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| chapitre "Progrès
scientifiques et nouvel âge technologique, vers un futur
meilleur ?" : |
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Que sera Internet dans 10 ans ?
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Daniel Kaplan,
d�l�gu� g�n�ral de la Fondation pour l�Internet nouvelle g�n�ration
(FING), pr�sident de l�Institut europ�en du e-Learning (EIfEL), membre de la Chambre
d�experts du programme e-Europe, membre du Conseil strat�gique des technologies
de l�information plac� aupr�s du Premier ministre.
Nous dénombrons aujourd’hui plus d’un
milliard d’utilisateurs de l’Internet. C’est
un phénomène global et massif en pleine expansion
et ce changement est considérable. Dans nos vies
professionnelles, cette technologie a bouleversé
notre rapport au travail. Des secteurs économiques
ont été totalement transformés comme
ceux des voyages et des biens culturels. Le mode de fonctionnement
de certains marchés a aussi été profondément
modifié par l’Internet. Malgré tout,
l’avènement de cet outil technologique n’est
venu qu’en appui de tendances déjà en
oeuvre avant le début des années 1990 et sa
construction n’a pas bouleversé la distinction
ancestrale entre le monde réel et le monde virtuel.
Vers une connexion totale entre les êtres et les objets
Dans les dix prochaines années, cette distinction
va s’estomper car le mouvement naturel d’Internet
est d’établir la connexion totale et illimitée
de tous les objets et de tous les êtres. Il s’agira
de donner une adresse de réseau à n’importe
quelle entité (corps, espace, objet). C’est
le sens des programmes de recherche et notamment du plan
de méta convergence américain qui prévoit
l’interpénétration des nanotechnologies,
des biotechnologies, des sciences cognitives et des sciences
de l’information. C’est ainsi que nous voyons
apparaître de plus en plus de puces implantées
dans les corps et dans les lieux, et ce au quotidien. Cette
tendance semble incontournable. Nous sommes sur le point
de créer une infrastructure informationnelle et de
la rendre indissociable du monde physique. Nous ne pensons
plus la puce comme un greffon sur un corps ou un objet mais
comme une partie intégrante de ce corps ou de cet
objet. Dans ce contexte, l’Internet n’aura de
sens et d’intérêt que par sa fonction
“connectique” avec d’autres formes de
technologies.
Nos libertés en question
Le tissage du numérique, du virtuel et du physique
sera alors générateur de phénomènes
particuliers. Si nous prenons comme hypothèse que
la norme sociétale future s’exprimera par le
degré de visibilité et de connexion
des corps, la décision de mettre momentanément
fin à cette visibilité ou à cette connexion
sera notée, voire pénalisée. La notion
de vie privée en sera bouleversée. La volonté
de se déconnecter, donc de ne plus se rendre visible
au sein du système, deviendra suspecte. La confusion
du réel et du virtuel va nous obliger à repenser
le distinguo vie privée et vie publique.
Nous pouvons imaginer des scénarios catastrophistes
tels que la globalisation de la surveillance, ou bien espérer
la diffusion sans limites de la connaissance à l’échelle
planétaire, retrouvant ainsi l’universalisme
du siècle des Lumières. Pour autant, notre
imaginaire de l’informatique ne doit pas prendre le
pas sur la réalité complexe de l’outil
Internet. Nous abordons l’Internet sous le prisme
de l’ordre et de la raison. Il n’est pas sûr
que cette vision cartésienne rende compte des réalités.
L’Internet n’a pas forcément abouti à
une plus grande rationalisation des mécanismes de
gestion dans l’entreprise, encore moins dans la sphère
étatique. Le rôle des réseaux est davantage
de contribuer à la complexification, voire au désordre
de la société, qu’à sa mise en
ordre totale. Heureusement, car quoi de pire que l’ordre
total ?
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