Fran�ois Bricaire,
chef du service des maladies infectieuses et tropicales � la Piti�-
Salp�tri�re, professeur � l�Universit� Paris IV, correspondant de l�Acad�mie nationale
de m�decine pour le bioterrorisme.
Publication : �Pand�mie, la grande menace� avec Jean-Philippe Derenne, Fayard 2005.
Mon dernier ouvrage, écrit avec Jean-Philippe Derenne,
s’intitule “Pandémie, la grande menace”.
Qu’il y ait actuellement un risque de phénomène
épidémique et pandémique avec le virus
grippe, cela est vrai. L’histoire naturelle de la grippe
nous montre que ce virus évolue souvent vers des phénomènes
épidémiques qui peuvent provoquer des pandémies.
Nous le constatons et l’avons vérifié
au cours du XXe siècle avec quatre pandémies
de grippe. Deux questions restent alors en suspens : quand
se déclenchera la prochaine pandémie ? Quel
sera le virus impliqué ?
Les limites de l’application du principe de précaution
A la première question, nous n’avons pas d’éléments
précis pour donner une réponse claire. La dernière
pandémie des années 1970 laisse néanmoins
présager d’une future pandémie.
Sur la seconde question, nous savons que les virus changent
fréquemment de structures, naissent dans la nature
et se développent plus ou moins aisément au
sein d’une population humaine. Quand un nouveau mutant
apparaît et envahit une population qui ne reconnaît
pas le virus au niveau de son système immunitaire,
il y a déclenchement d’une épidémie,
voire d’une pandémie si géographiquement
les individus touchés sont nombreux. Actuellement un
virus d’origine animale circule, le H5-N1, qui pourrait
déclencher ce phénomène pandémique.
L’inquiétude liée à la menace que
constitue ce virus pour l’homme est certaine mais a
été fortement amplifiée par les médias.
Certes, la peur des maladies infectieuses fait partie de l’humain
et nous avons des difficultés à la gérer.
Ces difficultés sont d’autant plus grandes que
nous avons des outils scientifiques de lutte contre les infections
(surveillance épidémique, moyens thérapeutiques)
mais que ceux-ci sont encore insuffisants pour donner toutes
les réponses aux problèmes posés. En
outre, le principe de précaution qui régit nos
politiques de santé a des incidences perverses : arrêter
un phénomène pandémique est extrêmement
difficile. De plus, ce principe conditionne les réactions
de nos politiques et de nos experts. Prenons un exemple :
les experts affirment qu’il y a nécessité
à avoir des masques pour lutter contre une potentielle
pandémie de virus H5-N1. Les questions demeurent pourtant
: de combien de masques aurons-nous besoin ? Les mettrons-nous
véritablement ? Serviront-ils réellement à
quelque chose ? D’autre part, les masques que nous mettrons
au travail ne seront certainement pas utilisés pour
recevoir des amis. Nous ne stopperons donc le phénomène
qu’à un moment de la journée.
Les peurs irrationnelles, véritable
menace pour l’économie
Le principe de précaution doit donc être appliqué
avec sagesse pour éviter les comportements abusifs
et irrationnels. Si en application de ce principe des chirurgiens
refusaient d’opérer des gens parce qu’il
y a un risque, ceci serait catastrophique. Les conséquences
de ce phénomène sont encore peu connues mais
déjà les filières chirurgicales se tarissent
en raison de l’élévation des primes d’assurance.
Les risques sanitaires représentent sans aucun doute
une menace pour les économies des pays. Nous l’avons
vu récemment avec l’épidémie de
chikungunya qu’a connu l’Ile de la Réunion
et dont les conséquences immédiates sur l’économie
de ce territoire, notamment au plan touristique, ont été
particulièrement sévères.
En revanche, pour la grippe aviaire, la seule connaissance
par le grand public du risque lié au phénomène
aviaire a entraîné des baisses dans la consommation
des volailles alors même que tous les experts affirmaient
que le danger n’existait pas. Cet exemple illustre l’irrationalité
des comportements face au risque de maladie infectieuse.