En conséquence, les décisions de ses 153 membres sont prises à l’unanimité, et le GATT puis l’OMC ont connu un très grand succès.
Nous pouvons donc penser que l’OMC souffre de ce fonctionnement : de tout petits pays peuvent faire échouer les négociations. Or le nombre de pays dans le monde a doublé depuis la chute du bloc soviétique. L’unanimité devient donc plus difficile à atteindre. En outre, un décalage se constate parfois entre les accords conclus au sein de l’OMC et certaines réalités locales, notamment en termes de propriété intellectuelle ou de réglementation des marchés. Le nombre de sujets débattus au sein de l’OMC a donc augmenté fortement, jusqu’à devenir peut-être étouffant. Pour ces raisons, les cycles de négociations s’allongent, et l’OMC souffre d’un problème de gouvernance, comme l’observe Pascal Lamy. Enfin, l’émergence des BRIC implique de fortes divergences d’intérêts.
L’échec des négociations s’avère donc grave et porteur de risques, tels que le développement d’accords bilatéraux. Les accords entre les Etats-Unis et l’Amérique Latine menacent par exemple le commerce des biens et des services européens en Amérique Latine. Cependant, tous les grands pays sont conscients de l’intérêt d’un système de négociations multilatérales et d’une structure de régulation. Un peu d’optimisme demeure donc possible.
Eric Le Boucher
L’OMC souffre en effet d’une lourdeur onusienne, que Pascal Lamy a cependant tenté de dépasser en négociant avec un groupe de pays leaders. Je suis toutefois plus pessimiste que Monsieur Jenny. Si l’échec de Doha n’affectera assurément pas l’internationalisation des échanges, les événements de Géorgie nous montrent en effet le triomphe de l’éléphant sur la gazelle, pour reprendre les termes de Monsieur Betbèze. Or l’OMC assurait aux petits pays de pouvoir s’exprimer. L’échec des négociations risque donc de permettre un resurgissement des nationalismes par le moyen de politiques industrielles.
La question agricole, au centre des récentes négociations, s’avère également très problématique. Le contexte actuel de renchérissement des matières premières conduit en effet des pays à pratiquer des politiques de sécurité alimentaire très protectionnistes. Or ces politiques constituent des armes terribles, notamment en l’absence d’accords multilatéraux.