : celle de la Terre et du vaisseau. Nous ne disposons pas de planète de rechange. Or, nous connaissons les défis. La population mondiale ne doublera plus jamais. Il faut nous demander comment vivre à 9 milliards sur la Terre. La notion de capacité de charge d’un milieu ne représente rien dans l’absolu. Elle dépend des techniques employées pour vivre dans ce milieu. Vous pouvez être surpeuplé à 10 habitants par km² lorsque vous vivez de cueillette et de chasse comme vous pouvez vivre à 4 000 habitants par km² avec une économie évoluée et la pratique d’une agriculture qui peut être écologiquement intensive.
Chacun a sa place au banquet de la Terre
Nous savons que les réserves de productions sont aujourd’hui considérables. Dans les années 1970, au moment de l’explosion démographique du tiers monde, il était annoncé (Club de Rome, 1972) que les réserves de pétrole et de gaz seraient épuisées dans les années 1990. Aujourd’hui le pic pétrolier a été reculé à 2040. Nous avons donc les moyens de répondre au défi auquel nous sommes confrontés lorsque nous mobilisons intelligemment les énergies. Cela vaut à condition de ne pas passer par des idées fausses ou l’idéalisation du passé en cherchant des régulateurs. Ce type de mauvaise analyse conduit à voir dans les guerres ou le SIDA, l’occasion de se débarrasser d’un certain nombre de colorés.
Par le passé, des catégories de populations n’avaient pas voix au chapitre : les femmes, les classes « inférieures » et les enfants. Notre idéal actuel est de devenir une société de citoyens et de partenaires sur un pied d’égalité. Une autre idée fausse considère la nature bienveillante et l’homme, au contraire, caractérisé par la méchanceté. Or, la nature ne saurait être envisagée d’une telle manière. Elle est la systématique victoire du fort sur le faible, des espèces invasives sur les espèces minoritaires. Elle s’organise autour d’une compétition impitoyable pour la survie. Elle est exactement l'inverse de ce que les hommes tentent de mettre en place avec la démocratie.
Nous en oublions que les paysages que nous aimons sont ceux d’une nature façonnée par l’homme et ses activités. La biodiversité est créée et entretenue par l’homme. Si nous nous en étions tenus à ce qui existait au début de l’ère chrétienne, avec une infime variété d’animaux, nous ne pourrions pas aujourd’hui nous nourrir.
Le développement durable doit répondre au progrès durable mis au service de tous, sans culpabilisation, sans catastrophisme, mais en opérant à une révolution culturelle, technique et scientifique, dans un esprit non excluant et non élitiste. Malthus avait tort. Chacun a sa place au banquet de la Terre. Les réponses existent et nous en prenons peu à peu conscience. Suite au tsunami de 2004, nous connaissons le rôle d’amortisseur indispensable que tiennent les mangroves. Les savoirs agronomiques actuels permettent de produire plus sans abîmer l’environnement sur des espaces restreints. L’impact énergétique du développement ne cesse de baisser dans les pays riches. Si les Etats insulaires du Pacifique, présentés comme les victimes du réchauffement climatique, cessaient de prélever le matériau corallien pour construire des routes ou de pomper l’eau dans leurs atolls sans vision à long terme, ils s’enfonceraient moins. Ces propos sont, malheureusement, politiquement incorrects et il est plus intéressant d’en faire des victimes.
Le développement durable constitue notre plus grand défi
Aujourd’hui, le développement durable constitue notre plus grand défi. En effet, il n’est tout d’abord, pas possible d’opposer le confort des populations riches, vivant dans des jardins, eux-mêmes entourés de barrières de plus en plus infranchissables, à des populations pauvres qui ne peuvent plus vivre sur au sein de leurs pays d’origine et désirent migrés vers les zones aisées de la planète. D’autre part, les 2/3 de la croissance mondiale au cours des trente prochaines années reposent sur précisément sur le développement des populations pauvres avec ce que cela suppose de besoins à satisfaire de leur côté alors que nous sommes confrontés au vieillissement des individus de nos sociétés. Enfin, le progrès durable signifie de ne pas reproduire les erreurs passées et de mettre les innovations au service de tous, sachant que la nature n’est jamais mieux préservée que dans les pays les plus avancés. C’est en leur sein qu’il est possible d’inventer une croissance propre. L’homme n’est ainsi pas − comme le présente l’écologie rétrograde − une espèce vivante parmi d’autres sur la Terre. Mais l’écologie existe en tant que composante de l’environnement, de l’ancien français « viron », ce qui entoure l’humanité, en est le support ».
Le choc du futur est alors la mise en œuvre d’un progrès humaniste et écologique au service de tous.