L’Europe n’a pas vocation à devenir une puissance car l’état d’esprit de ses pères fondateurs, qui étaient tous euro-atlantistes, consistait au contraire à abandonner toute idée de puissance. En outre, les opinions publiques tirèrent la leçon de la violence des siècles passés et de la tragédie des deux guerres mondiales pour renoncer à la puissance. Les Européens souhaitèrent donc évoluer dans un monde post-traumatique, post-tragique, où aucune guerre ne surviendrait plus. Il s’ensuivit d’ailleurs un décalage entre les Européens et le reste du monde, qui demeura guerrier.
Pour ces raisons, l’Europe n’est pas destinée à devenir une puissance. Au contraire, l’Europe se définit plutôt par la coopération des Etats et par la création d’un marché commun. Le terme même de puissance effraie donc désormais les Européens, quoique les Français aient conservé ponctuellement un certain goût pour l’ingérence.