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Monde fini ou nouvelles frontières/Les actes de la10�me Universit� d'�t� (2006)
chapitre "Quand la France se réveillera" :
 
 
Notre présent vu par les médias étrangers

Ted Stanger, �crivain, ancien directeur des bureaux de Newsweek � Bonn, Rome, J�rusalem et Paris.
Publications : �Sacr�s fonctionnaires� Michalon 2006, �Sacr�s Fran�ais� 2005 et �Sacr�s Am�ricains� 2004.


Les manifestations contre le CPE m’ont amené à réfléchir car, particulièrement en France, les hommes et les femmes politiques manient bien la langue de bois.


Sacrés fonctionnaires !
N’importe quel élu, même local, le dira : l’avenir de la France dépend de sa jeunesse. Certes, cela est vrai. Mais je retiens surtout une statistique que je trouve terrifiante plus encore que le taux de chômage : 75% des moins de 25 ans veulent devenir fonctionnaires. Sur les 25% restants, la moitié va partir travailler à Londres et l’autre moitié rêve de devenir intermittent. J’en conclus qu’il ne reste pas beaucoup de monde pour travailler.

La France s’est donnée trop de plaisir à avoir une grande fonction publique. En tant qu’Américain, je ne peux qu’en être frappé. Nous n’avons pas de carte d’identité et le permis de conduire n’est pas obligatoire. Nous sommes peu étatisés contrairement aux français. Rien qu’en regardant les pare-brises de vos voitures, je peux me faire une idée du niveau d’étatisation de votre pays.

Je me demande si une partie du déclin de la France n’est pas liée à un excès du nombre de ses fonctionnaires. Ma proposition est donc de réduire la fonction publique en quantité, en remplaçant dans une moindre mesure les départs à la retraite.Il faudra le faire pour la santé financière de la France. 75% du budget de l’Etat, hors paiement de la dette nationale, sert à maintenir la fonction publique. Elle aura sa place dans l’histoire aux côtés des grandes bureaucraties comme les mandarins de la Chine impériale, les commis de la Royal Navy du 18e siècle, la Curie au Vatican…

Dans la plupart des pays civilisés, les politiques donnent les ordres et les fonctionnaires les exécutent. Seulement en France, dans la frénésie de l’après-guerre, vous avez changé la règle du jeu. Vos fonctionnaires peuvent se syndiquer, ce qui est interdit en Allemagne et aux Etats-Unis. En France, ils peuvent aussi détenir le pouvoir. En quelque sorte, les gens qui ont eu accès au pouvoir de la fonction publique ont fait un coup d’Etat. Un jour, vous allez trouver que cette situation est excessive et qu’il faut la corriger.


Sacrés Français !
La France est le seul pays au monde où un petit rentier peut entrer dans un bureau de poste et se faire conseiller sur les investissements boursiers par un CGTiste anticapitaliste. Autant prendre comme gynécologue Jack l’éventreur !

Votre République se veut laïque. Mais le Dieu des chrétiens a été remplacé par le culte de l’Etat, par le Code civil. Il existe encore des Français qui entrent dans une administration avec le même respect que celui qu’avaient vos lointains ancêtres lorsqu’ils entraient dans une église. Vous n’avez fait que remplacer une religion par une autre.

Votre Etat Providence est conçu pour les scandinaves hautement civiques. L’appliquer aux Français, plus individualistes, est compliqué.

Votre Sécurité sociale est admirable. La France est le seul pays au monde où un homme lambda peut sortir de la clinique sans avoir rien payé de sa poche. Et pourtant, comme nous l’avons entendu plus avant, jusque mi-juillet, il a versé 100% de tout ce qu’il a gagné dans les différentes caisses !

A mon avis, un changement de mentalité s’impose.
  
  
Michaela Wiegel, journaliste, correspondante politique � Paris du �Frankfurter Allgemeine Zeitung�.


La France est aujourd’hui, selon les indicateurs, dans une situation économique plus favorable. Son chômage est en baisse. Elle connaît également une formidable dynamique démographique contrairement à l’Allemagne. Ces signes positifs de changement ne doivent cependant pas masquer les immobilismes.


