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Retour à l'historique
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| chapitre "Progrès
scientifique et nouvel âge technologique, vers un futur
meilleur ?" : |
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Le progrès scientifique nous
menace-t-il ?
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�tienne Klein,
physicien au Commissariat � l��nergie atomique, docteur en philosophie
des sciences, professeur � l�Ecole centrale, �crivain.
Publications
: �La science nous menace-t-elle ?� �Le Pommier 2006, �Il
�tait sept fois la r�volution, Albert Einstein�� Flammarion
2005, �Le temps existe-t-il ?� Le Pommier 2002.
Le progrès scientifique agit dans les sociétés,
ce qui en sera fait dépend exclusivement de la manière
dont elles-mêmes envisageront leur futur.
L’ambivalence du progrès
Notre rapport à la science s’inscrit dans une
histoire et évolue au cours du temps. Un exemple
peut illustrer ce constat. Le tremblement de terre de Lisbonne
de 1755 a donné lieu à un véritable
séisme philosophique : les intellectuels se sont
déchirés sur l’interprétation
de ce phénomène. Goethe y a vu un signe permettant
de mettre en cause l’existence même de Dieu.
Une controverse entre Rousseau et Voltaire s’est également
nouée autour du sens à donner au séisme
naturel. Rousseau a imputé le nombre élevé
des victimes (plus de 20 000) aux progrès de la civilisation
et de l’urbanisation ; Voltaire a pris le contre-pied
de cette position et de celle de Leibniz en affirmant que
notre monde n’était pas le meilleur possible
mais que nous pouvions l’améliorer grâce
aux évolutions pourvues par les sciences. Cette dernière
idée traduit les thèses d’un nouveau
catéchisme autour du progrès. Il commence
à voir le jour avec des penseurs tels que Condorcet
et Descartes. Parmi les arguments défendus, il était
dit que le développement scientifique devait déboucher
sur un progrès à la fois technologique et
matériel et contribuer à une plus grande sagesse
de l’homme.
Aujourd’hui peu de personnes tiennent ce discours,
en raison des expériences du XXe siècle. La
science s’est faite complice de la barbarie et des
guerres. Ainsi, notre façon de traiter collectivement
du progrès scientifique est empreinte d’ambivalence
et de paradoxes.
La médecine et la génétique actuelles
nous offrent l’occasion d’illustrer ce propos.
Nos corps ne sont plus à présent des destins
mais des quasi-productions dont nous pouvons modifier la
configuration : nous pouvons intervenir sur la procréation,
nos corps sont de plus en plus médicalisés,
nos durées de vie s’allongent. Certains penseurs,
américains notamment, extrapolent sur ces nouvelles
tendances et nous expliquent que nous pourrons libérer
le corps de toutes ses entraves (maladie, douleur). Nous
pourrions même, à les entendre, et grâce
à des techniques d’inter-phasage entre le vivant
et l’inerte, fabriquer des êtres “immortels”
qui constitueraient ainsi une post-humanité. En revanche,
d’autres penseurs éminents estiment que cette
conception techniciste liquiderait le concept même
de nature humaine. Quant à nous, simples citoyens,
nous sommes sommés de choisir entre le catastrophisme
édifiant ou l’optimisme techniciste, sans juste
milieu possible.
A mon sens, accéder à l’immortalité
serait une catastrophe. C’est par notre mortalité
que nous sculptons nos identités.
Si nous devions répondre à la question concernant
le progrès scientifique, nous devrions procéder
à un bilan de la science. L’exercice semble
cependant peu aisé.
Au XXe siècle, la science a su être une source
d’émerveillement. La découverte de la
relativité et l’avènement de la physique
quantique en sont des exemples. Mais, au nom de la science
des horreurs insoupçonnables ont été
aussi commises. D’autre part, les productions scientifiques
et techniques sont susceptibles de jugements contraires
: beaucoup considèrent la télévision
comme un bienfait ; certains comme un méfait, facteur
d’abrutissement généralisé.
La prospective qui s’appuierait sur un tel bilan serait
donc particulièrement périlleuse.
Les nanosciences : bienfait ou malédiction
?
Considérons, à présent, les nanosciences.
Elles vont avoir des implications techniques, sociétales,
culturelles majeures. Nous n’en devinons qu’une
petite partie. Personne n’est, à l’heure
actuelle, en mesure de dire quel sera le devenir des objets
ainsi produits.
Les nanosciences manipulent des objets dont la taille est
de l’ordre de dix fois la taille d’un atome.
Elles permettent de traiter des quantités d’atomes
et de les organiser de façon à ce qu’elles
accomplissent des fonctions qu’un atome seul ne peut
accomplir.
Les nanotechnologies constitueront-elles un progrès
scientifique bienfaiteur ? Il n’existe pas de réponse
objective à cette question. Cela supposerait que
l’histoire soit déjà écrite.
Or son cours dépend de notre action. Nous ne savons
pas quels usages, par exemple, les militaires vont faire
des nanosciences. Les possibles les plus sombres pourraient
se traduire par la constitution d’une cyber-police
avec étiquetage à distance des individus,
implantation de puces de confinement dans les corps.
Enfin, j’aimerais insister sur le fait que l’homme
ne violera jamais les lois physiques. Nous avons identifié
les quatre forces fondamentales qui existent dans la nature.
Il s’agit de l’électromagnétisme,
de la gravitation et des deux forces nucléaires.
Pour extraire de l’énergie, nous n’avons
que ces quatre forces à notre disposition. Nous avons
parlé, précédemment, de production
d’énergie. Le terme de « production »
est trompeur. Personne n’a jamais produit de l’énergie,
sachant que celle-ci est une grandeur qui se conserve. Nous
ne pouvons que transformer une forme d’énergie
déjà présente en une autre forme d’énergie.
Nous avons inventé un vocabulaire qui pourrait nous
donner l’illusion de pouvoir jouer avec les lois physiques.
Gardonsnous des illusions !
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