Le mot « Europe » renvoie à plusieurs réalités : l’Europe des 27 ; l’Europe du Conseil de l’Europe, créée en 1949, qui comprend 47 Etats possédant nécessairement des pratiques démocratiques, dont la Turquie depuis l’origine et, depuis quelques années, la Russie et les trois pays du Caucase ; le continent européen, avec son histoire et sa culture ; enfin, le mot « Europe » est quelquefois utilisé métaphoriquement pour désigner l’une de ses institutions, de la Commission Européenne au Parlement Européen.
Les projections démographiques à l’horizon 2025 s’avèrent souvent catastrophiques. Si des pays connaîtront une forte croissance démographique, tels les pays du Sahel et l’Arabie Saoudite, de nombreux pays seront affectés par une croissance négative : l’Allemagne, l’Italie, la Russie, l’Ukraine, la Pologne et les pays baltes. La population du continent européen risque ainsi de passer de 800 millions d’habitants actuellement, dont 500 millions dans l’Union, à 700 millions en 2025.
L’Union devra donc organiser des politiques d’immigration, notamment pour satisfaire son besoin de main-d’œuvre. Signalons à ce sujet que l’Union constitue déjà le principal pôle d’attraction migratoire au monde, puisque son solde migratoire s’élève à 1,7 million de personnes par an, contre 1,5 million pour les Etats-Unis. En outre, des politiques familiales d’encouragement à la fécondité devront être développées, notamment à l’Est.
Il faut également signaler que plusieurs voisins immédiats, les pays d’Afrique du Nord comme la Turquie et l’Iran, se retrouvent déjà en transition démographique. Nous ne devons donc craindre aucune déferlante en provenance de ces pays.
L’Union Européenne dans le monde en 2030 : économie
Selon les données extrêmement sérieuses du Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII), l’Union Européenne pèsera en 2030 18 % du PNB mondial, comme les Etats-Unis, contre 16 % pour la Chine, 10 % pour l’Amérique Latine et l’Asie du Sud et du Sud-ouest, 6 % pour le Japon, 4 % pour la Russie et la Communauté des Etats Indépendants (CEI), et 3 % pour l’Afrique. L’Europe constituera donc un centre économique majeur. Quant au niveau de vie, calculé sur une base 100 aux Etats-Unis, il s’élèvera à 70 dans l’Union en raison notamment de son élargissement, à 26 en Russie, à 16 en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, à 20 en Chine, et à 10 en Inde.
Nous pouvons notamment relativiser l’ampleur du rattrapage économique effectué par l’Inde et la Chine. S’ils restent sous-développés, ces pays émergents transforment néanmoins leur croissance économique en puissance politique et militaire. Lors des négociations internationales, la Chine et l’Inde emploient par exemple l’argument du rattrapage économique pour refuser les normes environnementales européennes. Cependant, ces pays souffrent d’un manque de cohésion interne. Il n’existe par exemple aucun marché intérieur unifié en Chine : des barrières fiscales séparent les provinces. Quant à l’Inde, elle compte 28 Etats et 22 langues. Pour ces raisons, l’Inde et la Chine tentent actuellement de s’inspirer de l’Occident pour unifier leur marché intérieur.
Les grandes économies européennes conservent donc de nombreux atouts. Elles savent notamment produire des normes, et possèdent une ou deux générations d’avance sur le plan scientifique et technique. Un enjeu pour l’Europe consiste donc à conserver cette avance tout en accompagnant le développement des pays émergents. En outre, dans ce monde polycentré, l’Union devra organiser sa représentation externe afin d’apparaître clairement comme un acteur global.
Le scénario stratégique euro-atlantique en 2025
Ce scénario s’oppose au scénario géopolitique européen, et cette opposition s’incarne notamment dans les affrontements entre le PPE et le PSE. D’une certaine manière, il semblerait même que seules les administrations américaines successives possèdent une vision précise des frontières ultimes de l’Union Européenne, en raison notamment du rôle essentiel joué par les Etats-Unis dans la construction européenne dès son origine, avec par exemple le plan Marshall. Les Etats-Unis obéissent en effet à des considérations stratégiques. Comme pour achever le travail entamé le 6 juin 1944 et poursuivi en 1989, ils souhaitent la construction d’une Europe unie qui comprenne l’ensemble des membres du Conseil de l’Europe, à l’exception de la Russie, et qui constituerait un espace démocratique où les Etats-Unis possèderaient une sorte de droit de regard. Significativement, l’adhésion à l’OTAN précède d’ailleurs souvent l’adhésion à l’Union, au prix souvent de certaines confusions.
Le scénario géopolitique européen en 2025
Selon ce scénario, l’Union comprendrait ses 27 membres actuels, auxquels s’ajouterait la Croatie, et développerait une politique de voisinage très énergique et très généreuse avec l’Ukraine et le Caucase. Se développeraient notamment des partenariats adaptés aux réalités économiques, politiques et sociales des pays concernés. A mon sens, nous devons en effet abandonner le « tout ou rien » de l’adhésion, et créer des formules de rapprochement temporaire et d’associations sur mesure, car ces pays et ceux des Balkans présentent des caractéristiques qui ne leur permettent pas d’entrer rapidement dans l’Union. Concernant la Turquie, nous pouvons imaginer qu’un accord soit conclu en 2023 et lui permette de rejoindre l’Union tout en demeurant extérieure à ses institutions. Quant à la Russie, notre intérêt doit nous mener à y encourager toutes les forces souhaitant s’intégrer à l’économie globale.