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Monde fini ou nouvelles frontières/Les actes de la10�me Universit� d'�t� (2006)
chapitre "Progrès scientifiques et nouvel âge technologique, vers un futur meilleur ?" :
 
 
Que sera Internet dans 10 ans ?

Daniel Kaplan, d�l�gu� g�n�ral de la Fondation pour l�Internet nouvelle g�n�ration (FING), pr�sident de l�Institut europ�en du e-Learning (EIfEL), membre de la Chambre d�experts du programme e-Europe, membre du Conseil strat�gique des technologies de l�information plac� aupr�s du Premier ministre.

Nous dénombrons aujourd’hui plus d’un milliard d’utilisateurs de l’Internet. C’est un phénomène global et massif en pleine expansion et ce changement est considérable. Dans nos vies professionnelles, cette technologie a bouleversé notre rapport au travail. Des secteurs économiques ont été totalement transformés comme ceux des voyages et des biens culturels. Le mode de fonctionnement de certains marchés a aussi été profondément modifié par l’Internet. Malgré tout, l’avènement de cet outil technologique n’est venu qu’en appui de tendances déjà en oeuvre avant le début des années 1990 et sa construction n’a pas bouleversé la distinction ancestrale entre le monde réel et le monde virtuel.


Vers une connexion totale entre les êtres et les objets
Dans les dix prochaines années, cette distinction va s’estomper car le mouvement naturel d’Internet est d’établir la connexion totale et illimitée de tous les objets et de tous les êtres. Il s’agira de donner une adresse de réseau à n’importe quelle entité (corps, espace, objet). C’est le sens des programmes de recherche et notamment du plan de méta convergence américain qui prévoit l’interpénétration des nanotechnologies, des biotechnologies, des sciences cognitives et des sciences de l’information. C’est ainsi que nous voyons apparaître de plus en plus de puces implantées dans les corps et dans les lieux, et ce au quotidien. Cette tendance semble incontournable. Nous sommes sur le point de créer une infrastructure informationnelle et de la rendre indissociable du monde physique. Nous ne pensons plus la puce comme un greffon sur un corps ou un objet mais comme une partie intégrante de ce corps ou de cet objet. Dans ce contexte, l’Internet n’aura de sens et d’intérêt que par sa fonction “connectique” avec d’autres formes de technologies.


Nos libertés en question
Le tissage du numérique, du virtuel et du physique sera alors générateur de phénomènes particuliers. Si nous prenons comme hypothèse que la norme sociétale future s’exprimera par le degré de visibilité et de connexion
des corps, la décision de mettre momentanément fin à cette visibilité ou à cette connexion sera notée, voire pénalisée. La notion de vie privée en sera bouleversée. La volonté de se déconnecter, donc de ne plus se rendre visible au sein du système, deviendra suspecte. La confusion du réel et du virtuel va nous obliger à repenser le distinguo vie privée et vie publique.
Nous pouvons imaginer des scénarios catastrophistes tels que la globalisation de la surveillance, ou bien espérer la diffusion sans limites de la connaissance à l’échelle planétaire, retrouvant ainsi l’universalisme du siècle des Lumières. Pour autant, notre imaginaire de l’informatique ne doit pas prendre le pas sur la réalité complexe de l’outil Internet. Nous abordons l’Internet sous le prisme de l’ordre et de la raison. Il n’est pas sûr que cette vision cartésienne rende compte des réalités. L’Internet n’a pas forcément abouti à une plus grande rationalisation des mécanismes de gestion dans l’entreprise, encore moins dans la sphère étatique. Le rôle des réseaux est davantage de contribuer à la complexification, voire au désordre de la société, qu’à sa mise en ordre totale. Heureusement, car quoi de pire que l’ordre total ?

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