Nous entendons ainsi que « l’Europe a fait la paix ». Au contraire, c’est la paix qui permit la construction de l’Europe : après la guerre, les forces américaines et soviétiques imposèrent la paix sur notre continent, qui était moins un sujet qu’un objet de l’Histoire. De plus, aucun partage ne s’effectua à Yalta. Roosevelt commit seulement l’erreur d’y croire les promesses de Staline. En outre, dans ce champ de bataille qu’était l’Europe, les pays ruinés ne possédèrent pas immédiatement la capacité de s’unir. En réalité, ce furent donc les Américains qui incitèrent les Européens à coopérer, grâce notamment au plan Marshall et à l’OTAN, pour faire face à la menace soviétique.
Nous nous tromperions donc si, pour réagir aux résistances actuelles à la construction européenne, nous invoquions l’enthousiasme de ses débuts. Il n’exista en effet aucun enthousiasme populaire, il n’exista que la vision de rares individus. L’Europe peut donc se définir comme la fille de la menace soviétique. J’ajoute qu’elle n’eut jamais à assurer la paix sur le continent, puisqu’aucun conflit ne s’avérait possible entre pays européens, le seul conflit envisageable étant l’affrontement global de l’Est et de l’Ouest.