Des réformes escamotées
En France, force est de constater que le renouvellement politique n’a pas suivi la même évolution que celle de la courbe démographique. La représentation politique est en fort décalage par rapport à la société française. A l’inverse, l’Allemagne a procédé à un formidable changement politique avec l’élection d’une Chancelière. Par ailleurs, le Bundestag est composé, pour plus de la moitié, de députés nés après 1960.

En France, des débats ont eu lieu concernant l’âge de départ à la retraite et son allongement. Mais l’Assemblée nationale et le Sénat n’ont pas montré l’exemple, bien au contraire le Parlement français a suivi une tendance inverse. Il serait pourtant utile d’imposer un âge de départ à la retraite plus bas pour les députés et sénateurs afin d’assurer ce renouvellement de la représentation politique si salutaire pour la démocratie, si nécessaire pour réconcilier le citoyen avec la politique.

Le débat sur l’éducation est également escamoté. L’enseignement catholique est pudiquement désigné par le qualificatif d’enseignement “privé”. Ceci est emblématique de la langue de bois pratiquée par l’ensemble de la classe politique. Le fait que nombre de familles, pas seulement issues des classes aisées, tournent le dos à l’enseignement public devrait faire réfléchir. Il n’est pas normal qu’un Etat qui investisse tant dans l’éducation, n’arrive plus à attirer la grande majorité des enfants dans ses écoles pour des raisons évidentes de manque de qualité.


La France d’aujourd’hui ressemble à l’Allemagne d’hier
L’Allemagne était organisée d’une façon assez comparable à celle de la France voici encore quelques années. La fonction publique y tenait ainsi une place prédominante. Des réformes ont été menées dans ce domaine et les changements ne se sont pas faits sans heurts. Malgré tout, nos politiques ont compris que les citoyens allemands ne pouvaient persévérer dans une mentalité d’assistés.

La France d’aujourd’hui ressemble à cette Allemagne d’hier. J’en veux pour preuve l’avalanche de nouveaux moyens sociaux tels que le chèque transport ou le chèque emploi. Les Français semblent attendre tout de l’État et rien d’eux-mêmes. La classe politique ne fait que les conforter dans cette situation.
  
  
Alberto Toscano, journaliste, correspondant � Paris de l�hebdomadaire transalpin �Panorama�, pr�sident du Club de la presse europ�enne � Paris.


Le concept d’État est fondamental dans la compréhension de la situation politique française. Cette observation est mêlée d’un profond sentiment d’admiration, sachant qu’en Italie, la machine étatique est bloquée. Historiquement, notre État est jeune et en dysfonctionnement. Le contrôle fiscal y est, par exemple, militarisé afin d’en assurer le bon déroulement, par l’intermédiaire de la Guardia di Finanza.


Moins d’Etat, plus de marché
Pour autant, l’État français est aujourd’hui affecté de sclérose et en déclin réel. Le manque de sens étatique en Italie ne correspondrait-il pas au manque de sens du marché en France ? Lors du débat entre certains jeunes et le Président de la République française, lors du référendum sur la Constitution de mai 2005, beaucoup de ces jeunes rêvaient sans doute d’un emploi de fonctionnaire au service postal. Ceci constitue une preuve du manque de confiance des jeunes générations concernant l’avenir économique de leur pays.


Relancer l’envie d’Europe
Que pouvons-nous changer alors dans la France d’aujourd’hui ? Il serait souhaitable de relancer l’envie d’Europe. Mais les campagnes présidentielles de l’Hexagone brillent par l’absence de la thématique européenne. Dans les années 1950, la France était à l’initiative de la construction européenne. Pourquoi aujourd’hui oublier ce rôle ? C’est d’autant plus incompréhensible que lors de la rédaction du texte de projet constitutionnel, les français ont été les plus actifs au cours de la Convention. Malheureusement, à l’heure actuelle, ce projet est au point mort. Il est donc impératif de remettre en route le débat européen.
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