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Monde fini ou nouvelles frontières/Les actes de la10�me Universit� d'�t� (2006)
chapitre "Progrès scientifiques et nouvel âge technologique, vers un futur meilleur ?" :
 
 
Le risque biologique va-t-il freiner la liberté des échanges économiques ?

Fran�ois Bricaire, chef du service des maladies infectieuses et tropicales � la Piti�- Salp�tri�re, professeur � l�Universit� Paris IV, correspondant de l�Acad�mie nationale de m�decine pour le bioterrorisme.
Publication : �Pand�mie, la grande menace� avec Jean-Philippe Derenne, Fayard 2005.


Mon dernier ouvrage, écrit avec Jean-Philippe Derenne, s’intitule “Pandémie, la grande menace”. Qu’il y ait actuellement un risque de phénomène épidémique et pandémique avec le virus grippe, cela est vrai. L’histoire naturelle de la grippe nous montre que ce virus évolue souvent vers des phénomènes épidémiques qui peuvent provoquer des pandémies. Nous le constatons et l’avons vérifié au cours du XXe siècle avec quatre pandémies de grippe. Deux questions restent alors en suspens : quand se déclenchera la prochaine pandémie ? Quel sera le virus impliqué ?


Les limites de l’application du principe de précaution
A la première question, nous n’avons pas d’éléments précis pour donner une réponse claire. La dernière pandémie des années 1970 laisse néanmoins présager d’une future pandémie.

Sur la seconde question, nous savons que les virus changent fréquemment de structures, naissent dans la nature et se développent plus ou moins aisément au sein d’une population humaine. Quand un nouveau mutant apparaît et envahit une population qui ne reconnaît pas le virus au niveau de son système immunitaire, il y a déclenchement d’une épidémie, voire d’une pandémie si géographiquement les individus touchés sont nombreux. Actuellement un virus d’origine animale circule, le H5-N1, qui pourrait déclencher ce phénomène pandémique. L’inquiétude liée à la menace que constitue ce virus pour l’homme est certaine mais a été fortement amplifiée par les médias. Certes, la peur des maladies infectieuses fait partie de l’humain et nous avons des difficultés à la gérer. Ces difficultés sont d’autant plus grandes que nous avons des outils scientifiques de lutte contre les infections (surveillance épidémique, moyens thérapeutiques) mais que ceux-ci sont encore insuffisants pour donner toutes les réponses aux problèmes posés. En outre, le principe de précaution qui régit nos politiques de santé a des incidences perverses : arrêter un phénomène pandémique est extrêmement difficile. De plus, ce principe conditionne les réactions de nos politiques et de nos experts. Prenons un exemple : les experts affirment qu’il y a nécessité à avoir des masques pour lutter contre une potentielle pandémie de virus H5-N1. Les questions demeurent pourtant : de combien de masques aurons-nous besoin ? Les mettrons-nous véritablement ? Serviront-ils réellement à quelque chose ? D’autre part, les masques que nous mettrons au travail ne seront certainement pas utilisés pour recevoir des amis. Nous ne stopperons donc le phénomène qu’à un moment de la journée.


Les peurs irrationnelles, véritable menace pour l’économie
Le principe de précaution doit donc être appliqué avec sagesse pour éviter les comportements abusifs et irrationnels. Si en application de ce principe des chirurgiens refusaient d’opérer des gens parce qu’il y a un risque, ceci serait catastrophique. Les conséquences de ce phénomène sont encore peu connues mais déjà les filières chirurgicales se tarissent en raison de l’élévation des primes d’assurance.

Les risques sanitaires représentent sans aucun doute une menace pour les économies des pays. Nous l’avons vu récemment avec l’épidémie de chikungunya qu’a connu l’Ile de la Réunion et dont les conséquences immédiates sur l’économie de ce territoire, notamment au plan touristique, ont été particulièrement sévères.
En revanche, pour la grippe aviaire, la seule connaissance par le grand public du risque lié au phénomène aviaire a entraîné des baisses dans la consommation des volailles alors même que tous les experts affirmaient que le danger n’existait pas. Cet exemple illustre l’irrationalité des comportements face au risque de maladie infectieuse.
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