Vidéo de l'intervention
Les CCI devront s’intéresser de manière croissante aux valeurs immatérielles et à des phénomènes complexes tels que la dématérialisation, la numérisation et l’explosion des réseaux numériques
Résumé de l'intervention
Denis Ettighoffer - Président fondateur d’Eurotechnopolis Institut
La naissance d’une cyber-puissance économique
Ces phénomènes, qui formeront un cocktail économique explosif, nous amèneront à glisser vers le secteur quaternaire, caractérisé par une économie de l’information. Aujourd’hui déjà, nos sociétés peuvent se définir comme des sociétés savantes : la quantité des patrimoines immatériels dépasse dès maintenant les actifs matériels des compagnies. Par exemple, des consultants ont successivement défini IBM comme un constructeur d’ordinateurs, une société de logiciels et une société de services. Or IBM constitue désormais une société savante, la vente de licences représentant plus d’un quart du résultat net de la compagnie. En outre, même des petites compagnies peuvent se définir comme des entreprises savantes, à l’exemple de la PME Les outils malins, qui vend et distribue des licences.
La puissance économique majeure de la fin de la présente décennie ne sera pas l’Inde ou la Chine, mais Internet, qui possédera une influence essentielle sur nos manières de concevoir nos différents business. Entre le début et la fin de la rédaction de mon ouvrage «
Net Brain », Internet est passée de la 10ème à la 6ème position parmi les puissances économiques en termes de chiffre d’affaires, de PIB, de nombre d’emplois et de création de valeurs. Quelques chiffres illustrent ce phénomène : Internet connaît 30 % de croissance annuelle moyenne en termes de création d’emplois et de valeurs. En outre, 80 milliards de messages électroniques circulent chaque jour, et les réseaux sociaux influent désormais puissamment sur l’économie, la politique, l’organisation des entreprises. Internet compte déjà 1,2 milliard d’internautes, parmi lesquels les plus petits se révèlent les plus nombreux.
Réseaux savants et économie des idées
La numérisation et l’acquisition d’un patrimoine immatériel ne procèdent pas d’un choix, mais d’une nécessité, car nous entrons dans une époque caractérisée par la guerre des ressources. L’exemple de la Chine le démontre : en 2005, la Chine a consommé 30 % du pétrole extrait dans le monde, 30 % du charbon extrait et 40 % du ciment produit, tout en mobilisant 25 % des investissements directs mondiaux. Or cette augmentation de la consommation chinoise s’avère problématique, car le monde va être confronté à la rareté et à la cherté des ressources. En conséquence, les économies devront modifier leurs modèles en s’appuyant sur le numérique, qui permet une augmentation des marges et d’optimiser leur bilan énergétique. La simulation, la réalité virtuelle et la numérisation deviennent ainsi des atouts pour les entreprises comme pour la diffusion des savoirs.
Pour ces raisons, l’entrée dans le quaternaire se caractérise par la substitution d’un nouveau modèle à celui des clusters, des pôles de compétitivités. Il s’agit de la mutualisation, non des ressources, mais des connaissances. Le réseau savant devient ainsi le nouveau capital des entreprises, qui doivent s’introduire dans des réseaux spécialisés que nous appelons des réseaux d’excellence. En conséquence, nous passons d’une logique de territoires à une logique de spécialisation des réseaux.
Nous ne pouvons plus considérer les réseaux comme de simples moyens d’augmenter la productivité globale : ils doivent aussi servir à échanger des idées et des connaissances. Dans cette perspective, le capital immatériel ne se calcule pas en fonction de la quantité des savoirs possédés, mais de l’intensité des échanges auxquels nous procédons. Les entreprises doivent donc passer d’une logique fonctionnelle à une logique relationnelle. Autrement dit, nous devons prendre conscience que nous avons sur investi dans les technologies et sous-investi dans la coopération entre les individus et les services.
Les batailles à gagner dans l’économie numérique
En 1986, un rapport du
MIT soulignait que les Etats-Unis ne savaient pas valoriser et vendre leurs très nombreux brevets et savoirs. Or la France actuelle souffre du même défaut, malgré ses industries savantes, ses compétences individuelles et ses performances industrielles : elle n’a pas pris conscience de l’importance des connaissances et de la formation. Je souligne à ce sujet que la formation constitue désormais le quatrième poste d’exportation des Etats-Unis où, par exemple, l’Université de Phoenix est devenu l’annonceur en ligne le plus important en dépensant 80 millions de dollars annuels en publicités sur les formations qu’elle dispense et qui se composent pour plus d’un tiers de formations en ligne. La formation constitue donc une part importante des capitaux immatériels.
Malheureusement, les entreprises françaises ont faiblement conscience de leur valeur immatérielle. Ainsi Thomson a-t-il failli être vendu un euro symbolique, avant que ses brevets soient évalués à 900 millions d’euros. Des efforts s’avèrent donc nécessaires pour les sensibiliser à l’importance et aux caractéristiques des valeurs immatérielles, et pour les doter des outils nécessaires pour les commercialiser. Ces outils existent. Nous pouvons notamment nous inspirer des outils présents en Amérique du Nord, tels que les portails spécialisés dans la vente de savoirs, les mises aux enchères en ligne de licences, et certains accords entre les pôles de compétitivité et les universités. Nous pouvons également nous inspirer de l’exemple de la Silicon Valley et des zones d’innovation, qui se définissent par le terme d’économie de grappe et connaissent une très forte croissance.
La baisse de nos coûts de production ne pourra plus suffire à nous rendre compétitifs, car nos savoirs et les échanges priment désormais dans l’économie, car la créativité attire les investissements plus qu’aucune autre qualité.