Claude Malhuret,
Maire de Vichy
Le choix du développement durable comme thématique
principale de cette Université et l’optimisme
affiché par l’auditoire ont suscité mon
intérêt. A cet égard, la notion de développement
durable me parait souffrir de deux dévoiements.
La tentation du catastrophisme
Tout d’abord, ce thème a été confisqué
par certaines personnes pour qui les effets néfastes
des pollutions de l’air et de l’eau et du réchauffement
climatique sont autant d’occasions pour dénoncer
nos sociétés démocratiques libérales.
Ils en font une machine de guerre électorale destinée
à démontrer que nos sociétés de
libre marché ne sont pas compatibles avec l’intérêt
général.
D’autre part, le catastrophisme ambiant empêche
de passer à l’action et de considérer
positivement les avancées faites sur le terrain de
l’amélioration de nos modes de développement.
Renaud Dutreil citait le rapport du club de Rome, publié
en 1972, intitulé Halte à la croissance.
L’effondrement du système capitaliste mondial
avant l’an 2000 y était prédit. Ce genre
d’assertion alarmiste a perduré dans les années
1990 alors qu’il était évident que les
conclusions du rapport étaient erronées. Aujourd’hui,
le grand public prête l’oreille à des discours
du même type où la réalité des
choses est occultée. Tout le monde croit, par exemple,
que la couche d’ozone continue à diminuer alors
qu’elle s’est stabilisée. L’interdiction
du chlorofluorocarbone (CFC) a fait effet sur ce phénomène.
Si la Chine et l’Inde avaient signé le traité
la couche d’ozone se reformerait encore plus rapidement.
Autre exemple : la population pense majoritairement que les
forêts ne cessent de perdre du terrain. Au contraire,
leurs surfaces augmentent. En France, elles se sont accrues
considérablement au cours des 50 dernières années.
Le procès de la mondialisation
Par ailleurs, il n’est pas exact de penser que l’écart
entre les riches et les pauvres dans le monde ne cesse de
s’accroître. Ce procès de la mondialisation
s’est trouvé conforté suite à la
publication en l’année 2000 d’un rapport
de l’ONU sur la croissance. Il signalait que les 20%
les plus riches étaient de plus en plus riches et que
l’écart avec les 20% les plus pauvres ne cessait
de croître. Tous les médias ont fait écho
à ce rapport de par le monde. Un économiste
argentin de la Columbia University a démontré
que le rapport de l’ONU était entièrement
erroné en constatant que ce pourcentage ne s’appliquait
pas aux individus mais aux pays ! En fait,
l’écart entre les individus ne s’accroît
pas, il diminue bien au contraire. Nous nous plaignons des
délocalisations, de la concurrence de la Chine et de
l’Inde. Mais ces pays ne font que se développer
en adoptant notre propre modèle économique.
Un modèle qui nous permettra aussi de résoudre
les problèmes de l’écologie et du développement
durable.
L’ignorance et l’oppression : les deux maux de
la planète
Pour conclure, je voudrais citer un extrait de l’appel
de Adelberg de 1992, signé par certains des plus grands
savants du monde, dont les Français Haroun Tazieff,
Yves Lacoste, Pierre-Gilles de Gennes, Maurice Tubiana :
“Nous nous inquiétons de voir émerger,
à l’aube du XXe siècle, une idéologie
irrationnelle qui s’oppose aux progrès scientifique
et industriel et nuit au développement économique
et social. Nous adhérons totalement aux objectifs écologiques,
scientifiques axés sur la prise en compte, le contrôle
et la préservation des ressources naturelles. Toutefois
nous souhaitons que cette prise en compte, ce contrôle
et cette préservation soient fondés sur des
critères scientifiques et non sur des préjugés
irrationnels. Les plus grands maux qui menacent notre planète
sont l’ignorance et l’oppression, non la technologie,
la science et l’industrie dont les instruments, dans
la mesure où ils sont gérés de façon
adéquate, sont des outils indispensables qui permettront
à l’humanité de venir à bout par
elle-même, et pour elle-même, de fléaux
tels que la surpopulation, la faim et les pandémies”.