Vidéo de l'intervention (en anglais)
L’Union européenne doit pouvoir être compétitive tout en conservant une réelle dimension sociale
Résumé de l'intervention
John Monks- Secrétaire général de la
Confédération européenne des syndicats
La création de la Confédération est contemporaine de l’élargissement de l’Union de 1973. Elle concerne désormais tous les Etats membres et plusieurs autres pays, dont la Turquie.
Les gagnants de la mondialisation sont nombreux. Je songe aux individus solidement formés et mobiles, tout comme aux secteurs des médias, aux entreprises liées au savoir, ou aux grands exportateurs allemands. Malheureusement, les perdants se révèlent également nombreux, notamment parmi les travailleurs. Ainsi, au Royaume-Uni, 15 % des salariés de l’industrie ont perdu leur emploi. L’emploi industriel diminue également en France et en Allemagne, tandis que le chômage augmente. A ce phénomène s’ajoute une perte fréquente de statut : si un salarié licencié d’une usine peut trouver un emploi de caissier, ses revenus diminueront.
Le modèle nordique
L’Union européenne doit pouvoir être compétitive tout en conservant une réelle dimension sociale. Une solution consiste à modifier la réglementation et les charges sociales. J’ajoute que si l’Europe veut devenir plus compétitive, elle ne doit pas s’inspirer des modèles anglo-saxons, car le Royaume-Uni et les Etats-Unis possèdent des secteurs financiers très développés qui les amèneront à souffrir plus durement de la récession que les autres pays européens. J’observe constamment les excès et l’arrogance des milieux financiers, notamment à Londres. Les banques, par exemple, ont considéré récemment que BMW échouait car l’entreprise réalisait seulement 6 % de bénéfices, au lieu des 20 % que ces banques attendaient. Il faut également éviter de s’inspirer des pays de l’Est où les salaires demeurent très faibles.
En revanche, les pays du Nord possèdent des politiques et des pratiques cohérentes, consistant par exemple à savoir se tenir aux normes qu’ils adoptent, qui permettent aux déclassements sociaux d’être moins brutaux. S’il s’avère difficile d’importer un système d’un autre pays, il reste possible de s’en inspirer. L’industrie danoise a notamment su modifier son mode opératoire, à l’exemple de l’industrie textile, où le niveau des salaires a augmenté, où de nombreux jeunes gens gèrent des contrats en Europe de l’Est et en Chine, et où des entreprises telles que Zara et H & M se sont développées.
Les dangers du protectionnisme
Le monde actuel interdit d’être protectionniste. Ainsi, les efforts déployés aux Etats-Unis durant les années 1980 pour résister aux importations de voitures japonaises ont totalement échoué, de même que la tentative française ultérieure de défense des vidéos nationales contre les vidéos japonaises. De plus, le protectionnisme augmente les tensions internationales. Les frontières doivent donc être pensées de manière moderne. Le sujet des émissions de CO2 s’avère cependant très préoccupant, puisque des usines sont délocalisées hors d’Europe pour échapper aux normes environnementales. A ce sujet, l’instauration de taxes pollueur-payeur s’avère indispensable.