Vidéo de l'intervention
Nous nous dirigeons vers une complémentarité croissante du marché et de l’Etat, et une forme d’équilibre, que nous n’avons jamais connue.
Résumé de l'intervention
Eric le Boucher - Directeur de rédaction
Enjeux les Echos
Frédéric Jenny - Président du Comité de la concurrence de l’
OCDE
Eric le Boucher
Jusqu’au milieu des années 1980, en effet, et à l’initiative notamment de la France, l’Union a vainement tenté d’appliquer une politique interventionniste constituée de grands projets qui ont tous échoué, tels Eureka et Esprit. Un basculement total s’est alors produit, l’Europe suivant une direction libérale inspirée par Monsieur Reagan et Madame Thatcher, et privilégiant la construction d’un grand marché européen, en favorisant en particulier la recherche, l’innovation et les PME. Je reconnais d’ailleurs que le développement de la concurrence s’avérait nécessaire en Europe, et demeure nécessaire pour affronter efficacement les pays émergents. Cependant, cette stratégie a également échoué. En conséquence, nous assistons actuellement à un certain retour de l’idée de politique industrielle. La politique allemande intervient par exemple sur de nombreux sujets, et la tentation interventionniste existe également au sommet de l’Etat français. Alstom aurait pu être sauvé par les banques, si celles-ci ne s’étaient pas montrées aussi frileuses.
Frédéric Jenny
J’ajoute que l’économie de marché permet aux initiatives individuelles de constituer le moteur de la croissance, à la condition qu’il existe une saine émulation entre les entreprises. La politique industrielle doit donc éviter de nuire à cette émulation. Dès lors, certaines formes d’interventions s’avèrent contestables, lorsqu’elles maintiennent artificiellement l’activité de certaines entreprises, tandis que d’autres interventions sont utiles, quand elles concernent la création de clusters et le développement d’infrastructures. Certaines conditions doivent donc être respectées afin d’articuler le marché et les politiques industrielles. Si nous y parvenons, le fonctionnement de notre économie sera plus équilibré qu’il ne le fut durant les trente glorieuses et durant la dernière décennie.