Vidéo de l'intervention
L’Europe n’a pas de leçon à donner
Résumé de l'intervention
Jean-Pierre Raffarin - ancien Premier ministre français,
Sénateur de la Vienne
John Monks - Secrétaire général de la
Confédération européenne des syndicats
Jean-Luc Domenach - Sinologue
John Monks
Nous oublions souvent que la Chine reste un régime communiste martial, en raison de sa situation économique très particulière : la Chine ne compte aucune entreprise parmi les 50 principales entreprises mondiales, et sa croissance est due en grande partie à l’activité des entreprises occidentales. Nos intérêts nous amènent donc à nous comporter avec une tolérance aveugle, qui concerne les droits l’homme comme les conditions de travail. Je me demande notamment comment nous pouvons acheter des marchandises souvent fabriquées par des enfants dans des entreprises où il n’existe ni conventions collectives, ni normes de sécurité convenables.
Jean-Luc Domenach
Je reconnais la nécessité d’une grande fermeté relativement aux droits de l’homme. Quant aux droits sociaux, j’observe en revanche des progrès, qui peuvent d’ailleurs s’avérer trop rapides pour les entreprises européennes. Une loi récente, qui impose que tous les contrats de travail soient des CDD ou des CDI, a notamment provoqué les protestations d’entrepreneurs occidentaux, qui souffrent du coût croissant de la main-d’œuvre chinoise. Une volonté politique très ferme se trouve d’ailleurs à l’origine de ces évolutions. Désormais, les dirigeants chinois souhaitent remplacer leur économie fondée sur une main-d’œuvre bon marché par une économie basée sur un personnel qualifié et bien rémunéré, afin que la Chine devienne réellement une grande puissance.
Jean-Pierre Raffarin
Je ne fais pas des droits de l’homme la priorité lorsque je dialogue avec des partenaires asiatiques. En effet, tout conditionner au respect des droits de l’homme nous amènerait à ne presque plus collaborer avec la Russie et l’Afrique comme avec la Chine. Si des sanctions doivent être imposées aux pays qui font régresser les droits de l’homme, à l’inverse, tout progrès en la matière oblige à considérer les pays concernés. A ce titre, la France n’a pas de leçon à donner, qu’elle regarde par exemple l’état de ses prisons.